Les Celtes et le Danube : une longue errance

L’histoire des migrations celtes dans l’espace danubien et au-delà est passionnante. On rencontre encore de nombreux témoignages de la présence celtique en particulier sur le haut et moyen Danube comme à Manching (oppidum), Kelheim, Passau (Allemagne), Mitterkirchen, Hainburg (Autriche), Bratislava (Slovaquie), en Serbie et en Hongrie.

Rappelons qu’Hérodote écrit que « Le Danube prend sa source au pays des Celtes ». Quant aux Grecs, ils désignaient les Celtes sous les noms de  » Keltoi  » et de  » Galatai  » ce qui est une des étymologies possibles du nom Galaţi, grande ville roumaine sur le Danube.

« Au IVème siècle avant J.-C., L’Europe centrale est le théâtre de la plus spectaculaire des migrations celtiques. En une succession de vagues, des Celtes venus de Gaule, de Suisse et d’Allemagne atteignent la vallée du moyen Danube. Mêlés à d’autres contingents celtiques issus de Bohême et de Moravie, ces migrants se déploient dans toutes les directions ; en deux ou trois générations, ils occupent l’ouest de la Hongrie, la Slovaquie et le Sud de la Pologne. À la fin du IVème et à la fin du IIIème siècle, la conquête se fait plus rapide ; le temps d’une génération, les Celtes atteignent les Carpates, occupent toute la Hongrie, l’ouest de la Roumanie, la Croatie et la Serbie d’aujourd’hui.

Cette expansion est d’abord le fait de peuples entiers dont le départ se traduit par l’abandon de territoires en Gaule et en Bohême. À la fin du IVème siècle, rien de semblable ; quand le mouvement de conquête reprend, toujours avec de gros effectifs, il semble que le rassemblement des nouveaux émigrants ait été organisé sur des bases nouvelles : non par tribus ou par peuples entiers, mais par un recrutement opéré sur plusieurs peuples celtes d’où se détachent un certain nombre de bandes armées qui arrivent avec leurs charriots portant femmes et enfants.

Vers 280, c’est l’ultime épisode de la « Grande Expédition ». Au confluent du Danube et de la Morava (Serbie), se forme un gigantesque campement. De là une centaine de milliers de guerriers, suivis de leurs charriots, gagne rapidement le sud des Balkans. Le royaume de Macédoine est envahi, son armée écrasée, son roi fait prisonnier et décapité (279). Les envahisseurs se divisent alors en plusieurs corps. Le plus important, commandé par un chef nommé Brennos, traverse la Grèce. Au prix de lourdes pertes, il parvient devant Delphes, le plus illustre et le plus riche des sanctuaires helléniques. L’hiver commence ; les Grecs livrent un combat désespéré. Quelques jours plus tard, l’armée des Celtes repart vers le nord, très affaiblie et bientôt privée de son chef qui se suicide. Que s’est-il passé ? Les Grecs ont fait état de l’aide du dieu Apollon, le maître du sanctuaire, et de son intervention miraculeuse. Y a-t-il eu un tremblement de terre ? Une tempête de neige et de glace décimant une armée affaiblie ? Les Celtes ont-ils eu le temps de piller les trésors du sanctuaire ? Autant de question sans réponse.

Les survivants repartis vers la vallée du Danube, il ne demeure en Thrace qu’une dizaine de milliers de combattants qui ne cessent de guerroyer. Suivis de leurs famille, ils se rapprochent du Bosphore et de la mer de Marmara. » Certains d’entre eux sont recrutés comme mercenaires par le roi grec Nicodème (278) et pénètrent en Asie mineure pour aller finalement s’installer au coeur de l’Anatolie sur une territoire qui prendra le nom de Galatie. Les Galates poseront longtemps de graves problèmes aux cités grecques puis seront battus par le roi séleucide Antioche 1er et enfin soumis par les romains qui en font leurs alliés.

Les Celtes Boïens revenus d’Italie et de Bohême-Moravie conquièrent provisoirement la vallée du moyen-Danube au début du IIème siècle av. J.-C. et prennent, avec l’organisation de l’oppidum de Bratislava, la maîtrise de la route dite de l’ambre, qui, de la Baltique, rejoint le nord de l’Adriatique. Ils vont être peu de temps après confrontés à la menace des Daces qui finissent par les vaincre et font du territoire boïen sud danubien un « désert ».

Les celtes installés dans le bassin danubien subiront, après les Daces, les attaques des Germains et enfin de Rome qui soumet la rive méridionale du Danube en 12 avant J.-C.

Sources :
MEULEAU, Maurice, Les Celtes en Europe, Éditions Ouest-France, Rennes, 2011
KRUTA, Venceslas, Les Celtes, histoire et dictionnaire. Des origines à la romanisation et au christianisme. Collection  » Bouquins « , Éditions Robert Laffon, Paris, 2000
ELUÈRE, Christiane, L’Europe des Celtes, Collection « Découvertes Gallimard » , Réunion des musées nationaux, Paris, 1999
Civilisations du Danube, dossiers d’Archéologie N° 220
Dossiers coordonnés par Dragoslav SREJOVIĆ, professeur à l’Université de Belgrade et membre titulaire de l’Académie Serbe des Sciences et des Arts ainsi que par Emilia Masson, chargée de recherches au CNRS. Ces dossiers réunissent des articles passionnants sur les (trop) méconnues civilisations du Danube. Où l’on parle des celtes, des migrations européennes, de l’invasion et de l’expansion danubienne des celtes, du Danube comme artère centrale de l’Europe, comme frontière entre monde civilisé et monde barbare, de culture néolithique, de Lepenski Vir, berceau de la civilisation danubienne, des empereurs romains et de leurs somptueuses résidences…

Voir également le site très documenté réunissant des informations détaillées sur le monde celtique : www.arbre-celtique.com

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