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Symboliques du fleuve
Article classé dans : Histoire, mythologie, étymologie, symbolique
Voltaire (1694-1778) consacre le premier chapitre de son Histoire de l’Empire Russe sous Pierre-le Grand, publié pour la première fois en 1759 à la campagne du Pruth (Prout ou Прут en ukrainien), quatrième guerre russo-turque de 1710-1711.
Le Pruth est un des grands affluents (953 km) de la rive gauche du Danube qui prend sa source dans les Carpates ukrainienne, baigne Tchernivtsi (Czernovitz), ancienne capitale de la Bucovine et se jette dans le bras du Danube de Kilia à la hauteur du port fluvial moldave de Giurgiuleşti peu avant le delta.
« La Moldavie et la Valachie devaient secouer le joug des Turcs. Ces pays sont ceux des anciens Daces, qui, mêlés aux Gépides, inquiétèrent longtemps l’empire romain : Trajan les soumit ; le premier Constantin les rendit chrétiens. La Dacie fut une province de l’empire d’Orient ; mais bientôt après ces mêmes peuples contribuèrent à la ruine de celui d’Occident, en servant sous les Odoacre et sous les Théodoric.
Demetrius Cantemir avait obtenu la Moldavie. On faisait descendre ce voïvode Cantemir de Tamerlan, parce que le nom de Tamerlan était Timur, que ce Timur était un kan tartare : et du nom de Timurkan venait, disait-on, la famille Kantemir.
Déjà le vizir Baltagi Mehemet avait passé le Danube à la tête de cent mille hommes, et marchait vers Yassi le long du Pruth, autrefois le fleuve Hiérase, qui tombe dans le Danube, et qui est à peu près la frontière de la Moldavie et de la Bessarabie.
Tandis que l’armée ottomane passait le Danube, le czar avançait par les frontières de la Pologne, passait le Borysthène [Dniepr] pour aller dégager le maréchal Sheremetof, qui, étant au midi d’Yassi sur les bords du Pruth, était menacé de se voir bientôt environné de cent mille Turcs et d’une armée de Tartares. Pierre, avant de passer le Borysthène, avait craint d’exposer Catherine à un danger qui devenait chaque jour plus terrible ; mais Catherine regarda cette attention du czar comme un outrage à sa tendresse et à son courage ; elle fit tant d’instances que le czar ne put se passer d’elle : l’armée la voyait avec joie à cheval, à la tête des troupes. Elle se servait rarement de voiture. Il fallut marcher au delà du Borysthène par quelques déserts, traverser le Bog, et ensuite la rivière du Tiras, qu’on nomme aujourd’hui Niester [Dniestr] ; après quoi l’on trouvait encore un autre désert avant d’arriver à Yassi sur les bords du Pruth. Elle encourageait l’armée, y répandait la gaieté, envoyait des secours aux officiers malades, et étendait ses soins sur les soldats.

Aubry De La Motraye (vers 1674-1743), plan de la campagne du Pruth (ou guerre russo-ottomane de 1710-1711) au cours de laquelle l’armée ottomane, sous le commandement du grand vizir Baltaci Mehmet Pacha, encercla une armée conjointe moldave et russe dirigée par Pierre le Grand et la contraignit à se rendre. Publié dans « Voyages à travers l’Europe, l’Asie et une partie de l’Afrique », 1723-1724
Le vizir demanda longtemps qu’on lui livrât Cantemir, comme le roi de Suède s’était fait livrer Patkul. Cantemir se trouvait précisément dans le même cas où avait été Mazeppa. Le czar avait fait à Mazeppa son procès criminel, et l’avait fait exécuter en effigie. Les Turcs n’en usèrent point ainsi ; ils ne connaissent ni les procès par contumace, ni les sentences publiques. Ces condamnations affichées et les exécutions en effigie sont d’autant moins en usage chez eux, que leur loi leur défend les représentations humaines, de quelque genre qu’elles puissent être. Ils insistèrent en vain sur l’extradition de Cantemir. Pierre écrivit ces propres paroles au vice-chancelier Schaffirof :
« J’abandonnerai plutôt aux Turcs tout le terrain qui s’étend jusqu’à Cursk : il me restera l’espérance de le recouvrer ; mais la perte de ma foi est irréparable, je ne peux la violer. Nous n’avons de propre que l’honneur : y renoncer, c’est cesser d’être monarque. »
Voltaire, Histoire de l’Empire de Russie, « Campagne du Pruth »
(Géog. mod.) le Hieracus de Ptolémée, ou le Geracus d’Ammien Marcellin, rivière de la Dacie, est selon Mrs. de Valais et Cluvier le Pruth des modernes, rivière de Pologne, qui a sa source dans les montagnes de la Pocutée ; elle traverse la Moldavie, et va se perdre dans le Danube, un peu avant qu’il se jette lui-même dans la mer Noire.
C’est sur le bord du Pruth que le Czar Pierre en 1711, vit tout d’un coup son armée sans vivres, sans fourrages, et cent cinquante mille turcs devant lui ; plus malheureux en ce moment que son rival Charles XII à Pultawa ; mais le moment fut court : Une femme le sauva en négociant la paix du Pruth ; femme d’un simple dragon, elle épousa son empereur et lui succéda. Nous n’avons point oublié son article dans cet ouvrage. (D.J.)
Danube-culture, mis à jour novembre 2025