Le Centre Culturel Nicăpetre de Brăila, souvenir de la grande époque et lieu d’exposition

   C’est en grande majorité dans un quartier jouxtant le centre ville et à proximité du jardin public que s’élèvent à la fin du XIXème et au début du XXème siècle quelques-uns des plus remarquables hôtels particuliers et villas de Brăila, cité portuaire alors en plein âge d’or économique. Ils sont construits pour des industriels, de grands négociants en grains, banquiers ou armateurs grecs ou d’origine grecque pour la plupart d’entre eux.
Brăila peut s’enorgueillir  de compter au début du XXème siècle 33 établissements scolaires privés et publics, 3 bibliothèques, 6 jardins publics, 2 théâtres et 22 journaux et magazines en langues roumaines et étrangères ! 

   Édifié en 1912 par l’architecte Lazăr I. Predinger pour Menelas Embiricos, armateur et homme politique grec, descendant d’une véritable dynastie d’armateurs, de banquiers et de commerçants grecs originaires de l’île ionienne d’Andros et dont certains des membres s’étaient installés déjà auparavant à Brăila et exerçaient un quasi-monopole sur certaines activités commerciales, cet élégant et luxueux hôtel particulier aux facades et décorations raffinées, tient lieu à son origine de siège de la compagnie maritime M. Embiricos & Co dont Menelas Embiricos est le propriétaire avec son frère Leonidas et de logement pour sa famille.

Le port de Brăila au début du XXème siècle avant sa mécanisation (1908) qui provoquera de graves émeutes parmi les dockers et les ouvriers

   L’écrivain Fanuş Neagu (1932-2011) évoque dans un de ses récits l’atmosphère  de la fête que l’amateur organise pour l’inauguration de son hôtel particulier qu’il avait fait coïncider avec la journée de la fête national grecque :
« Les sirènes des navires ancrés dans le port retentissaient sur l’eau puis se taisaient et recommençaient à nouveau, les canons de parade tonnaient en grandes salutations, et dans le jardin d’Embericos on servait, sur des plateaux géants, des olives, des oranges, des mandarines, de l’ouzo, de la liqueur de roses, du vermout, de l’eau-de-vie de Chios, du mouton grillé, des tripes surtout et des pièces de viande de chevreau accompagnées par des vins doux et parfumés… »
   La société grecque exporte des céréales et importe du charbon d’Angleterre. L’armateur et agent général de plusieurs compagnies maritimes (Byron Steamship Ltd, Londres, Compagnie nationale de navigation de bateaux à vapeur grecque…) possède également avec son frère une flotte de cargos assurant une liaison régulière entre l’Angleterre, le continent, la Méditerranée et les ports de la mer Noire et du Danube parmi lesquels Brăila. Ils sont propriétaires des paquebots Themistocle puis Alexandre Ier qui relieront Constanţa à New York via le Pirée et Marseille ainsi que d’autres bateaux transportant les voyageurs de Marseille jusqu’à Varna (Bulgarie) tout en desservant des ports grecs intermédiaires (Thessaloniki, Le Pirée…).
   Les affaires de la famille Embiricos vont connaître une période d’instabilité à cause de la première guerre mondiale puis reprendront par la suite mais les deux armateurs grecs préfèrent transférer en 1920 le siège de leur compagnie à Constanţa, au bord de la mer Noire, où il s’installent et font construire un immeuble prestigieux.

L’immeuble construit à la demande des frères Embiricos à Constanţa en 1922 et surnommé « Le palais de la navigation (sources Wikimapia), un joyau du patrimoine architectural de la capitale de la Dobrodgée, est aujourd’hui dans état déplorable.

   Le conflit entre la Grèce et l’Empire ottoman (1919-1922), la défaite de leur pays, sa situation financière, entravent le renouveau des affaires des frères Embiricos. La crise économique de 1929 commence à se profiler. L’hôtel particulier de Brăila, abandonné, mal entretenu, a été vendu entretemps (1927). Il appartiendra ensuite successivement à la la Société des amis de M. Eminescu (1930), sert de dispensaire de la Caisse d’assurance sociale (1937), est occupé par des soldats de l’armée rouge en 1944 puis abrite un hôpital et une polyclinique. En 1986, le bâtiment est confié à l’administration du Musée Carol Ier .  

Photo © Danube-culture, droits réservés

Le Centre Culturel Nicăpetre de Brăila, strada Belvedere n°1, qui abrite la collection de l’artiste roumain Nicăpetre (de son nom de famille Petre Bălănică, 1936-2008) a été inauguré le 6 décembre 2001 dans l’ancienne Maison des collections d’art (1986-2001). Il a été rénové entre 2008 et 2010 et réouvert au public le 12 novembre 2010.

   Le bâtiment aux quatre façades d’une rare élégance est entouré d’un jardin dans lequel sont exposés des sculptures.

Photo © Danube-culture, droits réservés

À l’intérieur, répartis sur trois étages organisés de la même manière, des salles d’exposition réparties autour d’un escalier central en marbre décoré d’un superbe vitrail art déco représentant Hermès, dieu grec du commerce. L’escalier est relié au hall d’entrée. Les combles ont été aménagés pour accueillir des expositions temporaires.

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Détail du vitrail « Art Nouveau » de l’escalier Photo © Danube-culture, droits réservés

   Un travail intéressant de dramaturgie muséal met en valeur les oeuvres du sculpteur. Elles-mêmes valorisent par leur puissance, leur expressivité et leur symbolisme les espaces architecturaux et les éléments de décoration (plafonds, frises, lucarnes, balcons et balustrades, grandes fenêtres, colonnes corinthiennes qui ne sont pas sans faire allusion au pays d’origine du commanditaire du bâtiment…) tout en contrastant avec eux. 

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Un jeu permanent d’influences multiples !
Il émane de cette rencontre, de ce dialogue et de cette alliance par delà les années entre sculpture, architecture, organisation des espaces, des perspectives, des alternance des champs de lumières et d’ombres douces et des éléments décoratifs raffinés, une atmosphère particulièrement séduisante et convaincante, une fluidité artistique équilibrée entre mouvement et repos.

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www.muzeulbrailei.ro

Eric Baude, © Danube-culture, droits réservés, avril 2019

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