Saint Florian, perle du Baroque danubien

L’abbaye de Saint Florian avec sa somptueuse architecture est un joyau du Baroque religieux danubien. Elle appartient aux chanoines de l’ordre de Saint-Augustin depuis 1071 et est dédiée au premier saint autrichien dont l’histoire a retenu le nom, protecteur contre les incendies et les inondations. Le compositeur romantique Anton Bruckner y a étudié, enseigné et joué sur les orgues de la collégiale sous lesquelles il a demandé à être enterré.

 

Selon la légende, une femme du nom de Valeria repêcha le corps de Saint Florian martyrisé et qui avait été jeté dans le Danube avec une pierre attachée à son cou. Elle le déposa sur un charriot tiré par des boeufs puis l’enterra à l’endroit où s’élève aujourd’hui le monastère de Saint Florian.

 

Si des fouilles archéologiques menées sous la crypte de la collégiale en 1952-1953 ont bien confirmé l’existence de murailles et de bâtiments datant de l’époque romaine et détruits par un incendie, on ne connaît en revanche ni la date exacte de la fondation du monastère ni le nom de son fondateur. Les premiers documents attestant de la présence d’une vie religieuse remontent au 9ème siècle. Une petite communauté ecclésiastique s’était alors constituée mais les invasions magyares successives mirent celles-ci dans de grandes difficultés. Aussi l’évêque Altmann de Passau confia-t-il en 1071 Saint Florian aux chanoines de saint Augustin et entreprit de reconstruire la collégiale qui avait partiellement été détruite. La collégiale brûla en 1235. À la suite de cet incendie le prieur Bernard (1224-1250) la remit en état et construisit une nouvelle crypte. Mais les voutes et le choeur du bâtiment rénové s’écroulèrent en 1250. Ces événements faillirent convaincre les moines découragés de quitter les lieux. Ce n’est qu’en 1275 qu’ils prirent la décision de reconstruire une nouvelle fois la collégiale dont la consécration par l’évêque de Passau eut lieu le 15 juin 1291 : dix mille croyants se pressèrent pour cette grande fête moyenâgeuse. Il restait encore le clocher à édifier. L’édification de celui-ci s’acheva en 1230. Seule la partie inférieure de la tour de cette époque a été conservée et constitue les deux premiers étages de la tour sud de l’église baroque. Quant à ses quatre cloches, fondues en 1318 et 1319, elles font encore partie du carillon de fête de la collégiale actuelle.

C’est au XVIème siècle que fut installé l’autel dédié à saint Sébastien avec son retable orné de peintures d’Albrecht Altdorfer (voir sur ce site l’article L’école du Danube) , peintures qui sont aujourd’hui conservés dans la galerie de l’abbaye.

Église de l'abbaye

Façade de l’abbatiale

L’époque baroque

Les premiers éléments baroques architecturaux apparaissent vers 1630 mais c’est la grande victoire des armées autrichiennes et d’Eugène de Savoie sur les Turcs en 1683 qui est sans doute à l’origine de la décision de reconstruire la collégiale. Saint Florian, protecteur des frontières avait entendu l’appel des autrichiens. Le 4 mai de l’année suivante, le jour de la saint Florian, l’empereur Léopold Ier d’Autriche se déplaça avec sa suite à l’abbaye pour remercier son protecteur de son intervention décisive dans les guerres contre les Turcs. L’historien d’art Thomas Korth suppose que c’est à la suite de cette visite que le prieur David prit l’initiative d’édifier une nouvelle église mais les travaux ne commencèrent en fait qu’en 1686, selon les plans du maitre-maçon milanais Carlo Antonio Carlone qui avait réalisé la cathédrale de Passau (dont les similitudes avec la collégiale de Saint Florian sont assez nombreuses) et les abbatiales de Schlierbach, Garsten et Kremsmünster. Il s’agissait alors de construire non seulement une nouvelle église mais aussi de bâtir une abbaye. L’abbatiale baroque s’éleva sur les fondations de l’église gothique avec une nef d’une longueur de 77, 5 mètres, haute de 25 mètres et sur laquelle la coupole atteignant 36 mètres de hauteur fut achevé au printemps 1689 et recouverte de cuivre. Les voutes de la nef centrale et la façade de l’église furent à leur tour achevées en 1694 et 1695, la tour nord en 1700 et la tour sud, bâtie sur la tour gothique d’origine en 1709.

Saint Florian, les fresques de la collégiale

Les fresques de la collégiale

Les fresques de l’abbatiale furent confiées au peintre de cour munichois J. A. Gumpp et à son élève M. Steidl. Le frère du maître maçon milanais eut la charge de réaliser les décors en stuc. On décora les voutes de peintures faisant de cette abbatiale la première église au nord des Alpes au plafond entièrement couvert de fresques. Les deux orgues de choeur furent achevées en 1693. La consécration de l’église eut lieu le 27 octobre 1715. Sous le prieur J. G. Wiesmayer de nouveaux travaux d’aménagement et d’embellissement furent entrepris.

L'orgue de Bruckner

 » Les orgues de Bruckner « 

Les orgues de Bruckner

Le père M. Gogl remplaça l’orgue construit en 1702 par le facteur de Passau L. Freundt par un instrument de 5230 tuyaux et 74 registres, instrument digne de la tradition musical des lieux et réalisé par F. X. Krismann de Lubiljana (1770-1774), lequel resta jusqu’en 1886 le plus grand l’orgue de la monarchie danubienne. Ces orgues furent une première fois reconstruits en 1873 par M. Mauracher puis à nouveau rénovés et agrandis en 1931-1932 par les frères Mauracher de Linz passant à 92 registres et 6159 tuyaux.    «L’orgue de Bruckner» subit une autre reconstruction de 1945 à 1951 menée par les Zika d’Ottensheim (103 registres et 7294 tuyaux commandés par une console à quatre claviers). C’est l’Institut de facture d’orgue de Haute-Autriche Köglan de Saint-Florian qui réalisa les derniers travaux de restauration et d’amélioration de 1994 à 1996 portant le nombre de tuyaux à 7386. L’instrument, richement décoré repose sur une galerie à l’architecture élégante. C’est sous ces orgues aux puissantes sonorités qu’a demandé à être enterré le compositeur Anton Bruckner (18824-1896), autrefois petit chanteur de la manécanterie, professeur et organiste de l’abbaye : «Je souhaite que ma dépouille mortelle soit inhumée dans un cercueil de métal, lequel sera placé librement dans la crypte sous l’église de l’abbaye des chanoines, à savoir sous les grandes orgues, sans être mis sous terre. J’ai obtenu à cet effet de mon vivant l’accord de la part du plus haut prélat de l’abbaye susnommée.» écrit-il dans son testament.

Sources : Baumgartner, Rupert, L’église collégiale de Saint-Florian, Kunstverlag Hofstetter, Ried im Innkreis, 1996

Collégiale, détail de la mise en scène

Collégiale, détail de la mise en scène

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