L’abbaye augustine de Saint-Florian, perle du Baroque danubien haut-autrichien

   Parmi les nombreux grands monuments religieux qui se tiennent sur les rives danubiennes hautes-autrichiennes ou à proximité, l’abbaye de Saint-Florian, la plus importante d’Autriche, avec son architecture somptueuse et colorée est un joyau de l’époque Baroque. Appartenant aux chanoines de l’ordre de saint-Augustin depuis 1071, elle dédiée au premier saint autrichien dont l’histoire a bien voulu retenir le nom, saint Florian, protecteur contre les incendies et les inondations.
Le compositeur de Haute-Autriche, Anton Bruckner (1824-1896), y a étudié, enseigné et joué sur les impressionnantes orgues de la collégiale au-dessous desquelles il a demandé à être enterré.

Selon une légende, une femme du nom de Valeria repêcha le corps de Saint-Florian, un ancien officier martyrisé de l’armée romaine du Noricum qui avait été jeté dans l’Enns avec une pierre attachée à son cou. Elle le déposa sur un charriot tiré par des boeufs puis l’enterra à l’endroit où s’élève aujourd’hui le monastère de saint-Florian.

Albrecht Altdorfer (1480-1528), L’arrestation de saint Florian, collection du Musée National germanique de Nuremberg

   Si des fouilles archéologiques menées sous la crypte de la collégiale en 1952-1953 ont bien confirmé l’existence de murailles et de bâtiments datant de l’époque romaine et qui furent détruits par un incendie, on ne connaît en revanche ni la date exacte de la fondation du monastère ni le nom de son fondateur. Les premiers documents attestant de la présence d’une vie religieuse remontent au IXsiècle. Une petite communauté ecclésiastique s’était alors constituée mais les invasions magyares successives mirent celles-ci dans de grandes difficultés. Aussi l’évêque Altmann (1064/1065-1091) de Passau confia-t-il en 1071 le monastère de saint-Florian aux chanoines de saint-Augustin et entreprit de reconstruire la collégiale qui avait partiellement été détruite. La collégiale brûla en 1235. À la suite de cet incendie le prieur Bernard (1224-1250) la remit en état et fit bâtir une nouvelle crypte. Mais les voutes et le choeur du bâtiment rénové s’écroulèrent en 1250. Ces événements successifs faillirent convaincre les moines découragés de quitter les lieux. Ce n’est qu’en 1275 qu’ils prirent la décision de reconstruire une nouvelle fois la collégiale dont la consécration par l’évêque de Passau eut lieu le 15 juin 1291 : dix mille croyants se pressèrent pour cette grande fête moyenâgeuse. Il restait encore le clocher à édifier. La construction de celui-ci s’acheva en 1230. Seule la partie inférieure de la tour de cette époque a été conservée et constitue les deux premiers étages de la tour sud de l’église baroque. Quant à ses quatre cloches, fondues en 1318 et 1319, elles font encore partie du carillon de fête de la collégiale actuelle.
C’est au XVIsiècle que fut installé l’autel dédié à Saint Sébastien avec son retable orné de peintures d’Albrecht Altdorfer (1480-1528), un des principaux représentants de lÉcole du Danube. Ces peintures sont aujourd’hui conservées dans la galerie de l’abbaye.

Saint-Florian, gravure de Friedrich Jakob Andreas, (1684-1751), 1728, sources Bibliothèque Nationale d’Autriche

L’époque baroque
Les premiers éléments baroques architecturaux apparaissent vers 1630 mais c’est la grande victoire des armées autrichiennes et d’Eugène de Savoie sur les Ottomans lors du siège de Vienne en 1683 qui est sans doute à l’origine de la décision de reconstruire la collégiale. Saint-Florian, protecteur des frontières avait entendu l’appel des autrichiens. Le 4 mai de l’année suivante, jour de la saint-Florian, l’empereur Léopold Ier d’Autriche se rend avec sa suite à l’abbaye pour remercier son protecteur de son intervention décisive dans les guerres contre les Turcs. L’historien d’art Thomas Korth suppose que c’est à la suite de cette visite que le prieur David prit l’initiative d’édifier une nouvelle église. Les travaux ne commencèrent en fait qu’en 1686, selon les plans du maitre-maçon milanais Carlo Antonio Carlone (vers 1635-1708) qui avait auparavant réalisé la cathédrale de Passau (dont les similitudes avec la collégiale de saint-Florian sont nombreuses), les abbatiales cisterciennes de Schlierbach et bénédictines de Garsten et Kremsmünster (Haute-Autriche). Il s’agissait alors de construire non seulement une nouvelle église mais aussi de bâtir toute une abbaye. La collégiale baroque s’élève sur les fondations de l’église gothique avec une nef d’une longueur de 77, 5 mètres, d’une hauteur de 25 mètres et sur laquelle la coupole  (36 mètres de hauteur) fut achevée au printemps 1689 et recouverte de cuivre. Les voutes de la nef centrale et la façade de l’église furent à leur tour achevées en 1694 et 1695, la tour nord en 1700 et la tour sud, bâtie sur la tour gothique d’origine, en 1709.
Les fresques furent confiées au peintre de cour munichois Johannes Gumpp (1626-? ) et à son élève Melchior Steidl (1657-1727). Le frère du maître maçon milanais eut la charge de réaliser les décors en stuc. On décora les voutes de peintures faisant de cette collégiale la première église au nord des Alpes au plafond entièrement couvert de fresques. Les deux orgues de choeur furent achevées en 1693. La consécration de l’église eut lieu le 27 octobre 1715. De nouveaux travaux d’aménagement et d’embellissement furent également entrepris sous le prieur Johann Georg Wiesmayr (1695-1755)

Abbaye de Saint-Forian, peinture de Johann Georg Tompke, 1753

Les orgues d’Anton Bruckner
   Le père M. Gogl remplaça l’orgue construit en 1702 par le facteur de Passau L. Freundt par un instrument de 5230 tuyaux et 74 registres, instrument digne de la tradition musical des lieux, instrument confié à F. X. Krismann (1770-1774) de Lubljana, lequel resta pendant longtemps, jusqu’en 1886, le plus grand l’orgue de la monarchie danubienne. Ces orgues furent une première fois reconstruites en 1873 puis à nouveau rénovées et agrandies en 1931-1932 par les frères Mauracher de Linz, passant à 92 registres et 6159 tuyaux.

Anton Bruckner en 1868, photo domaine public

   « L’orgue de Bruckner » subit une autre reconstruction de 1945 à 1951 menée par les facteurs Zika d’Ottensheim avec 103 registres et 7294 tuyaux commandés par une console à quatre claviers. C’est l’Institut de facture d’orgue de Haute-Autriche Köglan (Saint-Florian) qui réalise les derniers travaux de restauration et d’amélioration de 1994 à 1996 portant le nombre de tuyaux à 7386. L’instrument, richement décoré repose sur une galerie à l’architecture élégante. C’est sous ces orgues aux puissantes sonorités qu’a demandé à être enterré le compositeur Anton Bruckner (1824-1896), autrefois petit chanteur de la manécanterie, professeur et organiste de l’abbaye : « Je souhaite que ma dépouille mortelle soit inhumée dans un cercueil de métal, lequel sera placé librement dans la crypte sous l’église de l’abbaye des chanoines, à savoir sous les grandes orgues, sans être mis sous terre. J’ai obtenu à cet effet de mon vivant l’accord de la part du plus haut prélat de l’abbaye susnommée. » écrit-il dans son testament.

Sources :
Baumgartner, Rupert, L’église collégiale de Saint-Florian, Kunstverlag Hofstetter, Ried im Innkreis, 1996
www.stift-st-florian.at

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