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Le Danube ottoman II : Mohács 1526
Article classé dans : Histoire, mythologie, étymologie, symbolique
La « Chorographia Ungariae » (avant 1528) de Lázár Deák (XVIe siècle) et la carte du « D A N V B I U S, FLUVIUS EUROPAE MAXIMUS, A FONTIBVS AD OSTIA » tirée de l’Atlas Maior ou selon son titre complet « Atlas maior sive cosmographia Blaviana qua solum, salum, caelum, accuratissime, describuntur » de Joan Blaeu (1622).
Cartouche de la carte du D A N V B I U S, FLUVIUS EUROPAE MAXIMUS, A FONTIBVS AD OSTIA, Cum omnibus Fluminibus, ab utroque latere, in illum defluentibus. Le Danube, le plus grand fleuve d’Europe, de la source à l’embouchure avec tous les fleuves qui s’y jettent des deux côtés.
Cette carte du Danube (III/19) avec sa cartouche est singulière à plus d’un point. Alors que la plupart du temps les toponymes sont entourés de figures conventionnelles de divinités et de symboles d’abondance, celui-ci est encadré de personnages réalistes et met en scène le conflit qui opposa l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, Charles Quint (1500-1558) à Soliman le Magnifique (1495 ?-1566), sultan de la Grande Porte ou selon d’autres sources, Ferdinand III de Habsbourg (1608-1657) à Mourâd IV (1612-1640). À gauche, l’Empire des Habsbourg est symbolisé par un aigle noir à deux têtes sur un bouclier de couleur jaune et un crucifix tenus par un personnage en retrait de l’empereur. L’empereur chrétien, plutôt dans une attitude défensive, tient l’épée impériale de la main droite et l’orbe impériale dans la main gauche, tous deux symboles du Saint Empire Germanique avec le crucifix. À droite, l’Empire Ottoman est représenté par le sultan Soliman le magnifique, coiffé d’un turban rehaussé de trois plumes colorées qui tient un bouclier de la main gauche et brandit un cimeterre de la main droite. L’attitude est celle d’un conquérant à l’image de Soliman le Magnifique. Non seulement le sultan brandit un cimeterre en direction de Charles Quint mais le personnage qui se tient à ses côtés, apparaissant sous les traits d’une jeune femme tenant une lampe à huile, foule un crucifix sous son pied droit. Au pied de Soliman on voit une salamandre, allusion au fait que le sultan avait trouvé un allié dans le roi de France François Ier ( 1494-1547) dont l’emblème familial était la salamandre.On remarquera également que l’empereur chrétien et le sultan ottoman portent tous les deux la barbe, alors à la mode mais aussi symbole de virilité et de maturité.

Détails d’une carte concernant le Danube tirées de l’Atlas Maior ou selon son titre complet « Atlas maior sive cosmographia Blaviana qua solum, salum, caelum, accuratissime, describuntur » de Joan Blaeu, publié pour la première fois en 11 volumes à Amsterdam en latin l’année 1662. L’édition en langue française en 12 volumes verra le jour en 1664. Elle contient 597 cartes qui sont parfois des copies d’ouvrages plus anciens.

Les 6 Bouches du Danube sur la carte du Danube de l’Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662, « Le Danube, épanchant ses eaux sur les douces pentes et les calmes hauteurs du Mont Abnoba, rend visite à de nombreux peuples, puis se précipite dans le mer Pontique par six bouches : un septième bras se perd dans les marais. »
Publius Cornelius Tacitus (56,-120 ? après J.C.)
L’illustration ci-dessus est un détail de la carte du cours du Danube de L’Altas Maior (Danubius, Fluvius Europa Maximus, III 19) centré sur les 6 « embouchures du Danube » dont les noms sont indiqués en latin (Pulchrum ostium, Sacrum ostium…).
Les deux illustrations qui suivent concernent des détails d’une carte de l’archiduché d’Autriche traversé par le Danube (Austria Archiducatus, III/2) dont l’auteur est… le médecin cartographe et historien autrichien Wolfgang Lazius (1514-1565). Cette carte incorporée à la publication de Johann Blaeu est donc déjà vieille de près d’un siècle lorsque paraît l’Atlas Maior !
Seule la première partie du projet d’édition de l’Atlas Maior initial (9 à douze volumes selon les éditions latines, françaises, néerlandaises, espagnoles et « allemandes ») fut publiée. La deuxième partie qui contenait des cartes des mers et la troisième avec des cartes du ciel ne verront jamais le jour.

Description des Principautés de Moldavie et de Valachie avec le cours du Bas-Danube, ses 7 sept embouchures dans la mer Noire et de nombreuses forteresses et villes fortifiées par Giacomo Cantelli da Vignola (1643-1695), géographe et cartographe du duc de Modène Francesco II d’Este. La carte a été gravée en 1686 à Rome par Giovanni Giacomo de Rossi (1627-1691), collection du Musée national des cartes et des livres anciens de Bucarest.
Né à Vignola en 1643, Giacomo Cantelli commence sa carrière après des études à Bologne. Il entre d’abord au service du marquis Cornelio Bentivoglio avant de s’installer à Venise, puis à Paris. C’est durant son séjour en France, vers 1678-1680, qu’il affine sa méthode de travail. Il y rencontre des géographes et cartographes français de renom tels que Guillaume Sanson, fils de Nicolas Sanson, et Jacques-André Duval, et fréquente les cercles savants parisiens. Cette période d’échanges lui permet d’accéder aux dernières découvertes géographiques qu’il importera par la suite en Italie.
Fort de son succès à Rome, Cantelli est rappelé à Modène par le duc Francesco II d’Este, qui le nomme géographe de la cour et gardien de sa bibliothèque ducale en 1685. Dans cette fonction, il réalise des cartes détaillées des territoires de la maison d’Este ainsi que des régions limitrophes. Il entreprend également la création de globes célestes et terrestres, bien que peu aient été conservés. Son travail a établi un nouveau standard pour la cartographie italienne, influençant durablement des générations de graveurs et de géographes.