La hauteur du rocher de Babakai
Un Danube vert-gris à perte de vue à l’entrée des Portes-de-Fer !
Comme le rocher de Babakai/Babacai (PK 1040, 55) ou encore Babagája en hongrois, nous a semblé modeste, depuis la colline de l’ancienne forteresse de Saint Ladislas, au-dessus du village roumain de Coronini (rive gauche) presque fragile, perdu dans sa solitude fluviale
Comme le rocher de Babakai/Babacai (PK 1040, 55) ou encore Babagája en hongrois, nous a semblé modeste, depuis la colline de l’ancienne forteresse de Saint Ladislas, au-dessus du village roumain de Coronini (rive gauche) presque fragile, perdu dans sa solitude fluviale
Mais quelle est donc la hauteur totale réelle de cet étrange rocher aux nombreuses légendes ?
Si vous vous amusez à consulter la page de Wikipedia (en hongrois) sur babakai ou d’autres descriptions en ligne du Bas-Danube, vous apprendrez que le rocher de Babakai mesurerait, selon les auteurs de ces articles, une hauteur totale de 50 mètres. Ces articles estiment également la hauteur du rocher émergeant au dessus de l’eau à 6-7 mètres à débit moyen.

Le rocher de Babakai, gravure colorée, in « Zwey hundert vier und sechzig Donau-Ansichten » … « nach dem Laufe des Donaustromes von seinem Ursprunge bis zu seinem Ausflusse in das schwarze Meer ». Gestochen und herausgegeben von Adolph Friedrich Kunike nach Vorlagen von Jakob Alt und Franz Wolf, Wien, 1824-1826, collection privée
Ce rocher de calcaire jurassique, dont le nom signifie « Grand-père » en turc ou « Vieux sage », symbolise toujours l’image d’un Danube dont la largeur doit passer, brutalement confronté aux reliefs des Carpates et du Balkan, de deux kilomètres à 400 mètres de large entre le village roumain de Coronini (rive gauche) et celui de Golubac sur la rive opposée serbe. Nous sommes précisemment à l’entrée du quadruple défilé des (autrefois) redoutables Portes-de-Fer.
Si la hauteur totale initiale réelle de ce rocher avait été de 50 mètres, Babakai aurait ressemblé auparavant à quelque chose comme à une sorte de tour de télécommunications en pierre. Comme ce rocher ne s’élève qu’à six ou sept mètres au-dessus du niveau du Danube actuel à débit moyen, il est facile de calculer que le niveau du fleuve aurait dû s’élever de 43 ou 44 mètres en 1972, lorsque la centrale hydroélectrique roumano-serbe de Djerdap I, PK 943, construite en aval, à environ une centaine de kilomètres fluviaux du rocher de Babakai, PK 1 040, 55, selon la très sérieuse Commission du Danube, fut mise en route. Cette gigantesque centrale hydroélectrique de Djerdap I possède en réalité un mur de barrage d’une hauteur totale de 33/35 mètres, hauteur qui diminue au fur et à mesure que l’on remonte le fleuve vers l’amont. Si Babakai avait été situé quelque part autour de l’ancienne île ottomane engloutie d’Ada Kaleh, le rocher aurait émergé à 15/17 mètres au-dessus du niveau du fleuve au lieu des 6 à 7 m à son emplacement réel. Il est donc facile de comprendre qu’estimer la hauteur totale de Babakai à 50 mètres tient, pour le moins, d’une pure fantaisie de l’esprit !
Comment est-il possible de déterminer la hauteur totale réelle de ce rocher ?
Pour cela il était nécessaire de trouver une photo qui permette de déterminer une échelle de hauteur. Nous l’avons déniché par chance sur le site hongrois Hungaricana. À l’évidence, la photo ci-dessous date d’avant la construction de la centrale hydroélectrique et de la mise en eau de son lac réservoir. On peut remarquer sur celle-ci, au pied du rocher, un arbre courageux et, juste à côté, deux personnages, deux « naufragés » à la bonne échelle. Si l’on estime leur taille entre 1,7 et 1,8 mètre, on peut arriver à déterminer la hauteur approximative de Babakai lors d’un niveau d’eau moyen comme cela semble être le cas sur cette photo.
Sur la base de ce calcul, Babakai mesurerait en totalité entre 14 et 15 mètres de hauteur. Même l’arbre qu’on voit sur la photo aurait pu nous aider, s’il n’y avait pas eu les deux personnages, à déterminer la hauteur approximative de ce rocher.
En cas de doute sur l’exactitude de ce résultat, on peut éventuellement s’amuser à vérifier cette hypothèse avec les tours de la forteresse de Golubac, sur la rive serbe et dont les plus basses ont été noyées par le lac de barrage de la centrale hydroélectrique de Djerdap I.
On espère seulement qu’il n’y avait plus personne sur le rocher de Babakai au moment de la mise en haut du lac de barrage de Djerdap I, mise en eau qui a englouti non seulement l’île ottomane d’Ada Kaleh mais aussi noyé des villages riverains sur les deux rives, faisant disparaître la vieille Orşova, le vieux bourg de Moldova et déplacé de force de nombreux habitants !
Merci pour ces informations à Daniel Szávost-Vass et au site https://dunaiszigetek.blogspot.com




