Tulcea, ville de la Dobrogée roumaine et porte du delta

Tulcea (km 71,3 ou mille marin 38, rive droite et rive gauche pour la petite commune de Tudor Vladimirescu intégrée à Tulcea), 95 000 habitants, grande ville de la région de Dobrogée (Dobrudja) roumaine (capitale Constanţa), préfecture du district du même nom, est aujourd’hui avec son port fluvial la porte d’entrée incontournable pour rejoindre la partie roumaine du delta du Danube et sa Réserve de biosphère. La direction de la Réserve de biosphère du delta du Danube siège à Tulcea. 

 

La Dobrogée et le delta du Danube sont habités depuis le Paléolithique mais Tulcea, qui porte dans l’Antiquité le nom d’Aegyssos ou Aegyssus, a été probablement fondée au VIIIème siècle av. J.-C. par des tributs daces et/ou gètes auxquelles succèdent des navigateurs grecs qui établissent des comptoirs dans le delta du Danube. Lors de ses conquêtes en Europe orientale au Ier siècle ap. J.-C, Rome intègre la Dobrogée à son territoire sous le nom de province de Mésie inférieure. Des légionnaires bâtissent sur une colline la citadelle de Caestrum Aegyssus.

Fouilles archéologiques sur le site du Caestrum d’Aegyssus (photo droits réservés)

C’est à partir de cet emplacement que la ville se développe peu à peu. Point stratégique pour la navigation sur le Danube, Tulcea sert aussi de base à la Classis, une flotte romaine qui surveille et protège la frontière avec les peuples barbares (Limes) puis aux bateaux de l’Empire byzantin et à ceux de la République de Gêne. Après Rome et Byzance la ville appartiendra à l’Empire bulgare. Elle passe brièvement entretemps sous domination russe et tatare. Elle tombe à la fin du XIVème siècle sous le joug du voïvode valaque Mircea Ier l’Ancien ou Mircea cel Bătrân avant d’être conquise en 1416 par l’Empire ottoman et de rester sous le joug turc jusqu’en 1878. Tulcea est alors attribuée à la Roumanie au moment du partage de la Dobrogée.

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Le port de Tulcea autrefois (photo droits réservés)

La cité connaîtra un essor rapide dès son intégration au réseau ferré roumain (1925). Elle entrera ensuite, après la seconde guerre mondiale, dans une longue léthargie pendant la dictature communiste qui, comme dans tant d’autres lieux de ce pays, détruit consciencieusement le centre ville et son patrimoine historique pour « reconstruire » selon d’étranges canons esthétiques des immeubles au style déprimant.

Une architecture communiste inesthétique a défiguré le centre ville. Sur la droite le minaret de la vieille mosquée (photo droits réservés)

Tulcea et la Dobrodgée abritaient autrefois des moulins à vent puis dès le XIXème siècle des chantiers navals (qui existent encore aujourd’hui sous le nom de VARD Tulcea et appartiennent à l’armateur italien Fincantieri, présent également sur le Danube roumain amont à Brǎila). Des activités de pêche, de conserveries de poissons et de légumes se sont implantées et développées, activités auxquelles se sont jointes par la suite une petite industrie et beaucoup plus récemment un tourisme encore saisonnier, excepté pour les pêcheurs qui se dispersent depuis Tulcea dans les bras du delta. Du port de Tulcea partent ou accostent certains grands bateaux de croisière qui naviguent sur le Danube.

Vue sur les chantiers navals (photo droits réservés)

Le fleuve qui, peu après Tulcea, se divise en plusieurs bras, s’éparpille et forme un impressionnant labyrinthe naturel, refuge d’une incroyable faune et flore sauvage, en poursuivant son chemin vers la mer. Cette proximité invisible du delta donne à cette dernière grande ville danubienne, malgré une architecture que la municipalité tente désespérément d’égayer en rénovant et en repeignant certains immeubles du centre-ville, une atmosphère au parfum presque méridional. Le voyageur éprouve la sensation singulière d’être à la frontière d’un autre monde, d’un univers à la fois proche et mystérieux dessiné par le fleuve et ses alluvions. Le delta représente l’ultime étape d’un fleuve qui semble vouloir effacer les certitudes du relief, des paysages et des cultures traversés et façonnés jusque là.

Départ pour une pêche (miraculeuse ?) dans le delta (photo droits réservés)

La promenade le long du Danube, lieu de rendez-vous et de départ des bateaux, permet un regard sur tout ce qui se passe sur l’eau et les innombrables embarcations qui circulent. Ferries, bacs, cargos, barques de pêches en plus ou moins bon état, se dispersent ou se rassemblent en un manège permanent, s’approchant et s’éloignant inlassablement des deux rives et des embarcadères, des esplanades où se pressent, se promènent, se mélangent joyeusement pendant la belle saison simples touristes, scientifiques, naturalistes, ornithologues, archéologues, pêcheurs et habitants de la ville et des villages du delta.

La mosquée de Tulcea, symbole d’une longue domination ottomane (photo droits réservés)

Tout en étant majoritairement roumaine, Tulcea abrite des minorités bulgares, turques musulmanes, grecques, roms, russes, lipovènes (Vieux Russes) et ukrainiennes comme en témoignent divers édifices religieux.

TULCEA-VECHE

Tulcea autrefois, vue de la colline où se trouve le monument de l’indépendance

Les bateaux et hydroglisseurs qui partent de Tulcea permettent de rejoindre tous les villages du delta sur ses trois bras principaux ainsi que la petite ville de Sulina : le bras de Sfantu Gheorghe au sud, celui de Sulina au centre, aménagé et rectifié par la Commission Européenne du Danube, et celui septentrional de Chilia, bras faisant office de frontière entre la Roumanie et l’Ukraine. Le port abrite également une base de pilotage pour les gros navires.

Un des récents bateaux semi-rapides de la compagnie Navrom qui desservent le delta depuis Tulcea (photo droits réservés)

➤ Il est nécessaire pour chaque touriste souhaitant visiter le delta d’acheter un permis valable le temps du séjour. Ce permis est en vente aux comptoirs de la compagnie Navrom ou à l’ARBDD. ( www.ddbra.ro)

www.navromdelta.ro
Plusieurs types de bateaux plus ou moins rapides pour le delta. Horaires suivant la saison sur le site.

Office de Tourisme de Tulcea
Strada portului (rue du port)

Photo droits réservés

Culture/environnement

Centre d’informations de l’ARBDD
N° 34a, strada portului

Exposition sur la biodiversité du delta et ses populations mais aussi nombreuses informations sur le site concernant les autorisation nécessaires pour se rendre dans le delta, les horaires et les destinations des bateaux, les excursions et l’hébergement (bureau de tourisme Antrec).
www.ddbra.ro

Villa Avramide, façade (photo, droits réservés), siège de l’ICEM 

Villa Avramide (photo droits réservés)

ICEM, Institut de Recherches Éco-muséales
Cet institut réputé et logé dans la superbe villa Avramide qu’on peut visiter regroupe plusieurs musées de Tulcea et sites historiques de la Dobrogée (Centre écotouristique de Tulcea, Musée des Arts, Musée d’Ethnographie et d’Art Populaire, Musée d’Histoire et d’Archéologie, Villa Avramide, Monument paléochrétien de Niculiţei, forteresse d’Halmytis, Musée du Vieux-phare de Sulina, Forteresse médiévale d’Enisala, Gospodăria Țărănească conservată « in situ », Enisala, Mémorial Panaït Cerna). Bibliothèque possédant un fonds de 50 000 volumes dont des manuscrits et éditions anciennes.
www.icemtl.ro

Centrul Ecoturistic Tulcea (Centre écotouristique de Tulcea, ancien Musée d’Histoire Naturelle)
N°1, strada 14 Noiembrie (1 rue du 14 novembre)
Un complexe muséal avec un aquarium présentant la faune, la flore et les spécificités environnementales du delta du Danube. Salles de projection video, salles de conférence.

Museul  de Ethnografie şi Artǎ Popularǎ
N° 2, strada 9 Mai
Collection de costumes, de meubles, traditions régionales

Musée d’ethnographie et des Arts populaires : une rénovation s’impose ! (photo droits réservés)

Museul de Artǎ
N° 2, strada Grigore Antipa
Belle collection d’oeuvres de grands peintres et sculpteurs roumains et d’artistes régionaux, icônes, peinture sur verre, meubles et objets de l’occupation turque dans un bâtiment avenant.
Expositions permanentes et temporaires. 

 Magdalena Chersoi, Delta (photo droits réservés) 

Musée d’Histoire et d’Archéologie
Parc archéologique Aegyssus IV
Parc du Monument de l’Indépendance

La gare maritime et les guichets de Navrom (photo droits réservés)

N’embarque pas qui veut pour le delta, il faut montrer « patte blanche » ! (photo droits réservés)

L’été, il faut parfois se serrer à bord de certains bateaux, mieux vaut voyager dans le delta en arrière-saison ou avant l’été (photo droits réservés)

 

 

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