Le « Johann Strauss », steamer à roue à aube de la .D.D.S.G. !

    Le bateau qui dansait sur les flots du Beau Danube Bleu !  
   Le superbe steamer à roues à aube « Johann Strauss » qui outre ses prestigieuses années de navigation sur le grand fleuve, servit également de décor à quelques-unes des scènes du film « Before sunrise » (Before Sunrise – Zwischenstopp in Wien) de Richard Linklater (1995), connut une histoire mouvementée et pour le moins un destin tragique.
Le bicentenaire de la naissance du compositeur, fêté en grande pompe à Vienne et en Autriche en 2025, ne doit pas faire oublier la triste fin de ce navire emblématique de l’ancienne D.D.S.G.

   Le premier bateau de la prestigieuse Compagnie Danubienne Royale et Impériale de Navigation à Vapeur qui fut baptisé sous le nom de « Johann Strauss », s’appelait à l’origine « Erherzog Franz Ferdinand » (« Archiduc François-Ferdinand »). Après avoir été construit en 1854 par les chantiers navals d’Obuda (Budapest) appartenant à la D.D.S.G, le « Erherzog Franz Ferdinand » coula à Linz en 1945 pendant un bombardement de la ville et de sa zone portuaire. En 1950, les chantiers navals de Linz purent récupérer les moteurs intacts du navire reposant au fond de l’eau, les adaptèrent au mode de propulsion au fioul et les installèrent sur la coque d’un autre bateau, le « Grein », anciennement « Carl Ludwig » dont les dimensions et le tirant d’eau avaient été calculées de manière à ce qu’il puisse naviguer sur le Danube de Ratisbonne jusqu’au port de Sulina.

Le Carl Ludwig à Budapest en 1930, source Fortepan

   Le steamer, entièrement rénové et doté de nouvelles superstructures, est rebaptisé « Johann Strauss ». Sa ligne se distingue en particulier par une passerelle de commandement recouverte de bois et une cheminée peinte en argent. Le « Johann Strauss » sera pendant de longues années le navire le plus élégant de la D.D.S.G. et servira de bateau-salon.

 Le MS Johann Strauss,  source Commission Européenne du Danube

D’une capacité de 1 400 passagers et comptant 11 cabines, il est alors considéré comme le plus luxueux des bateaux salons de la compagnie jusqu’à la construction, en 1965 par les chantiers autrichiens de Korneuburg, du « Theodor Körner ». Le Johann Strauss assurera sous pavillon américain (sic!) et en coopération avec la ville de Vienne, un service régulier entre Linz et Vienne de 1952 jusqu’en 1972. Cette année-là, une rupture de l’arbre de transmission et des coûts trop élevés des réparations oblige la compagnie à le retirer de la navigation et à le vendre.

Le Johann Strauss à  la hauteur de Melk en 1970, photo droits réservés

La sombre période des malheurs du « Johann Strauss » commencent ; le bateau va passer d’un propriétaire à l’autre. L’aubergiste Ronesch l’achète en 1974 l’amarre et le transforme en restaurant au PK 1921 sans obtenir le succès escompté. Il est revendu à la compagnie de navigation fluviale autrichienne Brandner puis en 1979 il passe entre les mains de la brasserie de Ratisbonne  « Zum Kuchlbauer » pour servir entre 1980 et 1985 à proximité du célèbre « Pont de pierre » de restaurant. Le bateau retourne à Vienne en 1985, racheté par l’entreprise l’entreprise Wigast, spécialisée dans la restauration qui l’installe à  partir du 27 février 1986 sur la rive droite du canal du Danube (PK 6,150). le « Johann Strauss » changera à nouveau à plusieurs reprises de propriétaires et de gérants. Une sorte de descente aux enfers ! Pour permettre son utilisation comme bateau-restaurant et bateau événementiel, le moteur, les roues à aubes, le système de gouvernail… ont été démontés et l’intérieur entièrement réaménagé. Autant dire que le « Johann Strauss » a déjà perdu son âme. Son état continue à se détériorer peu à peu, faute d’un entretien soigné.

Le Johann Strauß à Vienne sur le canal du Danube en 1989, photo droits réservés

Un long conflit oppose la ville de Vienne à l’exploitant du « Johann Strauss ». Fin novembre 2017, la mairie communique qu’un délai a été transmis à son propriétaire et que celui est désormais écoulé. Norbert Weber, ancien gérant du Copa Cagrana, déclare de son côté ne plus en être le propriétaire direct. La mairie, exaspérée par la présence du steamer délabré en plein coeur de la ville, prévient qu’elle a l’intention de démonter la cheminée et la timonerie afin de pouvoir remorquer la carcasse du bateau et le faire passer sous les ponts du canal du Danube et estime les coûts ces travaux  à 100 000 €  tout en  annonçant qu’elle mettrait le steamer aux enchères si le propriétaire ne prend pas ces frais à sa charge. Dans son état pitoyable, délabré, rouillé et tagué à l’image de son triste environnement, le « Johann Strauss » que plus personne ne veut voir au coeur de Vienne à l’exception peut-être des nostalgiques de la navigation à vapeur, est pris en charge par deux remorqueurs le 15 décembre 2017 depuis son point d’amarrage et longe une dernière fois le parc du Prater avant de rejoindre provisoirement le port de Freudenau. Lors de la vente aux enchères du 4 mai 2018, il est cédé pour 22 568 euros à des ferrailleurs puis sera remorqué en août 2018 jusqu’au chantiers navals de Komárno (Slovaquie) où il est dépecé.

Le MS Johann Strauss amarré au quai du canal du Danube et tagué de toutes parts peu avant son départ pour la démolition, photo droits réservés

   On aurait pu évidemment espéré un destin plus favorable et un peu plus d’intérêt de la part de la ville, du dernier propriétaire et de mécènes pour le « Johann Strauss ». Avec un statut de bâtiment flottant appartenant au patrimoine culturel et historique de l’Autriche, celui-ci aurait fait un formidable ambassadeur fluvial auprès du grand public à l’occasion des fêtes et des nombreux évènements du bicentenaire de la naissance du roi de la valse ! Mais l’Autriche n’est pas la Suisse qui a su conservé sur ses lacs en état de marche irréprochable des fleurons de sa flotte à vapeur lacuste !

À noter qu’il existe aujourd’hui un bateau de croisière baptisé « Johann Strauss » (Regina River Cruises) dont le port d’attache est Bâle. Son élégance n’a malheureusement rien à voir avec le « Johann Strauss » d’autrefois !
Beaucoup de bateaux de croisière naviguant actuellement sur le Danube et d’autres grands fleuves européens portent le nom de célèbres compositeurs.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour août 2026

Sources :
Franz Dosch, 180 Jahre Donau-Dampfschiffahrts-Gesellschaft, Sutton Verlag, Erfurt 2009
Erich Krenn, Marin Fuchs: Dampfschiffe auf der Donau. Die Schönbrunn und andere Raddampfer, Verlag Martin Fuchs, Wien 2001

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