Xavier Marmier (1808-1892) : Du Danube au Caucase, Voyages et littérature (1854)

L’écrivain-voyageur, journaliste, bibliothécaire, traducteur, rédacteur, poète et homme politique Xavier Marmier est né le 22 juin 1808 à Pontarlier.

Après avoir fait ses études dans différents petits séminaires et collège de la région,  il part à Besançon sans idée de carrière précise et y obtient un poste à la Bibliothèque Municipale. Quelques mois plus tard, il quitte la capitale comtoise pour se rendre à Paris, trouve, grâce à Charles Nodier et à Alfred de Vigny, un poste de secrétaire, commence à écrire et publie son premier livre, « Esquisses poétiques » (1830). Xavier Marmier revient vers le début de l’année 1831 en Franche-Comté comme rédacteur d’un nouveau journal de Vesoul puis à L’Impartial de Besançon. Au bout de quelques mois, il démissionne et retourne à Paris.

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Xavier Marmier (1808-1892) par Truchelut (Bibliothèque Nationale de France, Gallica)

Le premier séjour de Xavier Marmier à l’étranger a lieu en Allemagne à Leipzig (1831). Ce séjour lui permet d’apprendre l’allemand, d’écrire des articles pour différentes revues (Revue germanique, Revue des Deux Mondes, Revue de Paris). Il rédige pratiquement seul la plus grande partie des numéros de la Nouvelle Revue germanique, traduit des auteurs allemands tout en publiant des livres de critique littéraire.

En 1835, l’écrivain s’embarque sur la corvette « La Recherche » à destination de l’Islande afin d’y étudier la langue et la littérature de ce pays. Ses « Lettres sur l’Islande » paraissent en 1837. Suivent « Langue et littérature islandaises » et « Histoire de l’Islande depuis sa découverte jusqu’à nos jours ». Toujours à bord de « La Recherche », il se joint à de nouvelles expéditions, dont il est le rapporteur officiel et découvre le Danemark (îles Féroé), la Suède, la Norvège, la Laponie et le Spitzberg.

Au début de l’année 1839, il est nommé professeur de littérature étrangère à la Faculté des Lettres de Rennes mais une demande de congé sans solde de quelques mois pour pouvoir partir à nouveau avec « La Recherche » lui est refusée. Il démissionne ce qui lui permet d’aller explorer les environs du Pôle Nord. Le gouvernement le nomme à son retour bibliothécaire au Ministère de l’Instruction Publique (1840 – 1846).

Sa grande passion des voyages le reprend peu après. On le retrouve en Hollande,  Finlande, Russie et en Pologne. Il se rend aussi en Égypte en 1845 en passant par le Tyrol, la Hongrie, la Serbie, la Valachie, la Bulgarie, la Turquie, la Syrie et la Palestine, visite l’Algérie en 1846 et prend après son périple le poste de conservateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris en retournant toutefois en Russie l’année suivante.

Le 9 septembre 1848, il part en Amérique du Nord, visite La Havane, l’Argentine et l’Uruguay et regagne la France en août 1850. Il entreprendra en 1852 encore un voyage au Monténégro en passant par l’Allemagne, la Suisse et l’Italie.

De ses nombreux voyages, Xavier Marmier rapporte des écrits sur l’histoire, la géographie, la littérature ou encore les traditions de peuples méconnus. Il consigne dans des carnets ses impressions de voyage afin d’agrémenter des récits destinés à instruire. En 1859 et en 1861, deux de ses romans, « Les Fiancés du Spitzberg » et « Gazida », sont couronnés par l’Académie française. Ses travaux sur les littératures étrangères et ses écrits lui valent d’être élu au sein de celle-ci le 19 mai 1870.

Le 11 octobre 1892, Xavier Marmier décède à Paris. Toute la presse salue et rend hommage à ce grand écrivain-voyageur. Avant de mourir il lègue à sa ville natale de Pontarlier sa bibliothèque personnelle d’environ 6 000 ouvrages.

La personnalité de Xavier Marmier est contradictoire ; autant l’écrivain-voyageur est charmant, sociable, autant l’homme est doctrinaire et sectaire. Catholique intégriste et royaliste convaincu, Xavier Marmier est farouchement anti-républicain. Ses entreprises politiques se solderont par des échecs électoraux sans lendemain.

 

 

DU DANUBE AU CAUCASE…

« Quelques mots d’abord pour ceux qui, ayant la bonté de nous suivre dans cette exploration, voudraient en fixer exactement le point de départ. C’est dans les collines ombreuses de la forêt Noire1 qu’il faut chercher la source du Danube. Quoique ces collines soient peu élevées et que nul glacier ne les couronne, il en découle une quantité de ruisseaux qui, en cheminant obscurément de côté et d’autre, comme de pauvres prolétaires, en viennent peu à peu à gagner du terrain et finissent, comme de laborieux, honnêtes industriels, par conquérir une assez belle place dans le monde. Telle goutte d’eau qui tombe inaperçue de la toiture en bois de quelque charbonnier de la forêt Noire va par le Necker2 et le Rhin se joindre aux vagues de la mer du Nord, et telle autre sera par le Danube emportée dans la mer Noire comme un grain de sable que le Simoun3 enlève dans un de ses tourbillons, comme une chétive existence que le flot du temps engloutit dans l’océan de l’humanité.

La vraie source du Danube n’a cependant pas encore été découverte. Comme celle du Nil, elle repose au sein de ses montagnes de la Lune, elle échappe à la curiosité sous un voile mystérieux ; mais on est convenu de l’accepter telle qu’elle se présente dans le limpide filet d’eau qui jaillit entre l’église et le palais de Donaueschingen. Le maître de ce domaine, le prince de Furstenberg, glorieux de posséder cet Hercule des fleuves à son berceau, a décoré son trésor d’une oeuvre d’art, d’un groupe en pierre, qui représente le Danube sous les traits d’une belle femme4 assise entre deux enfants, symbole de ses deux principaux affluents. C’est donc de Donaueschingen que l’on commence à suivre le cours du Danube. C’est là qu’il prend son nom. C’est de là que, de toutes parts lui arrivent ses tributaires. Trente-six mille petits cours d’eau et cent rivières ou ruisseaux se joignent à lui comme des soldats à leur général ou des vassaux à leur suzerain. C’est, par cette quantité prodigieuse d’affluents, le plus riche des fleuves de l’Europe. C’est, par son cours de sept cents lieues, le plus long de tous ceux qui existent dans les deux hémisphères, après le Volga, l’Euphrate, et après les immenses amas d’eau de l’Amérique5. À Ulm, à soixante lieues de son étroit bassin de Donaueschingen, il est déjà navigable. À Vienne, il a trois mille cinquante pieds de largeur ; à Galacz, quinze mille ; et, quand il arrive au terme de sa route, il envahit, il scinde un énorme terrain, il se jette dans la mer Noire par sept embouchures6.

1  Orthographe d’origine
2  Neckar, affluent du Rhin qui prend aussi sa source en forêt-Noire
3  Simoun, vent chaud, sec et violent qui souffle sur les côtes orientales de la Méditerranée, dans le Sahara, en Palestine et en Syrie.
Le nom de Danube, en allemand Donau, est féminin. Il vient probablement de dan, dwon (bas), et au, qui, dans les langues Scandinaves, signifie rivière, comme on peut le remarquer dans les désignations suédoises d’Umea, Pitea., qu’on prononce Umeo, etc.
Voir étymologie du mot Donau/Danube sur ce site.
5 Cours du Mississipi, en y comprenant le Missouri, 3 610 milles anglais ; des Amazones, 3 130 ; du Volga, 2 100 ; de l’Euphrate, 1860 ; du Danube, 1850 ; du Rhin, 830 ; de la Seine, 510 ; du Rhône, 430 ; de la Tamise, 240.
6 De là les vers de l’illustre orientaliste M. de Hammer : « Danube, Danube, je voudrais chanter ce qui m’a ravi dans ton aspect, ce que je sais de tes voyages, oh ! noble femme à sept bouches, à sept langues, comme celles qui sont adorés par les disciples de Brahms. »

Xavier Marmier, Du Danube au Caucase, Voyages et littérature, « Traditions du Danube », Garnier Frères Éditeurs, Paris, 1854

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Joseph von Hammer-Purgstall (1774-1856), diplomate autrichien, écrivain, historien, orientaliste, helléniste, traducteur et remarquable connaisseur de l’Empire ottoman.

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