Vienne, le relevé cadastral joséphinien et le Danube à l’époque de Mozart

  Vienne ses environs et le Danube tel qu’ils apparaissent sur le relevé cadastral joséphinien commencé en 1764 sous l’impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780) et poursuivi par son fils Joseph II (1741-1790) qui avait pris en charge les affaires militaires de la monarchie autrichienne à partir de 1765.
   Après avoir signé le traité de Hubertusbourg le 15 février 1763, qui mit fin à la guerre de Sept Ans entre l’Autriche et la Prusse, l’impératrice Marie-Thérèse ordonna, à la demande du maréchal Daun et à l’instigation du maréchal Lach, le relevé cartographique de son empire. En l’espace de 24 ans, de 1763 à 1787, la quasi-totalité des territoires des Habsbourg, des Pays-bas autrichiens aux Porte-de-Fer à l’entrée du bas-Danube, est minutieusement recensé sous la direction de l’état-major impérial et royal. Il en résulta quelques milliers de feuilles représentant 4 096 sections soigneusement dessinées.

Relevé cadastral joséphinien pour la Basse-Autriche, désigné comme : « Kriegs-Charte des Erzherzogthum Oesterreich unter der Enns » levé par le k. k. Generalquartiermeisterstab, 1773-1781, copié par le k. k. Bombardiers Corps, échelle 1: 28.800, (Vienne), achevé entre 1793 et 1803, dessin à la main colorié, 122 sections de 71,5 x 47 cm. Est reproduit sur cette section n° 71 : Vienne et ses environs, et désignée : « Theil deren Vierteln unter Wiener Wald, und unter Manhartsberg », vers 1775, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, département des cartes, K II 87

   Ce que l’on appelle à juste titre le « relevé joséphin » (Joseph II avait reçu de sa mère Marie-Thérèse la direction des affaires militaires et avait depuis lors exercé une influence considérable sur l’évolution de la cartographie) est le deuxième relevé à grande échelle d’un vaste territoire réalisé par un État. Seule la France possédait déjà une carte plus ancienne, la fameuse « carte dite de Cassini ». À l’exception de celles des Pays-Bas autrichiens, les sections sont dessinées à l’échelle de 1 pouce viennois sur 400 cordes viennoises (= 1: 28 800). La cartographie et la mise au propre du relevé topographique qui correspond au territoire actuel de l’Autriche, furent réalisées pendant les mois d’hiver. Elles durèrent de 1773 à 1781 sous la direction du major, puis lieutenant-colonel Andreas von Neu (1734-1803). Le travail avança lentement les premières années en raison d’un personnel restreint. Lors de la reprise des travaux après la guerre de succession de Bavière en 1779, Neu disposa à son quartier général à St. Pölten de 24 officiers, enseignes et cadets, ce qui lui permit de réaliser les 74 sections de Basse-Autriche restantes en l’espace de deux ans. Sur les 122 feuilles consacrés à la Basse-Autriche, seuls deux exemplaires dessinés et coloriés à la main ont été achevés dont la section 71, représentée ci-dessus. Ces documents sont conservés aux Archives de la guerre et à la Bibliothèque Nationale d’Autriche de Vienne.
Vienne, peuplée d’environ 180 000-200 000 habitants en 1790 est ici telle que l’a fréquenté Mozart, entourée de ses remparts qu’elle conservera jusqu’au grands travaux d’aménagement de la deuxième moitié du XIXe siècle qui changeront sa physionomie et par ailleurs considérablement le cours du fleuve. À l’époque de Mozart, un seul pont franchissait les bras du Danube vers le nord, le pont de Tabor.

Section 48 du relevé cadastral de Joseph II avec le pont de Mautern

La section 48 de l’archiduché d’Autriche sous l’Enns (Basse-Autriche) donne une assez bonne impression de la représentation cartographique des différents types de paysages et de la richesse des détails du relevé cadastral joséphinien. Le relief est représenté par des hachures gris clair et noires et, pour les parties moins escarpées, par des traits plus fins, souvent au pinceau. Les zones boisées et les surfaces plantées de vignes sont caractérisées par des symboles de couleur noire représentant des arbres ou des ceps de vignes. Les prairies et les forêts ont été recouvertes de différentes nuances de vert, les surfaces sablonneuses ont reçu une trame de points bruns délicats, tandis que les routes et les chemins se distinguent par un brun un peu plus prononcé.
Pour chaque section du relevé topographique de Joseph II, une description spécifique (« Description für Kriegs-Charte ») a été rédigée dans le but de consigner les éléments importants pour l’armée qui ne pouvaient pas être inscrits sur la carte elle-même ou seulement de manière allusive. Celle de Krems est ainsi rédigée :
« La ville de Krems est une cité de construction robuste : elle possède des remparts et une grande caserne à l’extérieur de la ville. Dans la cité on trouve l’hôtel de ville, le couvent des demoiselles, l’église et le presbytère. Les faubourgs  au-delà de la rivière Krems ainsi que les moulins, sont solidement bâtis. Le Danube dessine dans cette région et en aval de nombreuses îles, la rivière Krems conflue avec un de ses bras par delà la ville ; Krems surplombe le Danube et la plaine autour tout comme la caserne qui voisine avec le couvent des Capucins et les vignobles ; elle est dominée comme la ville par la colline du Galgenberg et celle-ci par les montagnes situées au-dessus. »                      

 Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour août 2025    

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