La D.D.S.G., une prestigieuse compagnie de navigation à vapeur danubienne

La (E.K.K.P.) D.D.S.G., dont l’intitulé complet en allemand est Erste Kaiserlische und Königlische Privatische Donau Dampfschiffahrts Gesellschaft, soit en français Première Compagnie Privée Impériale et Royale de Navigation sur le Danube, fut au XIXème siècle la plus importante entreprise de transport fluvial de passagers et de marchandises en Europe et l’une des plus importantes au monde.

L’histoire de la navigation à vapeur sur le Danube a commencé pendant le règne de l’impératrice Marie-Thérèse, dans la deuxième moitié du XVIIème siècle mais elle ne se concrétise en Autriche et en Hongrie qu’en 1818. Le premier bateau à vapeur, le « Carolina » de l’ingénieur germano-hongrois de Pecs Anton Bernhard, navigue à titre expérimental sur le Danube viennois pendant l’été 1818 puis de Vienne jusqu’à Pressburg (Bratislava) et Budapest au début du mois septembre. Un deuxième bateau, le « Duna » (« Donau »), conçu par l’ingénieur-mécanicien et prolifique inventeur français exilé à Vienne (Hirtenberg) à l’invitation de l’empereur François II, Philippe-Henri de Girard (1775-1845) effectue à peine quelques jours plus tard de son côté le même trajet de Vienne jusqu’à la capitale hongroise en faisant escale à Bratislava.

Blason de la (E.K.K.P.) D.D.S.G.

La première compagnie de navigation à vapeur sur le Danube voit le jour dès 1823. La (E.K.K.P.) D.D.S.G. est fondée en 1829 à Vienne par plusieurs hommes d’affaires autrichiens. Elle assure tout d’abord le transport des marchandises et des passagers sur une partie du cours du  Danube, étend son réseau à l’ensemble du fleuve (de Regensburg à Sulina et quelques-uns de ses affluents parmi lesquels la Tisza (liaisons Szeged-Zemun (Semlin) et la Save (ligne Šabac-Belgrade) ainsi que sur différents canaux tout en développant d’autres activités économiques dans l’Empire austro-hongrois et au-delà comme l’acheminement du courrier postal par ses propres bateaux (pour cela la compagnie émet également ses propres timbres), l’extraction du charbon près de Pecs (Hongrie) ainsi que le transport ferroviaire de cette matière première et de voyageurs sur les lignes Űszőg-Mohacs, Űszőg-Pécsbànyatelep, Űszőg-Szabolcsbànyatelep. Ces voie ferrées ont été parmi les premières lignes à être électrifiées en Europe centrale.

« Privilège » impérial et royal rédigé en latin du 22 avril 1831 accordé à la D.D.S.G. pour la navigation sur le Danube hongrois

Dès 1830, le steamer « François Ier« , deuxième vapeur danubien de ce nom, offre un service de transport pour les passagers entre Vienne et Budapest soit env. 280 km. À partir de 1834, la D.D.S.G. effectue, en plus de ses lignes fluviales intérieures, le transport maritime entre Trieste, port de l’Empire austro-hongrois, et Constantinople (Empire ottoman). En 1845, cette liaison est reprise par une autre compagnie autrichienne le Lloyd Austriaco (Le Lloyd autrichien), fondée en 1833 à Trieste et qui sera en activité jusqu’en 1918. La Lloyd Austriaco relie encore, parmi ses liaisons maritimes, Galatz à Constantinople, Galatz à Odessa et Nikolaeff.

Plan du premier « François Ier » réalisé par Philippe-Henri de Girard (1775-1845), ingénieur-mécanicien français

Vers la fin des années 1880 la D.D.S.G. compte plus de mille bateaux qui acheminent annuellement plus de trois millions de passagers et plus d’un million de tonnes de fret sur près de 6 000 km de cours d’eau en Europe centrale et orientale. La D.D.S.G. possède ses propres chantiers navals à Korneuburg, près de Vienne et à Budapest (Ofen).

Appareillage à Vienne, pour l’un de ses premiers voyages, du second bateau à aubes dénommé François Ier

La D.D.S.G. connaît son apogée  jusque dans les années 1890 puis elle commence à  affronter le déclin du transport fluvial, concurrencé de plus en plus durement par le chemin de fer. Elle subit de plus les conséquences des conflits internationaux qui engendrent de lourdes pertes pour la compagnie et redessinent les frontières en Europe centrale et orientale. Sa flotte tombera aux mains de l’Union soviétique en 1945.

Les lignes de la D.D.S.G. en 1913

Si l’entreprise d’origine a disparu plusieurs sociétés autrichiennes, de taille beaucoup plus modeste, ont repris sa raison sociale et son sigle prestigieux. Elles organisent des croisières touristiques sur le Danube autrichien et assurent également un transport fluvial de fret.

Aménagement du bateau de transport de courrier et de passager « Wien »

Port de marchandise de la D.D.S.G. sur le quai viennois du Prater dans les années 1880-1890

Longueur totale des lignes de transport de passagers en 1893 : 3321 km
Danube
Regensburg-Sulina (2432 km)
Canal du Danube de Vienne (17 km)
Bras du Danube de Györ (Györ-Gönyö, 17 km)
Bras de Szentendre (31 km)
Bras de Tolna (14 km)
Bras de Gardinovce (Dunagardony, 7 km)
Bras de Ram (Požarevac ou Passarovitz, 27 km)
Bras de Golubac (10 km)
Canal de Bjelina (Ostojićevo/Save, 19 km)
Canal Georges (Giurgiu-Smârda, 3 km)
Bras de Borcea (107 km)
Canal de Gura-Balja (10 km)
Bras de Mǎcin (Mǎcin-Ghicit, 13 km)
Bras de Kilia (22 km)

Rivière Sárviz (Leitha)
Szegzard-confluent de la Leitha avec le Danube (6 km)

Rivière Drava
Barcs-confluent de la Dráva (151 km)

Rivière Tisza
Szolnok-confluent de la Tisza (335 km) 

Longueur totale des lignes en 1912 : 
transport de passagers et courrier postal : 2553 km
transport de marchandises : 4066 km
Nombre total d’embarcadères : 177
Nombre total de passagers transportés en 1912 : 2 380 277
Nombre total de tonnes de marchandises transportés en 1912 : 2 548 126 tonnes

Effectifs de la compagnie en 1913 :
50 bateaux à aube de transport de passagers (et de courrier postal)
92 bateaux à vapeur pour le convoyage des marchandises
851 barges représentant un volume de 458 574 tonnes de marchandises

Ex voto de 1841 représentant la collision entre le bateau à aube de la D.D.S.G. « Sophia » et une barge transportant du sel dans le défilé des Portes-de-Fer, un passage resté longtemps très difficile pour la navigation

Sources :
Binder, Johannes, Dr., Rot-Weiss-Rot auf blauen Wellen, 150 Jahre DDSG, Bohmann Druck und Verlag AG, Vienne, 1979
Južnič Stanislav, The Global and the Local: The History of Science and the Cultural Integration of Europe, Proceedings of the 2nd ICESHS (Cracow, Poland, September 6–9, 2006) / Ed. by M. Kokowski

Eric Baude, mai 2017, révisé juin 2018 (droits réservés)

 

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