Un Danube facétieux : des pertes et une capture au profit du Rhin

Le Danube connaît son premier incident géologique une cinquantaine de kilomètres en aval des sources de la Breg et de la Brigach. Visible à l’oeil nu, le lit du cours d’eau s’assèche brutalement durant la saison d’étiage. Mais où a donc disparu le Danube ?

« Ici s’enfonce sous terre le Danube environ 155 jours par an » (photo Wikipedia)

Avant même de recevoir les eaux d’un premier affluent important, les deux tiers des eaux du jeune Danube s’engouffrent brusquement peu après la commune d’Immendingen dans deux failles du sous-sol karstique du Jura franconien. Elles réapparaissent tout aussi soudainement sous la forme d’une résurgence au débit important (10 000 l/seconde) près d’Hegau, à une distance de 12 kilomètres, une soixantaine d’heures plus tard, via un réseau souterrain.

La résurgence des eaux danubiennes à Hegau considérée comme la source de la Radolfzeller Aach, affluent indirect du Rhin, (photo Wikipedia)

Cette résurgence « Achtopf » considérée comme une source alimente les eaux d’un affluent indirect du Rhin, la Radolfzeller Aach qui vient confluer indirectement avec celui-ci en se jetant dans le lac de Constance à la hauteur de Radolfzell (Allemagne) par lequel le Rhin transite. 

schéma du parcours souterrain des eaux captées lors des pertes du Danube (sources Wikipedia)

Les eaux du Danube transitent ainsi par ce réseau souterrain pour aller rejoindre le bassin voisin du Rhin, illustrant, après celui des pertes, un étonnant phénomène de capture.

Le lit du Danube, asséché sur plusieurs kilomètres au-delà de la perte d’Immendingen en période d’étiage, période pouvant durer entre 155 et 200 jours par an, est réalimenté à la hauteur de Tuttlingen-Möhringen par les eaux du Krähenbach puis par celles de l’Elta à Tuttlingen, deux ruisseaux de la rive gauche. Une autre perte dans le même sous-sol karstique, à proximité de Fridingen, en aval de Tuttlingen, conduit par un réseau similaire à la même résurgence.

Ces pertes et cette capture par le bassin voisin du Rhin ont engendré autrefois une querelle entre les habitants d’Immendingen-Tuttlingen et ceux d’Hegau puis un procès entre les États de Bade et de Würtemberg, aujourd’hui réunis dans un Land commun.

« Avec un colorant, on a établi que ce passage du Danube au bassin du Rhin dure environ soixante heures. Personne ne reprochera aux habitants de la région Immendingen-Tuttlingen d’avoir cherché à contenir dans certaines limites, avec des barrages et des conduites, cette « perte du Danube ». À Hegau, en revanche, on a émis des protestations, et, en 1927, on en vint même à un procès entre les États de Bade et de Würtemberg. Aujourd’hui, deux galeries assurent à la vallée du Danube une quantité d’eau minimale d’eau ; mais au cours des étés secs, le lit de la rivière présente encore l’aspect d’un désert de pierre à peine mouillé. »
Hans Peter Treichler, Georg Stärk, Le Danube, Éditions Mondo SA, Lausanne, 1983

Voir également sur ce même site :

Le réseau hydrographique du Haut-Danube

Eric Baude, mars 2018, droits réservés

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