Konrad Lorenz, scientifique des rives du Danube, pionnier de l’éthologie

Konrad (Zacharias) Lorenz (1903-1989) est un éthologiste autrichien, prix Nobel de médecine ou de physiologie, né à Vienne et mort à Altenberg sur le Danube, petit village de Basse-Autriche appartenant désormais à la communauté de communes de St. Andrä-Wörden (Basse-Autriche), sur la rive droite du fleuve, en amont de la capitale autrichienne. Second fils du chirurgien-orthopédiste Alfred Lorenz (1854-1946), il fait du Danube, de ses rives et de ses îles son premier territoire d’observation du comportement animal.  

 

 » Celui qui connaît vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l’homme.  »

Ses recherches ont été consacrées à l’étude du comportement des animaux dans leur milieu naturel mettant notamment en valeur l’importance de la notion d’empreinte. Elles ont contribué au développement de l’éthologie. Parti de l’observation patiente et minutieuse de certains oiseaux, K. Lorenz s’est interrogé sur l’homme et son devenir en tant qu’espèce sociale. Il s’est aussi illustré également dans le domaine de la protection de l’environnement danubien autrichien.

K. Lorenz enseigne de 1937 à 1940 à l’Université allemande Albertus de Königsberg, alors en Prusse orientale, aujourd’hui Kaliningrad, enclave russe, où il occupe la chaire d’E. Kant puis, mobilisé et fait prisonnier par l’armée russe, il ne rentre en Autriche qu’en 1946.

Travaillant tout d’abord chez lui dans la maison de famille d’Alternberg, au bord du Danube et en amont de Vienne, il devient codirecteur du département d’éthologie comparée de l’Institut Max-Planck, créé par ses soins en 1951 à Buldern en Westphalie (Allemagne) puis directeur de l’Institut Max-Planck de Seewiesen près de Munich à partir de 1961. Il revient alors à Altenberg. Dans les dernières années de sa vie K. Lorenz apporte son soutien et se joint aux défenseurs de l’environnement et de la nature, en particulier lorsque le gouvernement socialiste autrichien décide de construire une centrale nucléaire à Zwettendorf sur le Danube, près de Tulln. L’opposition d’une grande partie de la population et un référendum obligera celui-ci à renoncer de mettre la centrale en fonctionnement. Il apporte encore son prestigieux soutien aux opposants du projet de barrage de Greifenstein, à proximité d’Altenberg, projet réalisé, et de celui de Hainburg, en aval de Vienne, projet dont l’abandon permit la création du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes et le sauvetage de ce patrimoine naturel unique.

Le Prix Nobel de physiologie ou médecine qui lui fut attribué en 1973 provoqua une vive polémique dans une partie de la communauté scientifique qui contestait ses hypothèses. On lui lui reprocha également d’avoir été membre du parti nazi et d’avoir publié en 1940 dans une revue allemande un article intitulé «  Désordres causés par la domestication du comportement spécifique à l’espèce « 

Prairies alluviales danubiennes…
 » Comme coulées dans du plâtre, les traces des multiples habitants des prairies alluviales danubiennes ont été préservées dans les larges bandes boueuses jusqu’à la prochaine inondation. Qui a osé prétendre qu’il n’y avait plus aucun cerf dans ces lieux ? D’après les empreintes, de nombreux cerfs imposants semblent au contraire encore fréquenter ces forêts, même si on ne les entend plus à la période du rut. Les dangers de la dernière guerre, qui a fait dans ses derniers instants tant de ravages par ici, les ont rendus secrets et furtifs. Chevreuils et renards, rats musqués et rongeurs plus petits, innombrables chevaliers guignettes, pluviers, petit-gravelots et chevaliers sylvains ont déformé la boue avec les séries croisées de leurs déplacements. Même si ces traces racontent à mes yeux les histoires les plus belles, combien plus nombreuses sont celles que détecte le seul museau de ma petite chienne ! Elle se régale dans des orgies d’odeurs que nous autres êtres humains, avec nos pauvres nez, ne pouvons même pas nous imaginer… « 
Konrad Lorenz

 

Le Danube près d’Altenberg et le château-fort de Greifenstein, photo droits réservés

L’écologiste suisse Max Weber parle dans son livre Le paradis sauvé, livre consacré à la lutte pour la protection des prairies alluviales danubiennes en aval de Vienne et à l’abandon du projet de barrage de Hainburg, sa rencontre à Altenberg en 1984 avec Konrad Lorenz :
 » Et il nous raconte comment, jeune homme, il avait l’habitude de traverser les bancs de gravier clair, là-bas au bord du Danube, de patauger dans les eaux peu profondes et de se jeter enfin dans le fleuve, de le traverser à grandes brassées — comment, depuis l’autre rive, il pénétrait dans l’Au et comment il restait couché au plus profond de l’Au,  » au bord d’un bras secret du grand fleuve, comme un crocodile enfoncé dans la vase,  » au milieu d’un paysage vierge dépourvu du moindre signe de l’existence d’une civilisation humaine. « 

Les prairies alluviales danubiennes, un patrimoine naturel exceptionnel, photo droits réservés

 » C’est alors que je réussissais parfois, dit-il en poursuivant son anecdote, racontée également dans un de ses livres, à réaliser un miracle auquel les sages orientaux les plus érudits aspirent comme à un but suprême : sans que je m’endorme, mes pensées se dissolvent dans la nature qui m’entoure ; le temps s’arrête, ne signifie plus rien, et lorsque le soleil descend et que la fraîcheur du soir m’incite au retour, je ne sais plus si ce sont des secondes ou des années qui ont passé. Ce Nirvàna animal est le meilleur contrepoids au travail intellectuel, un véritable baume pour les nombreuses écorchures à l’âme de l’homme moderne stressé.  »
Max Weber, Le paradis sauvé, Pierre-Marcel Favre, Lausanne, 1986

Bibliographie en langue française (sélection)
Les animaux ces inconnus, Éditions de Paris (1953)
Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons (traduit de l’allemand), Flammarion, Paris (1968)
Évolution et Modification du comportement : L’inné et l’acquis, Payot, Paris (1967)
Tous les chiens, tous les chats, Flammarion, Paris (1970)
Essais sur le comportement animal et humain : Les leçons de l’évolution de la théorie du comportement, Le Seuil, Paris (1970)
Une histoire naturelle de la connaissance, Flammarion, Paris (1975).
Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, Flammarion, Paris (1973)
 L’Agression, une histoire naturelle du mal, Flammarion, Paris (1977)
L’Homme dans le fleuve du vivant, Flammarion, Paris (1981)
Les Fondements de l’éthologie, Flammarion, Paris (1984)
Les Oies cendrées, Éditions Albin Michel, Paris (1989)
L’Année de l’oie cendrée, Stock, Paris (1991)
L’homme en péril, Flammarion, Paris (1992)
De petits points lumineux d’espoir, entretiens avec Frédéric de Towarnicki, Rivage, Paris (2009)

Eric Baude, révisé, mars 2018, droits réservés

Le Danube autrichien non canalisé et ses forêts alluviales en amont de Hainburg, désormais territoire protégé, photo droits réservés

 

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