Louis XIV et le Danube : Höchstädt-Blenheim, une sévère défaite pour le Roi-Soleil

Le Danube est un vaste territoire de champs de batailles. Il  n’a pas été un fleuve favorable aux armées françaises dans l’histoire de leurs conquêtes. Un peu plus d’un siècle avant Napoléon et la bataille d’Essling (21-22 mai 1809) sur la rive gauche du Danube, à la périphérie de Vienne et considérée comme une victoire par les Autrichiens, les armées du Roi Soleil seront sévèrement défaites sur le territoire bavarois, à proximité d’Augsburg, au tout début du XVIIIème siècle par les troupes de la Grande alliance.

La plus importante des batailles de la guerre de Succession d’Espagne, dite bataille de Höchstädt-Blenheim, a lieu sur les bords du Danube bavarois le 13 août 1704. Elle est remportée sur les armées françaises et leurs alliés bavarois par les troupes de la Grande Alliance (Empire d’Autriche, Angleterre, Provinces-unies, Portugal). Les armées de la Grande Alliance sont alors commandées par des militaires redoutables, John Churchill (1650-1722), premier duc de Marlborough, et le prince Eugène de Savoie (1663-1734) qui s’est illustré, au service de l’Empire d’Autriche, contre les Ottomans.

John Churchill, 1er duc de Marlborough par le portraitiste Godfrey Kneller (1646-1723)

Cette bataille a lieu à proximité de la petite ville de Höchstädt et du village de Blindheim dont le nom sera déformé en Blenheim par les Français et les Anglais.

Près de 52 000 soldats anglais et autrichiens affrontent environ 60 000 Français et Bavarois, commandés par le maréchal Camille d’Hostun de la Baume (1652-1728), lui aussi militaire expérimenté, et du prince électeur de Bavière Maximilien II Emmanuel (1662-1726).

Afin d’éviter l’invasion de l’Autriche par les Français, Marlborough donne l’ordre d’avancer à ses troupes en direction du Danube dans l’intention de rejoindre les troupes du prince Eugène. Leurs armées s’étant rejointes le 12 août, ils surprennent leur adversaire, mal préparé, en passant à l’attaque dès le lendemain. Les Français ont pris position derrière le Nebel, un affluent du Danube. L’aile droite est centrée sur Blenheim et placée sous le commandement de Camille d’Hostun de la Baume pendant que l’aile gauche, sous les ordres de Ferdinand de Marsin (1656-1706) et du prince électeur de Bavière, se tient sur un terrain vallonné aux abords de la ville de Lützingen. Le dispositif français se compose de deux armées quasi indépendantes, dont la jonction est mal assurée par une cavalerie presque sans soutien.

Les forces du prince Eugène affronteront l’aile gauche du prince électeur de Bavière pendant que Marlborough combattra de son côté les troupes du maréchal français à Blenheim. Le prince Eugène engage une violente attaque de flanc, destinée à faire diversion, tandis que lord John Cutts, sous les ordres de Marlborough, lance deux assauts voués à l’échec sur Blenheim. Ces offensives obligent Camille d’Hostun de la Baume à engager plus de réserves que prévu pour défendre Blenheim, dégarnissant davantage encore le centre français. Marlborough déclenche alors le principal assaut contre le centre français, de l’autre côté du Nebel. Les charges de la cavalerie française résistent avec acharnement à l’offensive. Mais celle-ci, renforcée d’unités de cavalerie autrichiennes, s’avère irrésistible. Le centre français est enfoncé, les armées de Ferdinand de Marsin et de Camille d’Hostun de la Baume, coupées l’une de l’autre. Les assaillants obliquent ensuite sur la gauche et repoussent finalement les Français vers le Danube.

À Blenheim, Camille d’Hostun de la Baume est fait prisonnier avec vingt-trois bataillons d’infanterie et quatre régiments de dragons. Seule l’aile gauche de Ferdinand de Marsin et du prince électeur de Bavière a réussi à organiser sa retraite.

Pour 12 000 hommes perdus, la Grande Alliance met hors de combat 18 000 Franco-Bavarois et en capture 13 000.
Le maréchal Camille d’Hostun de la Baume est, à l’issue de la bataille, emmené à Londres où il restera jusqu’en 1711.

La bataille d’Höchstädt-Blenheim est la première grande défaite des armées de Louis XIV en plus de cinquante ans de guerres. Elle soulage Vienne et l’empire autrichien des menaces d’invasion de l’armée franco-bavaroise et préserve l’alliance entre l’Angleterre, l’Autriche et les Provinces-Unies contre la France. La Bavière sort de cette guerre sur une défaite.

 

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