Le canal du roi Louis ou canal Ludwig (Allemagne), première concrétisation de la liaison entre le Rhin et le Danube

L’idée, plus ou moins réalisable, de relier les grands fleuves d’Europe et au-delà la mer Noire à la mer du Nord ou à la mer Baltique par des canaux remonte presque à la nuit des temps. Cette idée continue de fasciner encore aujourd’hui. De nouveaux projets plus ou moins pharaoniques, souvent inquiétants sur le plan environnemental et soutenus par des hommes politiques parfois mégalomanes et pour certains d’entre eux avec l’appui intéressé de la Chine, sont toujours à l’étude sur le continent européen. On retiendra des expériences aux fortunes diverses d’un passé récent celles du canal Ludwig (1836-1845, 178 km) de la tranchée Mindorf (1939-1942), du projet abandonné de canal Danube-Oder (1939, longueur prévue : 320 km) et du canal Rhin-Main-Danube commencé en 1960 et terminé en 1992 (171 km) ou encore du canal de la mer Noire (95, 6 km) construit par des détenus politiques sous le régime communiste de 1947 à 1987. Un lourd tribut a été payé par l’environnement et les hommes, tribut qui pose évidemment la question des motivations et de la nécessité de ce type de réalisations.

À la vue de l’explosion du trafic de marchandises sur les routes et autoroutes européennes, du bruit, de l’importante pollution et des problèmes de santé engendrés, le transport de marchandises par voies d’eau semble toutefois un compromis acceptable à condition que les grands fleuves restent à l’avenir navigables et que l’on protège et restaure dans la mesure du possible leur biodiversité malmenée par les nombreux aménagements.  

Le canal Ludwig ou « Canal du roi Louis », un des projets du roi Louis Ier de Bavière (1786-1868), à qui l’on doit aussi le « Walhalla », ce temple néo-grec danubien  consacré au héros allemands qui trône au-dessus du Fleuve à Donaustauf (rive gauche, 10 km en aval de Ratisbonne) est le prédécesseur du canal à grand gabarit Rhin-Main-Danube inauguré en octobre 1992.1

Le canal Rhin-Main-Donau achevé en 1992, le canal Ludwig et les précédentes tentatives non achevées, sources www.rmd.wasserstrassen.de

Le canal Ludwig près d’Erlangen, gravure d’Alexander Marx (1815-1851), collection de la Bibliothèque du Land de Bavière, 1845

Prouesse technique pour son époque mais trop étroit et gouffre financier, endommagé pendant la seconde guerre mondiale, le canal Ludwig ferma un siècle après l’achèvement de sa construction.

 La première tentative de liaison Rhin-Main-Danube remonte en fait à 793 avec l’empereur Charlemagne qui fait creuser un canal entre la rivière Altmühl, affluent du Danube et la Rezat, sous-affluent du Main, ouvrage qui prend le nom de Fossa Carolina.

6000 hommes sont mobilisés pour les travaux. Il subsiste encore un doute aujourd’hui sur l’achèvement et le fonctionnement intégral de la Fossa Carolina. D’après certains historiens celui-ci n’aboutit pas pour différentes raisons, intempéries, impératifs militaires, abandon du projet.

Ce canal présentait-il un intérêt stratégique et commercial ? Là aussi la réponse divise les spécialistes.

   L’idée de construire un canal s’estompe ensuite jusqu’en 1656 où elle réapparait mais le moment est alors peu propice économiquement à sa réalisation. C’est seulement en 1830 que le roi Louis Ier de Bavière relance le projet et en confie l’étude et la réalisation à l’ingénieur Heinrich Joseph Alois, Chevalier von Pechmann (1774-1861).

Canal Ludwig, port de Kelheim, photo Danube-culture, droits réservés

Les travaux commencent en 1836 et dès 1843, le roi peut inaugurer la partie Bamberg – Nuremberg puis, deux ans plus tard, la totalité du canal à petit gabarit est ouverte à la circulation, de Kelheim à Bamberg via Nuremberg soit 178 km en tout.

Pont canal au dessus de la rivière Schwarzach, sous-affluent du Danube, photo droits réservés

Prouesse technique tardive rendue vite obsolète par l’arrivée du chemin de fer, inadapté en terme de gabarit pour les bateaux, équipé de 101 écluses, gouffre financier, le canal ne fût loin d’être le succès économique escompté.

L’Alma-Viktoria (1933), ancienne embarcation du canal pour le transport de marchandises diverses, aujourd’hui reconverti en barque pour les touristes, photo Derzno, droits réservés

Il ferma définitivement ses écluses un siècle après son inauguration en 1945 (1950 selon certaines sources) en raison de son gabarit trop restreint, des destructions dues aux bombardements de la deuxième guerre mondiale et à la baisse des transits. Quelques tronçons sont encore maintenus en activité par le Land de Bavière au titre du patrimoine et des activités touristiques. Une piste cyclable le longe sur une partie de son cours. Un monument en hommage à la construction du canal a été édifié à Erlangen.

Eric Baude, © Danube-culture, mise à jour mars  2020

Notes :
1Le canal Main-Danube, totalisant 171 kilomètres, a été ouvert à la circulation le 25 septembre 1992. Il commence à Kelheim an der Donau, puis traverse la vallée de l’Altmühl et la chaîne de montagnes basses du Jura franconien. Dans cette zone, c’est la voie navigable la plus haute d’Europe (406 mètres d’altitude). Il se prolonge plus loin jusqu’à Nuremberg, puis passe dans la Regnitz près de Forchheim afin d’établir la connexion au Main à 7 kilomètres au-dessous de Bamberg. 16 écluses permettent le franchissement du relief. Son financement e coûté 2, 3 milliards d’euros dont 20% environ ont été consacrés  à l’environnement.  Sources : www.rmd.wasserstrassen.de

Le monument consacré à la construction du canal Ludwig à Erlangen :  » Le Danube et le Rhin reliés pour la navigation, une oeuvre tentée par Charlemagne, à nouveau entreprise et réalisée par le roi Louis Ier de Bavière, 1846″, photo droits réservés

 

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