Le parc du Prater de Vienne

Le parc du Prater de Vienne : entre nature et divertissement
   « Je regrette de ne pouvoir te parler encore que des plaisirs d’hiver de la population viennoise. Le Prater, que je n ‘ai vu que lorsqu’il était dépouillé de sa verdure, n’avait pas perdu pourtant toutes ses beautés ; les jours de neige surtout, il présente un coup d’oeil charmant, et la foule venait de nouveau envahir ses nombreux cafés, ses casinos et ses pavillons élégants, trahis tout d’abord par la nudité de leurs bocages. Les troupes de chevreuils parcourent en liberté ce parc où on les nourrit, et plusieurs bras du Danube coupent en îles les bois et les prairies. À gauche commence le chemin de Vienne à Brünn. À un quart de lieue plus loin coule le Danube (car Vienne n’est pas plus sur le Danube que Strasbourg sur le Rhin). Tels sont les Champs-Élysées de cette capitale… »
Gérard de Nerval (1808-1855), Voyage en Orient, IX, « Introduction, suite du Journal » par M. Gérard de Nerval, à un ami, Vers l’Orient, Troisième édition, revue, corrigée et augmentée, Tome premier, Paris, Charpentier, Librairie-Éditeur, 1851

On s’y rend facilement par les moyens de transports ou à bicyclette, seul ou en famille pour jouir de l’atmosphère festive et populaire de ses attractions foraines, de sa légendaire et historique Grande-Roue sans laquelle Vienne ne serait pas Vienne et de ses cafés et restaurants mais aussi pour ses allées ombragées très fréquentées en toutes saisons par les sportifs et les promeneurs et sa nature préservée qui s’étend jusqu’au Danube et au quartier de Freudenau, un des ports de la ville. Peut-être certains se souviendront-ils à l’occasion de leur promenade que le Prater fut aussi un haut-lieu des débuts de la démocratie, de la musique, de la chanson mais aussi de tous les genres musicaux et de l’histoire du cinéma viennois. D’autres, amateurs de suspens, préfèreront l’ambiance effervescente des courses hippiques du Wiener Trabennverein et se rendront à l’hippodrome classé monument historique tout proche de la Kriau pour y assister. L’atmosphère plus paisible du golf de Freudenau qui, comme les stades de football, a également empiété sur le Prater d’origine, invite les pratiquants de ce sport à savourer des heures de détente aux lisières de la zone industrielle.

Valentin Janscha (1747-1818), chasse à courre au cerf et au sanglier dans les prairies alluviales danubiennes, vers 1790, collection de l’Albertina, Vienne

Le Prater dans l’histoire et dans les arts

Comme tout bon Viennois Mozart eut l’occasion d’aller se promener dans le grand parc du Prater.
MOZART, Wolfgang Amadeus (1756-1791)
Gehn wir im Prater, gehn wir in d’Hetz (Allons au Prater…)
Canon KV 558 en si bémol majeur (2 septembre 1788)
https://youtu.be/BoL2NUnldDU 

Le Prater est mentionné dans des sources écrites de la Renaissance en l’an 1403. Il occupe alors une superficie bien plus importante que celle d’aujourd’hui et une grande partie des terrains sont des marécages dus à la présence de plusieurs bras Danube. Ces terrains appartiennent à divers monastères et paroisses.
En 1560, l’empereur Maximilien II de Habsbourg (1527-1576), fait clôturer ces bois et ces prés et les transforme en réserve de chasse réservée aux membres de la Maison des Habsbourg. La noblesse n’est autorisée à s’y rendre qu’au mois de mai, et ce bien évidemment « sans pistolet ni chien ».
Peu après son couronnement, le jeune monarque Joseph II (1741-1790), fils aîné de Marie-Thérèse d’Autriche et de François Ier de Habsbourg-Lorraine décide en 1766 d’ouvrir une partie du parc au public sauf la Hirschau qui demeure interdite et est réservée à l’élevage du gibier.

Cerfs en hiver dans le parc du Prater, 1840, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Ce qui n’empêche nullement certains visiteurs de franchir la clôture pour y organiser des rencontres galantes et discrètes ou éventuellement pour s’y battre en duel en toute tranquillité. Cette ouverture au public du Prater fut suivie par un réel engouement des Viennois pour ce nouvel espace accessible et, par beau temps, de longues files de fiacres s’y rendent. Toute la ville ou presque se donne alors rendrez-vous au Prater.
Joseph II fait également bâtir la Lusthaus (La maison du plaisir) par un architecte autrichien d’origine française qu’il apprécie, Isidore Canevale (1730-1786). Le terrain choisi fut celui d’une cabane de chasse, aux abords d’un ancien bras du Danube, le Wiener Wasser qui a été par la suite transformé en plan d’eau.

Dans le parc du Prater, 1810, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Le nouveau bâtiment fut surélevé pour éviter les inondations fréquentes et destructrices. Les nombreuses parois vitrées et les portes ont été dessinées afin de permettre à la nature de pénétrer facilement dans le bâtiment. Les murs sont peints avec une couleur verte. On s’y donne rendez-vous, on y discute, mange, joue, on y écoute de la musique, flirte… Cinq allées partant de ce bâtiment sont aménagées et complètent l’allée principale, ce qui permet également à l’empereur de mieux faire surveiller son peuple. La Lusthaus et ses abords abritent une grande fête en 1814 organisée en l’honneur de la victoire sur Napoléon, manifestation à laquelle les soldats autrichiens de retour chez eux sont conviés.
La Lusthaus abrite toujours un excellent restaurant ainsi qu’un espace où sont organisées de nombreuses manifestations culturelles.
www.lusthaus-wien.at

La Lusthaus pavoisée pour les fêtes de 1814, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Les grands cafés du Prater
Les premiers cafés et restaurants du Prater remontent au XVIIIe siècle. Trois établissements sont érigés dans les années 1786 sur l’allée principale. Le premier propose initialement des concerts de musique classique. Beethoven s’y produit en 1814, Joseph Lanner en 1824. Mal géré ou déficitaire, l’établissement change 21 fois de propriétaire entre 1854 et 1938 et sera détruit par les bombardements alliés en 1945.
Le deuxième café était encore plus vaste et plus chic que le premier. C’est à la valse que sont dédiés les concerts qui s’y dérouleront au XIXe siècle. Johann Strauss junior et ses deux frères le fréquente à plusieurs reprises. À côté du bâtiment principal se trouvent une salle de billard, un buffet, un grand salon avec son propre scène pour un orchestre, quatre autres salons ainsi qu’un un jardin d’hiver. L’établissement subit le même sort que le premier café à la fin de la seconde guerre mondiale.
Le troisième café fonctionne toute l’année. De grandes fêtes y sont également organisées, auxquelles participent des musiciens célèbres. Ce café est transformé en « Singspieltheater » pouvant accueillir jusqu’à 5 000 personnes (1871). L’entrepreneur et impresario Anton Ronacher (1841-1892) rachète le restaurant en 1877 et y fait représenter des opérettes et des spectacles de variétés. Le café est lui aussi touché par les bombardements à la fin de la seconde guerre mondiale et définitivement démoli en 1962 pour laisser la place au « Brunswick Bowling Hall ».

La Schweizerhaus, une institution gastronomique viennoise
« J’étais hier au Prater en compagnie du vice-chancelier, le comte Schönhorn. C’est un parc ravissant  à l’étendue resplendissante. Nous avons jugé bon de quitter la grande allée à cause de la poussière et de nous diriger vers la forêt. Nous nous sommes arrêtés dans une petite auberge qui, d’après mon compagnon, s’appelle « Zur Schweizer Hütte ». Il y a des centaines d’années, un ermite vendait ici du poisson et des champignons aux chasseurs impériaux qui venaient s’y reposer. Les domestiques étaient des Suisses du Sundgau, réputés pour l’excellence et la loyauté de leur conduite, et le nom « SchweizerHütte » aurait été conservé depuis cette époque. Le propriétaire actuel est un homme d’un grand calme qui fait frire habilement des petits poissons à la broche et sert un délicieux jus de sureau que nous avons bu dans deux cruches … »
Lady Worthley Montaigu, 1766
La Schweizerhaus a été construite en 1868 sur l’emplacement de la  « Zur Schweizer Hütte« , un lieu fréquenté initialement par des chasseurs originaires de Suisse (d’où son nom) qui y recevaient l’aristocratie du Saint Empire Romain Germanique. Elle est rachetée en 1920 par un jeune boucher de 19 ans d’origine tchèque, Karl Kolarik (1901-1993). Celui-ci y installe une cuisine qui permet aux clients d’observer la préparation des plats. Le bâtiment est détruit à son tour pendant les bombardements alliés de 1945. La famille Kolarik reprend ses activités en 1947 accueillant sa clientèle dans un ancien wagon de la Grande Roue et dans une cabane en bois de vigneron.  Ce restaurant saisonnier (de mi-mars à fin octobre), une des adresses gastronomiques les plus populaires pour les amateurs de cuisine viennoise et bohémienne copieuse accompagnée de bières légendaires, demeure dans la possession de la même famille depuis 1920.
www.schweizerhaus.at

   Outres de nombreux et  impressionnants feux d’artifice qui sont tirés régulièrement depuis un emplacement spécifique du Haut-Prater, toutes sortes de tentatives et expériences scientifiques, parfois réussies, ont eu lieu dans le cadre du parc. Après le britannique Charles Hyam et l’artificier autrichien Johann Georg Stuwer en 1784, l’aéronaute français Jean-Pierre Blanchard (1753-1809) tente d’effectuer le premier vol libre en ballon depuis l’Autriche mais c’est d’abord un échec. Le public qui a du payer un droit d’entrée, est en colère et l’aéronaute doit être protégé de la foule par la police. Le 6 juillet 1791, il réussit toutefois à s’envoler du Prater jusqu’à Groß-Enzersdorf sur la rive gauche du Danube. Puis c’est au tour de l’horloger et génial inventeur Jakob Degen (1760?-1848) de s’envoler avec une machine volante à ailes mobiles actionnées par ses propres forces le 13 novembre 1808, réussissant le premier vol libre au-dessus du Prater. Huit ans plus tard, en 1816, le même Degen qui a inventé entretemps une hélice mécanique, fait monter un premier hélicoptère (sans pilote) jusqu’à une hauteur de 160 mètres.

Inauguration du Danube régularisé à Vienne, sources l’Illustration

   Les grands travaux de régulation du Danube dans les années 1870 permettent la disparition quasi totale des marécages. À l’occasion de la grande Exposition universelle de Vienne en 1873, une partie des terrains du Prater sont défrichés et de nouveaux chemins sont aménagés pour les promeneurs.

Pavillon de Perse, exposition universelle, 1873, collection du Wien Museum

Les bâtiments construits pour l’Exposition Universelle seront par la suite démolis, à l’exception de quelques-uns d’entre eux qui sont transformés en ateliers et loués à des artistes. Les autres bâtiments seront partiellement détruits par des bombardements en 1945. Le parc du Prater se trouve en zone d’occupation soviétique après la seconde guerre mondiale mais les Russes autorisent les Britanniques à y accéder et à y organiser des courses hippiques.

August Schäffer (1833-1916), En revenant de l’exposition universelle, huile sur toile, 1875, collection de la Galerie Nationale Autrichienne, Vienne

Le quai du Prater (Praterkai) a été aménagé en zone industrielle vers la fin du XIXe siècle. La zone de Freudenau est transformée en port fluvial. Des résidences sont construites le long du canal du Danube, un ancien bras du fleuve aménagé et des villas sont édifiées pour héberger de riches industriels anglais venus en Autriche profiter de la croissance économique. Ces derniers affectionnent particulièrement le Prater, car ils peuvent y pratiquer leurs sports favoris comme le cricket.

L’entrée de « Venedig in Wien », photo de 1895, Collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Le parc d’attractions
Gabor Steiner (1858-1944), directeur de théâtre, impresario et créateur du parc d’attractions Venedig in Wien (Venise à Vienne), inauguré en 1895, fait construire en 1897 la Wiener Riesenrad (Grande Roue de Vienne), un an avant le cinquantième anniversaire du règne de l’empereur François-Joseph de Habsbourg par les ingénieurs britanniques Walter Bassett Bassett (1864–1907) et Harry Hitchins.

La Grande Roue historique en 1897 avec ses trente nacelles, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Elle est fermée durant la premier guerre mondiale, sert comme poste d’observation militaire et faillit être détruite en 1916 mais le coût prohibitif de sa démolition incite le nouveau propriétaire des lieux à y renoncer. Elle brûle à l’occasion des bombardements de la ville en 1944 et sera reconstruite en 1953 en n’intégrant toutefois que 15 des trente nacelles qui équipaient la Grande Roue Viennoise d’origine. Elle est alors restituée aux héritiers d’Édouard Steiner, propriétaire qui en avait été dépossédé en 1938 à l’occasion de la promulgation de lois antisémites lors de l’Anschluss

La discrète église Maria Grün, lieu de de pèlerinage
À l’opposé du parc d’attraction, presque invisible, la discrète petite église Maria Grün, cachée dans son écrin de verdure près de l’allée d’Aspern et du Danube du Danube fut autrefois un haut-lieu de pèlerinage. Elle a été construite sur les plans de Josef Münster (1869–1946), architecte de la ville de Vienne en 1924 et consacrée le 21 décembre de la même année. Le bâtiment a été endommagé à plusieurs reprises pendant la seconde guerre mondiale par des bombardements qui visaient la zone industrielle et le port voisin de Freudenau. Restaurée par la suite elle fut réouverte au service religieux en 1948. Elle possède un orgue depuis 1985 et a été de nouveau entièrement rénovée en 1989. Maria Grün reste une destination privilégiée de pèlerinage pour les habitants d’origine croate de Vienne et du Burgenland.

L’église Maria Grün, photo droits réservés

Le Prater et le cinéma
   La plupart des toutes premières projections et spectacles cinématographiques ont lieu à Vienne en 1896 dans le cadre du parc d’attractions « Venise à Vienne » ouvert en 1895. Mais ce n’est qu’au tout début du XXe siècle que sont construites au Prater des petites salles de cinémas indépendantes. Gustav Münstedt diffuse des films dans une  salle adjacente de sa « Prater Hütte » à partir de 1904 puis dans la grande salle. 5 cinémas jouissent d’une situation de monopole jusqu’en 1920, année où est inauguré la salle de cinéma du cirque Busch dans les anciens locaux de celui-ci. Toutes les salles  à l’exception du Lustspieltheater seront détruites en 1945 par les bombardements alliés.

Le Prater dans le patrimoine littéraire, cinématographique et musical : une source d’inspiration féconde
   Le Prater et les prairies alluviales danubiennes, ces « espaces du bonheur pas cher », cadres d’idylles ou d’intrigues, champs géographique d’expérimentation de tous les possibles, du bonheur le plus pur mais aussi le plus kitsch, cultivé à merveille par les classes populaires ou du désespoir le plus profond et d’expression de frustrations, de déviations, apparaissent régulièrement dans les romans, romans policiers, nouvelles, pièces de théâtre, récits et poèmes d’auteurs autrichiens et étrangers. Quelques-uns d’entre eux sont traduits en français parmi lesquels La Ronde, Le sous-lieutenant Gustel d’Arthur Schnitzler (1862-1931), La nuit fantastique, L’amour d’Erika Ewald de Stefan Zweig (1881-1942), Le Flambeau dans l’oreille – Histoire d’une vie 1921-1931 d’Elias Canetti (1905-1994), Un autre Kratki-Baschik (récit) d’Heimito von Doderer (1896-1966), Ashantee de Peter Altenberg  (1859-1919), Histoire d’une fille de Vienne racontée par elle-même de Josephine Mutzenbacher (1906), roman érotique attribué postérieurement à Felix Salten (1869-1945), Le Tabac Tresniek de Robert Seethaler (1966).
Quant à Ödon von Horváth (1901-1938), auteur qualifié de « dégénéré » par les Nazis et dont ils brûleront les livres en 1933, il fait de ces prairies alluviales précisément l’un des cadres de sa pièce Légendes de la forêt viennoise (Geschichten aus dem Wienerwald, 1931) dans lequel les protagonistes, petits-bourgeois et commerçants de Josefstadt, déshabillés brutalement de leur verni comportemental et social superficiel, sont livrés à leurs attirances pulsionnelles. Là encore le kitsch s’invite et triomphe au milieu de cette farce tragicomique danubienne cruelle. Horváth emmène dans un épilogue pathétique ses personnes au paroxysme de leurs trivialité jusque dans le décor naturel et romantique de la Wachau, à Dürnstein, un des lieux favoris d’excursion des Viennois par bateau. Revenant comme des refrains tout au long de la pièce, les valses de Strauss qui « symbolisent la gaieté et l’insouciance, ainsi que le rayonnement culturel de Vienne dans la deuxième moitié du XIXe siècle, relèvent désormais d’un âge d’or idéalisé et entrent en collision avec les comportements triviaux des petits-bourgeois horvathiens : Le Beau Danube bleu est joué par l’orchestre du bar « Maxim »  pour servir de toile de fond au numéro de « trois filles à moitié nues, les jambes prises dans une queue de poissons » qui sont supposer figurer « les sirènes du Danube ». La valse est réduite à l’état d’ornement dans un tableau de mauvais goût : à l’esthétique se substitue le pornographique. »1
Dans La pianiste d’Elfriede Jelinek « l’interdit social tissé par sa mère ne laisse chez Erika qu’une soupape, la rupture clandestine des digues, l’irruption des pulsion »2. Là encore le Prater sert de cadre au voyeurisme et à l’assouvissement des pulsions de son héroïne. « Elle part en chasse dans les « gorges goulues » de prairies désertes, dans cette steppe incertaine où « le paysage s’étend à perte de vue jusqu’à des pays étrangers (la Slovaquie et la Hongrie), jusqu’au Danube, au port pétrolier de Lobau [rive gauche, un territoire de prairies alluviales conquis par la ville industrielle au XXe siècle], au port de Freudenau. [port d’hiver et port commercial de Vienne, sur la rive droite, au-delà du Prater vers l’aval]. Le port aux grains de Albern. La jungle à l’entour du port de Albern. Puis l’Eau-Bleue et le cimetières des Sans-Noms [Namenslos Friedhof]. (Pierre Burleaud, idem, p. 169). Comme le souligne P. Burleaud, l’élément liquide « joue là son rôle métaphorique: écoulement, inondation, vagues et flots. »3
Le Prater, autrefois haut-lieu de fêtes mais aussi de prostitution et ses éléments naturels n’exorcise t-il pas le besoin de liberté d’habitants d’un pays tourmenté par son passé récent et qui n’a gardé de son ancien et immense territoire s’étendant auparavant jusqu’à la mer Adriatique, qu’une partie d’un fleuve symbole emportant avec lui des souvenirs de grandeur déchue.

Quelques films :
Merry-go-round (Erich von Stroheim, 1923)
Pratermizzi (Gustav Ucicky, 1927)
Prater (Willy Schmidt-Gentner, 1936)
WiennerinnenSchrei nach Liebe (Kurt Steinwendner, 1952)
Im Prater blüh’n wieder die Bäume (Hans Wolff, 1958)
Lo Strangolatore di Vienna (Guido Zurli, 1971)
Exit… nur kein Panik (Franz Novotny, 1980)
Malambo (Milan Dor, 1984)
The living Daylights (John Glen, 1987)
Der Prater – Eine wilde Geschichte, documentaire (Manfred Corrine, 2008)
Der Räuber (Benjamin Heisenberg, 2010)
Der Prater, documentaires en trois parties (Peter Grundei, Roswitha Vaughan, Ronald Vaughan, 2016)
Mein Prater, reportage pour la télévision (Franz Gruber, Andreas Dorner, 2017)
G’schichten aus dem Wiener Prater, documentaire  (Thomas Rilk, musique Ernst Molden, 2017)

Quant à la Grande-Roue emblématique, elle figure aussi dans de nombreux films de cinéastes ayant pris pour cadre Vienne et son patrimoine culturel comme Le Troisième Homme de Carol Reed (1949), d’après le scénario et le roman de Graham Greene et Tuer n’est pas jouer (1987) de John Glen qui fut lui-même assistant monteur pour le Le Troisième Homme.

En littérature… (langue allemande) et en musique

« Im Prater blühn’ wieder die Bäume » (« Au Prater les arbres refleurissent »), chanson viennoise de Robert Stolz (1880-1975)
https://youtu.be/g4ibJ7FLMHs
Altenberg, Peter, Ashantee, Berlin, S. Fischer, 1897
Altenberg, Peter, « Blumen–Korso », in Wie ich es sehe, Prosaskizzen, Berlin, S. Fischer, 1898
Altenberg, Peter, « Bäume im Prater/ Große Prater–Schaukel/ Café de L’opéra (im Prater)/Newsky Roussotine–Truppe », in Was der Tag mir zuträgt, Fünfundfünfzig neue Studien, Berlin, S. Fischer, 1901
Altenberg, Peter, « Sonnenuntergang im Prater », in Märchen des Lebens, Berlin, S. Fischer, 1908
Altenberg, Peter, Extrakte des Lebens, Gesammelte Skizzen 1898–1919, Hg. von Werner J. Schweiger. Wien und Frankfurt, Löcker/S. Fischer, 1987

Amanshauser, Gerhard, Als Barbar im Prater, Autobiographie einer Jugend, Salzburg–Wien–Frankfurt, Residenz, 2001
Amon, Michael, Wehe den Besiegten, Wien, echomedia, 2013 (= Wiener Trilogie der Vergeblichkeiten 2)
Andersen, Hans Christian, « Nur ein Geiger », in Gesammelte Werke Bd. 9, 10 und 11, Leipzig, Karl Lord, 1847
Artmann, H.C., « blauboad 1/brodaschbiagelgalerie », in gedichteaus bradensee. Salzburg, O. Müller, 1958
Artmann, H.C., Wenn du in den Prater kommst, Berlin, Volk und Welt, 1988
Auernheimer, Raoul, Laurenz Hallers Praterfahrt, Berlin, S. Fischer, 1913
Bartl, Fritz, Freudenau 1943, Ein wienerisches Epos in Spielszenen, Wien, Rido, 1945
Bartl, Fritz, Der Wurstelprater, Ein wienerisches Epos, Wien, Titan, 1946
Bartl, Hans, Der Eifersüchtige im Wurstelprater, Posse mit Gesang, Wien, C. Fritz, 1885
Bayer, Karl, Ein Engagement im Prater, Gelegenheitsstück mit Gesang, [UA 21.April 1862]
Bayer, Karl, Der/Ein Praterscheiber, Singspiel mit Gesang. Musik Karl Kleiber, Handschrift [UA 31. Mai 1862]
Bayer, Karl, Der 1. Mai oder Die Wettfahrer im Prater, Musik arl Kleiber, [UA 1. Mai 1862]
Bayer, Karl, Ein Praterwurstel, Musik Karl Kleiber, [UA 6. Juli 1862]
Bayer [Karl?] Die schönen Praterwirthstöchter, Posse mit Gesang. Handschrift. [k.A.]. Blank (?) Die Praterhirschen, Scherz mit Gesang, Handschrift. [k.A.]
Blissett, Fanny, Jesuitenwiese, Ein leicht revolutionärer Poproman, Wien, Zaglossus, 2014
Bolla, Jakob Ignaz, Die Josephsaue, oder das Mayenfest im Prater, Wien, gedruckt bey Joh. Thom. Edl. von Trattnern, 1781
Brandstetter, Ernst (Hg.), G`schichten vom Praterkasperl, Wien, Austria Press, 2004
Bujak, Hans, Der Blumenkorso, Wien, Wiener Verlag, 1945
Bujak, Hans, Fiakerlied, Wien, Rudolf Cerny, 1948
Busson, Paul, « Praterabend », in Wiener Stimmungen, Wien, Robert Mohr, 1913
Canetti, Elias, Die Fackel im Ohr. Lebensgeschichte 1921–1931, München, Hanser, 1980
Canetti, Veza [Magd, Veza], « Der Verbrecher », in Arbeiterzeitung 31. August 1933
Chobot, Manfred, « S risnradl », in Kumm haam in mei Gossn, Dialektgedichte,Weitra, Bibliothek der Provinz, 2000
Denis, [Michael], Ode auf den Prater, Wien,Mai 1766 www.digital.wienbibliothek.at/nav/classification/1827078
Denis, Michael, « Das Kunstfeuer im sogenannten Prater », in Leiter, Helmut (Hg.), Wien im Gedicht, Wien, Belvedere Verl. Wilhelm Meissel, 1967
Doderer, Heimito von,  « Ein anderer Kratky–Baschik », in Die Erzählungen, Herausgegeben von Wendelin Schmidt–Dengler, München, Biederstein, 1972
Doderer, Heimito von,  Roman No. 7/I. Die Wasserfälle von Slunj, München, Biederstein, 1963
Doderer, Heimito von, « Praterabend », in Leiter, Helmut (Hg.), Wien im Gedicht, Wien, Belvedere Verl. Wilhelm Meissel, 1967
Doppler, Josef, Vor und nach der Weltausstellung, Zeitbild mit Gesang und Tanz, Musik Karl Kleiber [UA 5. Juli 1873]
Eberl, Ferdinand, Die Limonadenhütte, Ein Lustspiel in drey Aufzügen, 1793 http://lithes.uni­graz.at/maezene­pdfs/translit_eberl_limonadehuette.pdf
Feldmann, Else, « Das Nachttier », in Die Zeit 16. Jänner 1916
Feldmann, Else, Löwenzahn. Eine Kindheit, Wien, Rikola, 1921
Ferra–Mikura, Vera, « Wurstelprater », in Leiter, Helmut (Hg), Wien im Gedicht, Wien, Belvedere Verl. Wilhelm Meissel, 1967
Fiebrich, F.[ranz] P.[aul],  Weg von unser`m Prater (Opus 357). [k.A.]
Friedel, Johann, Briefe aus Wien verschiedenen Inhalts an einen Freund in Berlin, Leipzig undBerlin, 1783
Gärtner, Wilhelm, « Soirée im Prater », in Kaleidoskop. Novellen, Wien, 1845
Gail, Hermann, Prater, Frankfurt/Main, S. Fischer, 1976
Gaheis, Franz Anton de Paula, « Spazierfahrt in den Prater », in Wanderungen und Spazierfahrten in die Gegenden um Wien, Drittes Bändchen,Wien, 1809
Gaheis, Franz Anton de Paula, « Das Feuerwerk im Prater (den 26. Juli 1807) », in Wanderungen und Spazierfahrten in die Gegenden um Wien, IX. Bändchen, Wien
Glaßbrenner, Adolf, Der Prater, in Bilder und Träume aus Wien, Erster Band, Leipzig, F. Wolckmar, 1836
Gottsleben, Ludwig, Die Prater–Vögel, Liederspiel aus dem Wienerleben in 1 Akt, 1879
Greene, Graham, Der dritte Mann und Kleines Herz in Not, Zürich, Artemis, 1951
Grieser, Dietmar « Auf stillen Praterpfaden », in Des Pudels Kern, Das Beste vom Literatur–Detektiv. Wien, Amalthea Signum, 2002
Grieser, Dietmar « Gelbes Wasser, Buffalo Bill II Messegelände », in Weltreise durch Wien, St. Pölten–Wien–Linz, Niederösterreichisches Pressehaus, 2002
Grieser, Dietmar « Bitte sehr, bitte gleich » Der Komiker Carl Blasel, in Verborgener Ruhm, Österreichs heimliche Genies. Wien, Amalthea Signum, 2004
Hanner [Johann David] Das Vergnügen in Prater und Augarten, Wien, 1793
Hebbel, Christian Friedrich, « Aus dem ,Wiener Prater », in Hebbels Werke, Erster Band, Her­ausgegeben von Dr. Karl Zeiß, Leipzig und Wien, Bibliographisches Institut, 1899 Heeger, J[ohann] und Legrün, A[lois], Wiener Kinder, I. Buch, erarbeitet von einer Wiener Lehrergemeinschaft, Wien–Leipzig, Deutscher Verl. für Jugend und Volk, 1923
Herz, Peter und Schick, Zdenko, Pratermärchen, Maschinenschriftliches Libretto zur
Operette [k.A.]
Herz, Peter, Gestern war ein schöner Tag, Wien, Österr. Bundesverlag, 1985.
Herzl, Theodor, « Der Menschengarten », in Neue Freie Presse 6. Juni 1897
Herzl, Theodor, « Juli–Sonntag im Prater », in Neue Freie Presse 23. Juli 1899
Hinterberger, Ernst, Jogging, Wien–Berlin, Medusa, 1984
Hinterberger, Ernst, Doppelmord, Ein Fall für Trautmann, Wien, echomedia, 2005
Hinterberger, Ernst, Die Tote lebt, Ein Fall für Trautmann, Wien, echomedia, 2006
Hinterberger, Ernst, Mord im Prater, Ein Fall für Trautmann, Wien, echomedia, 2007
Hinterberger, Ernst, Blutreigen, Ein Fall für Trautmann, Wien, echomedia, 2011
Hoffmann, Carl, Der Praterwurstel, Wien, Selbstverlag der Hg., [k. A.], (= F.J. Singer und O.F. Ebersberg (Hg), « Lustige Bibliothek » 4)
Hofmann, Oskar, Die Praterfee, Walzerlied, Handschrift. [k.A.]
Hofmannsthal, Hugo, Der Rosenkavalier, Opernlibretto [UA 1911]
Hofmannsthal, Hugo, Arabella, Opernlibretto [UA 1933]
Hollaus, Anton, Lied der Arbeiter am Überschwemmungs–Dammbau in Prater, [1848]
Jelinek, Elfriede, Die Klavierspielerin, Reinbek, Rowohlt, 1983
Jones, J. , Das Haus der Spiegel, Berlin, Aufbau, 2010
Karlweis, Carl, Wiener Kinder, Ein Roman. Stuttgart, Adolf Bonz & Comp., 1887
Kauer, Max, Pratermonster, Kriminalroman, Wien, Emons, 2016
Kneifl, Edith, Der Tod fährt Riesenrad, Innsbruck–Wien, Haymon, 2012
Kneifl, Edith (Hg.), Tatort Prater, 13 Kriminalgeschichten aus Wien, Wien, Falter, 2012
Kneifl, Edith, Endstation Donau, Ein Wien–Krimi. Innsbruck–Wien, Haymon, 2014
Kraus, Karl, Die letzten Tage der Menschheit, Tragödie in fünf Akten mit Vorspiel und Epilog, Wien/Leipzig, Verl. « Die Fackel », 1922
Kreisler, Georg: Ein Prophet ohne Zukunft, Zürich, Diana, 1990
Kreuzig, Friedrich Peter, « Hauptallee/ Prater/ Pantomime/ Venedig in Wien/ Rennen in derFreudenau », in Die andere Donau, Wiener Sonette. Wien, Bergland, 1955 (= Neue Dichtung aus Österreich 6).
Kuh, Anton, « Praterausrufer/ Die Parkbank am Abende », in « Der unsterbliche Österreicher », München, Knorr & Hirth, 1931
Lahner, Franz, « Puppentheata/ A Riesenradl/ Des Leben–A Geistabauhn », in « Gsehgn undGheat– in da Weanastadt », Wien, Europäischer Verlag, 1972
Lahner, Franz, « Im Prater », in Wia d`Leut so san, Wels, Mohl, 1979
Lahner, Franz, « Weihnacht im Prater », ins Christkindl redt wienerisch, [Wien] Gutenberg, [k.A.]
Langer, Anton, « Ein Hanswurst », In Wien gegeben unter dem Titel, Ein Prater–Wurstl, Original–Lebensbild in 3 Akten, Musik vom Kapellmeister Adolf Müller, in Wien am 19. August 1858 zum ersten Male gegeben und mit enthusiastischem Beifall aufgenommen, Libretto als Manuscript gedruckt, Wien 1858
Lindenbaum, Walter, « Prater », in Arbeiterzeitung 21. Juli 1933
Lippenberger, Bettina « Krümelchen und seine Freunde in Wien », Wien, Karina, 2014 Löw, Fritz, « Wurstelprater », Illustrationen: Atelier « Otto », Wien, Österreichische Staats­druckerei [1930]
Mastalier, Carl, « Der Prater », in Carl Mastaliers Gedichte nebst Oden aus dem Horaz, Wien, Ghelensche Buchhandlung, 1774
Mathews, Adrian, Wiener Blut, Frankfurt/Main, Eichborn, 2000
Mauz, Christoph, Motte Maroni, Horrorfahrt der Dämonenbahn, St. Pölten–Salzburg, Residenz, 2011
Meder, Erich « Der Wurschtl », in: …Heinz Conrads, Guten Abend die Madl`n, Servus die Buam… Wien, Doblinger, 1974 [Text von 1945]
Meisl, Carl, Das Gespenst im Prater, Als Fortsetzung des Gespenstes auf der Bastey, in zwei Akten, Musik vom Herrn Capellmeister [Franz] Volkert, in Theatralisches Quodlibet oder sämtliche dramatische Beyträge für die Leopoldstädter Schaubühne von Carl Meisl, 8. Band. Wien, Mörschner und Jasper, 1824. [auch, Der Geist im Prater, UA 1821]
Meisl, Carl, Wien mit seinen Vorstädten humoristisch geschildert von Gewey und Meisl, Fünftes Heft. X. Jägerzeil XI. Prater, Wien, Geistinger [k.A., 1820]
Merkt, Eduard, Das Lied vom Prater, Musik Ferdinand Leicht, Wien, Leipzig, Hugo Bern­hard Winkelmann. [k.A.]
Merz, Carl und Qualtinger, Helmut, « Die Kastanien blühen »,  in Travniceks gesammelte Wer-ke und andere Texte für die Bühne. Wien, Deuticke, 1996. (= Tritschke, Traugott (Hg.), Helmut Qualtinger Werksausgabe 3)
Merz, Carl und Qualtinger, Helmut, « Geisterbahn der Freiheit », in Brettl vor dem Kopf undandere Texte für die Bühne, Wien, Deuticke, 1996 (= Tritschke, Traugott (Hg.), Helmut Qualtinger Werksausgabe 2)
Modl, Josef, Der Praterausrufer, Soloscene. Wien, [J. Blaha, 1898]
Molnár, Ferenc, Liliom, Vorstadt–Legende in sieben Bildern und einem szenischen Prolog, Für die deutsche Bühne bearbeitet von Alfred Polgar, Wien: Deutsch–Österreichischer, Verlag, 1912
Morton, Frederic, Ewigkeitsgasse, Wien, Deuticke, 1996
Mozart, Wolfgang Amadeus, Gehn wir im Prater, gehn wir in d` Hetz, KV 588, 1782
Muhr, Adelbert, Praterbuch, Wien, Erwin Müller, 1947
Musil, Robert, « Als Papa Tennis lernte », in Der Querschnitt XI. Jahrgang Heft 4. Berlin, Propyläen, 1931
Mutzenbacher, Josefine [Felix Salten], Meine 365 Liebhaber, Paris: Neue Bibliophilen–Vereinigung, 1925
Neidhardt, August, Die Praterfee, Volksstück mit Gesang in 5 Bildern.Musik, Josef Fromm, Partitur [UA 2.9.1904]
N.N. Der Prater, Epistel an die Wiener, Wien, bey Ignaz Alberti`s Witwe, 1798
N.N Die Abendlust im Prater zu Wien, in den Geschichten verschiedener Personen vom Stande. Ulm, Bartholomai, 1773
N.N. Über den Kleiderpracht im Prater, Wien: 1781
N.N. Für den beleidigten Kammerdiener an den Verfasser der Schrift, über den Kleiderpracht, im Prater, Wien: 1781
N.N. Ausführliche Beschreibung von einem Mädchen, das ihr eigener Liebhaber im Prater in die Donau gestürzet, Flugblatt, 1786
N.N. Loblied auf den Prater, Wien [k.A]
Oleksander Olez, titelloses Gedicht, in Simonek Stefan (Hg.), Versperrte Tore, Ukrainische Autoren in Wien, Passau, Karl Stutz, 2006. [Erstmals erschienen in: Čužynoju. Vydannja « Dniprosojuza » Viden 1919]
Perinet, Joachim, « Siebzehnte Annehmlichkeit », Der Prater, in Annehmlichkeiten in Wien, Von einem Satyr. 29 Annehmlichkeiten, Wien, 1788
Perinet, Joachim, Neunzehnte Annehmlichkeit, « Das Feuerwerk », in Annehmlichkeiten in Wien, Von einem Satyr. 20 und 4 Annehmlichkeiten, Drittes und letztes Heft. Wien, 1788
Pittler, Andreas, Tacheles, Wien, echomedia, 2008
Pittler, Andreas, Chuzpe, Ein Fall für Major Bronstein, Wien, echomedia, 2010
Pittler, Andreas, Zores, Wien, echomedia, 2010
Pittler, Andreas, Tinnef, Wien, echomedia, 2011
Pittler, Andreas, Mischpoche, 14 Kriminalgeschichten, Meßkirch, Gmeiner Verl., 2011
Pittler, Andreas, Der Fluch der Sirte, Wien, echomedia, 2013
Pittler, Andreas, Charascho, Inspektor Bronsteins kehrt zurück, Wien, echomedia, 2014
Pittler, Andreas, Goodbye, Inspektor Bronsteins Abschied, Wien, echomedia, 2015
Polgar, Alfred, Der Prater, in Die Schaubühne XIII (50), 13. Dezember 1917
Qualtinger, Helmut, Im Prater blühn wieder die Bäume, Satiren, Auswahl Werner Liersch, Berlin, Volk und Welt, 1977 (= Volk und Welt Spektrum 107)
Qualtinger, Helmut und Hubmann, Franz, Der Wiener Prater oder Die schönste Illusion der Gegenwart. Schießbudenfiguren, Watschenmänner und das Ringelspiel des Lebens, Wien–München, Christian Brandstätter, 1986
Rabinowich, Julya, Krötenliebe, Wien, Deuticke im Paul Zsolnay Verl., 2016
Rafelsberger, Marcus, Menschenteufel, Köln, Emons, 2009
Raimund, Ferdinand, Der Barometermacher auf der Zauberinsel, Handschrift, [UA 18. Dezember 1823]
Realis, Der Prater, Wien, Pfautsch & Compagnie, 1846
Retcliffe, John, Sebastopol, Historisch–politischer Roman aus der Gegenwart, 4 Bände,Berlin, Nöhring, 1855–57
Richter, Joseph, « Briefe eines Eipeldauers an seinen Herrn Vetter in Kakran, über
d’Wienerstadt. Und’s ist alles noch wahr! » Denk- und Merkwürdigkeiten aus
« Briefe eines Eipeldauers an seinen Herrn Vetter in Kakran, über d`Wienerstadt. », 1785- 1813, Mit Fußnoten versehen von Paul Angerer, Wien­ München, Christian Brandstätter, 1998
Roth, Josef, « Praterkino », in Der Neue Tag 4. April 1920
Roth, Josef, Die Kapuzinergruft, Bilthoven, De Gemeenschap,1938
Roth, Josef, Die Geschichte von der 1002 Nacht, Bilthoven, De Gemeenschap, 1939
Roth, Josef, « Der Wiener Prater » – einst und jetzt, in: Roth, Joseph, Werke Bd.3, Das journalistische Werk 1929-1939, Hg. und Nachwort, Klaus Westermann. Köln, Kiepenhauer & Witsch, 1991
Rouland, Ernst August, « Prater/ Praterfahrt im Mai/ Die Praterfee/ Abend im Prater/
Wurstelprater », in Mein Wien! Gedichte. Wien und Leipzig, Karl Harbauer, 1919.
Saar, Ferdinand von, « Schade um die Bäume! » in, Wiener Elegien, Heidelberg, G. Weiss, 1893
Salten, Felix, « Fünfkreuzertanz », in Das Österreichische Antlitz, Essays. Berlin, S. Fischer, 1910
Salten, Felix, Wurstelprater mit Bildern von Dr. Emil Mayer, Wien­Leipzig, Brüder Rosenbaum, 1911
Saphir, M.[oritz] G.[ottlieb], Prater-Melodien zum 1. Mai, in Allgemeine Theaterzeitung und Unterhaltungsblatt für Freunde der Kunst, Literatur und des geselligen Lebens, Wien, 1. Mai 1824
Saphir, Moritz Gottlieb, « Prater-Devisen », in Allgemeine Theaterzeitung und Originalblatt für Kunst, Literatur, Musik, Mode und geselliges Leben, Wien, 24. Februar 1835
Scapinelli, Carl Conte, Prater, Leipzig, Staackmann, 1909
Schikaneder, Emanuel, Der Tyroler Wastl, Eine komische Oper in drei Aufzügen, Musik von Herrn Haibel Mitglied des k.k. privil. Wiedner Theaters, Leipzig, August Geers, 1798
Schittlersberg, Augustin Veith von, Augusti Veith a Schittlersberg S.C. et A. M., Actual Intim. et Generalis Rationum Directorii Praesidis Nemus Urbi Vindobonensi: Proxi-mum Vulgo Prater Poema Posthumum, Edidit adiecta versione germanica Ant. Stein Philologiae Professor, Vindobonae, Strauß, 1811
Schlögl, Friedrich, « In der Firmwoche/ Beim Trabwettfahren im Prater », in Wiener Blut, Kleine Culturbilder aus dem Volksleben der alten Kaiserstadt an der Donau, Wien, Rosner, 1873
Schnitzler, Arthur, Leutnant Gustl, Berlin, S. Fischer, 1901 [erstmals als Lieutenant Gustl in der Weihnachtsbeilage der Neuen Freien Presse 25. Dezember 1900]
Schnitzler, Arthur, « Die Toten schweigen », in Die Frau des Weisen, Noveletten, Berlin, S. Fischer, 1898, [erstmals in Cosmopolis, Internationale Revue, Berlin­Wien: 8. Bd., Oktober 1897]
Schnitzler, Arthur, Der Reigen, Wien, Wiener Verlag, 1903 [Privatdruck 1900]
Schnitzler, Arthur, « Zum großen Wurstel », in Marionetten drei Einakter, Berlin, S.Fischer, 1906
Schnitzler, Arthur, « Das Schicksal des Freiherrn von Leisenbogh », in Dämmerseelen Novellen, Berlin, S. Fischer, 1907 [erstmals in Neue Rundschau, Berlin, 15. Jg, H. 7. Juli 1904]
Schnitzler, Arthur, Spiel im Morgengrauen, Berlin, S. Fischer, 1927, [erstmals in Berliner Illustrierte Zeitung 5. Dezember 1926 bis 9. Januar 1927]
Schnitzler, Arthur, Der Weg ins Freie, Berlin, S. Fischer, 1908 [erstmals In: Die Neue Rundschau, XIX. Jahrgang, 1. bis 6. Heft, Januar­Juni 1908]
Schnitzler, Arthur, Therese, Berlin, S. Fischer, 1928
Schönner, Johannes, Traite des Blanches, Mädchenhandel [Wattens], Berenkamp, 2012
Schreiber, Hermann, Kaiserwalzer, Ein sinnlicher Roman aus dem alten Österreich, München, Franz Schneekluth, 1976
Schuster, Josef, « Der Wilde Mann im Prater », Zauberposse mit Musik. Musik Franz Volker, 3 Lieder in Komische Theatergesänge. Wien, Diabelli. Nr. 34, 35 und 36. [k.A.]
Seethaler, Robert, Der Trafikant, Zürich­, Berlin, Kein &Aber AG, 2012
Starnfeld, T.G. [Tonina Gerstner­Stevens], Allerlei vom kleinen Pickerl. 21.– 40.Tausend, Wien–Leipzig, Deutscher Verlag für Jugend und Volk, [k.A., 1. Aufl. 1930]
Stifter, Adalbert, « Der Prater » In: Stifter, Adalbert: Wien und die Wiener in Bildern aus dem Leben, Pest: Heckenast, 1844
Stifter, Adalbert, « Volksprater » in Gerstinger, Heinz, Wien von gestern. Ein literarischer Streifzug durch die Kaiserstadt, Wien, Jugend und Volk, Edition Wien, 1991
Stoessl, Otto, Negerkönigs Tochter, Eine Erzählung, München–Leipzig, Georg Müller, 1910
Stoessl, Otto, Morgenrot, München, Georg Müller, 1912
Süß, Walter, « Mord im Riesenrad », in Das kleine Blatt 11. November – 17. Dezember 1934
Torberg, Friedrich, « Wurschtelprater am Nachmittag/ Wurschtelprater bei Nacht/ Prater Hauptallee » (= Wiener Sonette ), in Lebenslied Gedichte aus 25 Jahren, München, Langen–Müller, 1958
Torberg, Friedrich, Auch das war Wien, München, Müllelangen, 1984 (= Gesammelte Werke, 15).
Weigel, Hans : « Der Wurstelprater », in O du mein Österreich, Versuch des Fragments einer Improvisation für Anfänger und solche, die es werden wollen. Stuttgart, Steingruben, 1956
Weinheber, Josef  « Wurstelprater », in: Wien wörtlich. Gedichte, Wien–Leipzig, Adolf Luser, 1935
Weininger, Peter, Die kleine Frau Hofmann, Zwei Fast–Kriminalgeschichten aus der Wiener Leopoldstadt, Illustrationen Jürg Moser, Krems a.d. Donau, Österr. Literaturforum, 1999
Weys, Rudolf, « Pratermärchen », Volksstück, 1936, in Literatur am Naschmarkt, Kultur-geschichte der Wiener Kleinkunst in Kostproben, Wien, Erwin Cudek, 1948 [UA Mai 1936]
Wolf, Susanne, Felicitas, Calafatis Traum,Wien, Thomas Sessler, 2008
Zeska, Philipp, Unsterblicher Prater, Wien, Obelisk, 1947
Zuckermann, Hugo, « Pfingstmontag im Prater », in Gedichte. Wien, R. Löwit, 1915
Zweig, Stefan, « Praterfrühling », Eine Novelle, in Freund, Jutta (Hg), Wien erzählt.25 Erzählungen, Frankfurt/Main, S. Fischer, 1987 [erstmals in: Stimme der Gegenwart. Monatsschrift für moderne Literatur und Kritik, Eberswalde, Jg. 1 H. 7 Okt. 1900 und H. 8 Nov. 1900]
Zweig, Stefan, Die Liebe der Erika Ewald, Novellen. Berlin, Fleischel & Co., 1904
Zweig, Stefan, Erstes Erlebnis, Vier Geschichten aus Kinderland, Leipzig, Insel, 1911
Zweig, Stefan, « Hydepark/ Frühling in Sevilla », in Fahrten, Landschaften und Städte, Leipzig, E. P. Tal, 1919 (=Bd. 3 von Die Zwölf Bücher).
Zweig, Stefan, Phantastische Nacht, Erzählung. Berlin, S. Fischer, 1922 [erstmals in Die Neue Rundschau, Jahrgang 33. H. 5 Mai und H. 6 Juni 1922]
Zweig, Stefan,  « 24 Stunden aus dem Leben einer Frau », in Verwirrung der Gefühle, Leipzig, Insel, 1927
Zweig, Stefan, Drei Dichter ihres Lebens: Casanova – Stendhal – Tolstoi, Leipzig, Insel, 1925
Zweig, Stefan, Brief einer Unbekannten, Dresden, Lehmann & Schulze, 1922
Zweig, Stefan, Die Heilung durch den Geist, Mesmer–Mary Baker Eddy – Freud, Leipzig, Insel, 1931
Zweig, Stefan, Das Wien von gestern, Vortrag im Théâtre de Marigny in Paris, 1940
Zweig, Stefan, Die Welt von gestern, Stockholm, Beermann, 1942

Le Prater en musique
   « Le Prater est un contrepoint de Vienne, c’est le plus ancien parc d’attractions d’Europe, et c’est une immense salle de décompression, une salle d’illusion, une salle de promesses dans laquelle on peut laisser le quotidien de la ville derrière soi. La définition du Viennois ne peut se passer du Prater, le Prater fait partie de lui-même. »
Zusana Zapke, historienne de la musique, Wien-Museum magazine, mars 2020

   Le Prater est une histoire dans l’histoire de la musique de Vienne. Dans ce parc, ses établissements gastronomiques et ses lieux de distraction se sont croisés, se croisent et parfois se mélangent les amateurs de la valse, du foxtrot, du jazz, de la chanson viennoise (Wienerlieder), de la « Schrammelmusik » et du Singspiel si populaires, de l’opérette, de la musique pop, aujourd’hui du rap et hip hop…. Tout y est concentré, y compris toutes les formes de musique innovantes et les plus expérimentales. L’histoire de la valse s’est aussi déroulée dans le parc du Prater avec les fils Strauss, Joseph Lanner et des compositeurs locaux. D’autres musiciens ont dédié à celui-ci quelques-unes de leur oeuvres comme Ralph Benatzky, Emmerich Kálmán, Franz Lehar Edmund Eysler, Robert Stolz avec sa célèbre chanson et musique de film « Im Prater blühn wieder die Bäume » (« Au Prater les arbres refleurissent ») composée en 1916. Aucun parc au monde n’a engendré un tel élan musical !

 Vienne, ses faubourgs, le Prater et le Danube…

   « Un petit bras du Danube sépare la Léopoldstadt ou ville de Léopold, de Vienne propre. On y trouve quelques rues larges et droites, le superbe jardin Augarten et le bois charmant dit le Prater. Le faubourg et le joli quartier de Jaegerzeil, semblable aux anciens boulevards de Paris, sont situés sur une île au nord de la ville. Tous les autres s’étendent sur une ligne demi-circulaire qui va de sud-est à nord-ouest.
   Les deux faubourgs de Weissgoerber et d’Erberg, peuplés de grands manufacturiers, s’étendent le long du Danube à l’est de la ville ; entre ces faubourgs est le palais d’été du comte Razumowsky avec un jardin anglais, vis-à-vis le Prater. Les points de vue sont si bien pris, que le prince de Ligne a dit du possesseur de ce lieu charmant : « Il a su faire entrer tout le Prater  dans son jardin… »
   « L’Augarten, dont Joseph II ouvrit l’entrée au peuple, offre un coup d’oeil imposant par la magnificence un peu monotone, à la vérité, de ses grandes allées d’arbres, bien couvertes et bien alignées. Devant un vaste édifice qu’on trouve à l’entrée, et qui, sous de grandes galeries très bien décorées, présente au peuple de Vienne un grand nombre des restaurateurs, est une place circulaire, environnée de hauts marronniers où l’on trouve toute sorte de rafraîchissements. Les allées de l’Augarten conduisent à un cours, le long duquel règne une agréable prairie. Cette partie du jardin est environnée d’une terrasse au pied de laquelle coule le Danube. De ce point élevé, l’oeil parcourt des bois et des habitations champêtres, une foule de hameaux et de villages semés dans de riants vallons. Des groupes de collines couronnées de bocages, contrastent avec de vastes prairies où paissent de nombreux troupeaux. Cette scène d’enchantement est terminée par la vue de Brigitt. Cette forêt, qui forme la partie sauvage et romantique du jardin, s’étend à une lieue, et est traversée, dans toute sa longueur, par le Danube dont les bords offrent de délicieuses promenades. À l’entrée de ce bois, sur l’une des rives du fleuve, nombre de maisonnettes procurent au peuple qui s’y promène en foule, les jours de fêtes surtout, les plaisirs de la bonne chère, assortis à l’aisance plus ou moins grande de ces diverses classes.
   Les cabanes sont également répandues dans les prairies et sur le rivage du fleuve. Les instruments qui se font entendent dans toutes les parties du bois ajoutent à la gaité qu’inspire la table.
   En traversant le Danube qui sépare cette partie de la forêt, on trouve sur la partie opposée où ce fleuve se divise en plusieurs branches, un grand nombre d’île, les unes ombragées par des bois épais, d’autres couvertes de bocages riants ou de prairies émaillées. Toutes sont animées par le chant de divers oiseaux et par les bondissements des cerfs, des daims, des chevreuils. À l’extrémité de la forêt disparait entièrement le Danube pour faire place à à un charmant hameau composé de petites maisons à un seul étage, agréablement construites et peintes en dehors.
   Malgré la réunion de tant d’agréments dans le jardin d’Augarten et dans ses dépendances, il est moins varié que le Prater. C’est un vaste pré, couvert de forêts que partage une belle allée d’une lieue de long. Sur l’un des côtés, le seul qui soit fréquenté, cette forêt présente l’aspect d’un village, par un grand nombre de maisonnettes et de cabanes ajustées dans les bois. Ce sont des cafés turcs, chinois, italiens, anglais ; ce sont des salles de bal, de billard : tout cela est peint et décoré de mille manières. Sous l’ombrage se mêlent, avec une agréable confusion, princes, militaires, bourgeois, moines, grisettes : la cour elle-même vient s’y populariser. Les jolies femmes ne s’y montrent qu’au soleil couchant. Outre les cabanes consacrées au plaisir de la gourmandise, une infinité de tables sont répandues ça et là dans le bois, et l’on y sert toutes sortes de rafraîchissements. Les sons du cor, de la flûte, et d’autres instruments à vent se font entendre dans toutes les parties du bois.
   Pendant qu’on s’y livre à la joie des milliers de voitures de toute espèce qui rivalisent de rapidité dans leur course, des chevaux barbes, anglais, espagnols, traversent en tout sens la grande allée par laquelle on entre dans le bois, et qui aboutit à un pavillon, le but de ces courses. On retrouve là le Danube, et sur ses bords, un cours planté d’arbres.
   Pour ajouter au charme de cette promenade, on y donne, dans diverses occasions, de superbes feux d’artifice ; un bel amphithéâtre particulier est consacré à ce divertissement. Chaque allée des avenus de la forêt offre des perspectives ingénieusement ménagées, telles que la vue des hameaux, de quelques parties de la ville, du fleuve et de la montagne.
Ajoutons que cinq cents cerfs, très peu timides, tantôt se promènent à côté des voitures, et tantôt s’enfuient en bondissant à travers les bois.
   Certes, ce Prater est bien autre chose que le pitoyable bois de Boulogne ou les monotones Champs-Élysées de Paris… »
Conrad Malte-Brun, ANNALES DES VOYAGES, DE LA GÉOGRAPHIE ET DE L’HISTOIRE, 1810

   « Le Prater est, pour les Viennois, ce que sont les Champs-Élysées pour les Parisiens, Hyde-Park pour les Anglais. C’est là que la fashion, noble et bourgeoise, se plaît dans la belle saison, à parader, soit à cheval soit en voiture, dans tout l’éclat de toilettes qui empruntent à nos modes leur élégance et leur caprice. Le Prater est à deux cents pas du faubourg du Jaegerzeil, situé sur la même île que le Leopoldstadt et le superbe jardin d‘Augarten. De magnifiques prairies, des faisanderies bien boisées se rencontrent là, ensemble. Du temps de Joseph II, les daims, les sangliers y vivaient de compagnie. Les accroissements considérables de ce parc sont dus particulièrement à ce monarque. Je ne sais quel courtisan voulait qu’il en interdit l’entrée au peuple pour que les grands seigneurs n’y trouvassent que leurs pairs. « Eh mon dieu ! répliqua le prince, il me faudrait donc, pour ne rencontrer que les miens, aller, vivant, m’enfermer dans les caveaux des Capucins. » Il fit détourner un bras du Danube qui séparait le faubourg du Parc. Hors de Jaegerzeil quatre grandes avenues conduisent au Prater : deux à gauche sont peu fréquentées, la troisième, qui aboutit au château d’où partent, dans les fêtes, les feux d’artifice, l’est beaucoup. C’est là que des guinguettes de formes gracieuses, construites en bois et dont le seuil offre plusieurs tables, invitent les promeneurs à se reposer. On y joue, on y boit, on y mange à l’ombre de majestueux arbres, sous les rameaux desquels l’artisan et le petit bourgeois oublient leurs soucis et rêvent quelquefois le bonheur. La quatrième est livrée à la haute aristocratie ; les piétons y trouvent, comme aux Tuileries, des chaises pour se reposer, des cafés, en plus grand nombre et peut-être aussi plus élégants, pour s’y rafraîchir et jouir de la vue des équipages armoriés, des brillantes cavalcades qui, à certains jours, se pressent en ce lieu. C’est en avril, mai, septembre et octobre, et surtout le lundi de Pâques que le Prater est envahi par la foule opulente et titrée. C’est là que les princes, les courtisans, les riches seigneurs luttent de magnificence ; c’est là que les jeunes dandys appartenant au beau monde, viennent déployer toute leur science hippique et faire admirer les allures superbes de leurs destriers dont la généalogie n’est pas moins noble que la leur.
   Le lundi de Pâques est pour le Prater ce qu’étaient, pour les Champs-Élysées, les jours de Long-Champs, quand nous avions encore un Long-Champs… »
Le Danube illustré, Édition française revue par H.-L. Sazérac., H. Mandeville, Libraire-Éditeur, Paris, 1849, pp. 12-13

« À Vienne, le dimanche qui suit la pleine lune du mois de juillet de chaque année, ainsi que le jour d’après, est un véritable jour de fête, si tant est qu’une fête ait jamais mérité ce nom. Le peuple en est le visiteur et l’acteur tout en un ; et si des gens du monde s’y rendent, ce ne peut être qu’en leur qualité de membre du peuple. Il n’y a là aucune possibilité de se distinguer ; du moins en était-il ainsi il y a quelques années encore.
Ce jour-là, la Brigittenau, reliée à l’Augarten, à la Leopoldstadt et au Prater par une suite ininterrompue de distractions, fête sa kermesse. Entre deux Sainte-Brigitte, le peuple des ouvriers compte ses bonnes journées. Longtemps attendue, la fête des saturnales finit par arriver. Alors la bonne et paisible ville est saisie par le tumulte. Une marée humaine remplit les rues. Bruits de pas, murmures de gens en train de converser que vient traverser ici où là une exclamation bruyante. Les différences sociales ont disparu ; civils et soldats se côtoient  dans ce mouvement. Aux portes de la ville, la poussée s’accroît. Après avoir gagné, perdu, puis regagné du terrain, on parvient enfin péniblement à s’extraire. Mais le pont du Danube offre de nouvelles difficultés. Victorieux là encore, deux flots qui se croisent l’un au-dessus de l’autre, le vieux Danube et la houle toujours plus grosse du peuple, le Danube coulant vers son ancien lit tandis que le flot du peuple, échappé à l’étranglement du pont, se déverse tel un vaste lac mugissant, submergeant tout sur son passage. Un nouvel arrivant trouverait ces signes inquiétants. Mais il n’y a là que joyeuse effervescence, plaisir déchaîné.
Déjà, entre la ville et le pont, des charrettes d’osier se sont avancées pour les véritables hiérophantes de la fête que sont les enfants des domestiques et des ouvriers. Surchargées, elles n’en fendent pas moins au grand galop la marée humaine qui s’entrouvre juste devant elle pour se refermer aussitôt après, insouciante et indemne. Car il existe à Vienne une alliance tacite entre les voitures et les hommes : ne pas écraser, même en pleine course, et ne pas se faire écraser, même si l’on ne fait pas attention le moindre du monde… »
Franz Grillparzer, Le musicien des rues, Éditions Jacqueline Chambon, Paris, 2000, traduction de Jacques Lajarrige, publié en allemand dans l’Almanach Iris en 1848  

   « Le Prater, qui vit les chasses des prince au Moyen-Âge et fut ouvert dès 1766 au public, a été un parc admirable, et le reste, parce qu’il est très vaste, en ses parties préservées : il a vu défiler toutes les étoiles de Vienne et passer plus d’une fois, dans l’hiver 1930, un promeneur qui était Robert Musil. Mais on y a construit un stade, un hippodrome, les encombrants bâtiments de la Foire de Vienne (au-delà desquels on accède à des terrains vagues et à des fabriques qui longent le Canal du Danube, où quelques chalands, portant parfois des noms russes, sont à l’ancre). Et le « Wurstlprater », le Prater de la Grande-Roue, le célèbre Lunapark, n’a été reconstruit après la guerre que très partiellement et de façon, dit-on, trop organisée. Il est vrai qu’un dimanche d’avant-printemps n’y offre pas un spectacle très gai. Il y avait là quelques rares touristes, des soldats, des amoureux, des familles, un public clairsemé ; des garçons tournaient sur les tournantes pistes de « karting », l’air hébété; à côté de stands de tir presque vides, des Hongrois (vrais ou faux émigrés de 1956 ou revenants de l’Empire) vendaient des spécialités de leur pays. Dans le soir qui tombait, du haut de rochers de carton anfractueux, de souples squelettes invitaient la clientèle à un voyage au pays de l’horreur ; un manège tournoyait encore, dont les sièges étaient des vases de nuit de fer blanc bosselé. Dans le coin des enfants, près d’un petit train immobile et vide, qu’était censé conduire un mannequin de cire emprunté à une vitrine de mode, une réplique minuscule de la Grande-Roue s’élevait, emportant lentement dans les airs, mue ç bras d’homme ou peu s’en faut, un seul couple de clients assis face à face dans une nacelle ; un gros homme au visage jaune et bouffi, vêtu de noir, impassible (peut-être un fripier comme on en croise encore dans la Judengasse ?) et une petite fille. Ils ont dû faire deux fois, trois fois leur tour dérisoire ; quand la nacelle était au sommet de sa course, elle ne s’élevait guère plus haut que les arbustes voisins. Ils ne disaient mot. La petite fille n’eut pas un sourire… »
Philippe Jaccottet, Autriche, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1966

Eric Baude pour Danube-culture, mis à jour septembre 2022 © Danube-culture, droits réservés

Notes :
1 Florence Baillet, « Des pièces populaires sous la République de Weimar (1930-1933), Circularités et ritournelles »  in Ödön von Horvath, Voix allemandes, Belin, Paris, 2008, p. 132.
2 Pierre Burleaud, « L’idylle des prairies perverties » in Danube-Rhapsodie, Images, Mythes et représentation d’un fleuve européen, Grasset, 2001, p. 168
3 Pierre Burleaud, idem  p. 169

Sources :
Begleitende Broschüre zur Sonderausstellung « LiteraTOUR durch 250 Jahre Prater » vom 24.10.2016 bis Ende Februar 2017, für den Inhalt verantwortlich: Mag. arch. Georg Friedler, Textzusammenstellung Dr. Gertraud Rothlauf, Ausgabe, 1/2016, Bezirksmuseum Leopoldstadt, Wien
BURLEAUD, Pierre, Danube-Rhapsodie, Images, Mythes et représentation d’un fleuve européen, Grasset, Paris, 2001
DEWALD Christian, LOEBENSTEIN, Christian, SCHWARZ, Werner Michael, Wien in Film, Stadtbilder aus 100 Jahren, Wien Museum, Czernin Verlag, Vienne 2010
DEWALD, Christian, LOEBENSTEIN, Michael, Prater, Kino, Welt. Der Wiener Prater und die Geschichte des Kinos, Verlag Filmarchiv Austria, Wien, 2005

GRILLPARZER, Franz, Le musicien des rues, Éditions Jacqueline Chambon, Paris, 2000, traduction de Jacques Lajarrige, publié en allemand dans l’Almanach Iris en 1848
JACCOTTET, Philippe, Autriche, L’Atlas des Voyages, Éditions Rencontre, Lausanne, 1966,

MALTE-BRUN, Conrad, ANNALES DES VOYAGES, DE LA GÉOGRAPHIE ET DE L’HISTOIRE ; OU COLLECTION des Voyages nouveaux les plus estimés, traduits de toutes les langues européennes ; Des Relations originales inédites, communiquées par des Voyageurs Français et Etrangers ; Et des Mémoires Historiques sur l’origine, la Langue, les Moeurs et les Arts des Peuples, ainsi que le Climat, les Productions et le Commerce des Pays jusqu’ici peu ou mal connus ; ACCOMPAGNÉES D’un Bulletin où l’on annonce toutes les Découvertes, Recherches et Entreprises qui tendent à accélérer les progrès des Sciences Historiques, spécialement de la Géographie, et où l’on donne des nouvelles des Voyageurs et des extraits de leur Correspondance.Avec des Cartes et des Planches gravées en taille-douce, PUBLIÉES PAR M. MALTE-BRUN, Correspondant de l’Académie Italienne, de la Société d’Émulation de l’Île-de-France, et de plusieurs autres Sociétés savantes et littéraires, Seconde Édition, revue et corrigée.TOME HUITIÈME., À PARIS, Chez F. Buisson, Libraire-Editeur, rue Gilles-Coeur, n° 10., 1810
ÖHLINGER, Walter (Herausgegeben), Die Pläne der K.K. Haupt- und Residenzstadt Wien von Carl Graf Vasquez, Edition Winlker-Hermaden, Schleinbach, 2011

Wiener Prater, Wikipedia
www.bezirksmuseum.at
www.wienmuseum.at

Prater, 1888, Atelier Hans Neumann, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Florian Berndl (1856-1934), naturopathe de l’Île aux oies (Gänsehäufel)sur le Vieux-Danube viennois

« Les bains d’air, de soleil, de sable et d’eau
sont recommandés pour tous les amoureux de la nature qui pratiquent depuis plusieurs années. »
Florian Berndl

   Naturopathe, né dans le Waldviertel, fils d’un tailleur et d’une sage-femme à qui il devra ses connaissances de l’herboristerie qui le rendront célèbre, Florian Berndl commence par être apprenti-tailleur. Après son service militaire effectué en tant qu’ambulancier, il travaille comme infirmier à l’hôpital général de Vienne puis comme masseur et pédicure ainsi que brièvement serveur auxiliaire à l’hôtel Sacher. C’est à l’occasion de l’une de ses promenades qu’il découvre l’Île aux oies (Gänsehäufel,) une île sur le Vieux Danube propice aux baignades. Il la loue à la Commission de régulation du Danube à partir de 1900 pour 15 florins par an, s’y installe dans une cabane avec sa femme et ses fils et commence à mettre en pratique sa philosophie basée sur un mode de vie naturel, rassemblant un certain nombre d’adeptes autour de lui qui sera connu sous le nom de « Colonie Berndl ». Les bains d’air, de soleil, de sable et les baignades de l’Île aux oies qui selon sa conviction soignent les rhumatismes, deviennent rapidement un des lieux d’attraction des habitants de Vienne et attirent des personnalités telles que le sculpteur Karl Costenoble (1837-1907), Max Eugen Burckhardt (1854-1912), directeur du théâtre impérial et royal de la Hofburg (Burgtheater) de 1890 à 1898 ou encore Hermann Bahr (1863-1934), écrivain et initiateur du mouvement « Jung Wien. Les convictions de F. Berndl l’opposent aux partisans de la médecine conventionnelle. Il s’attire de plus les foudres de la presse conservatrice qui voit d’un mauvais œil que les femmes et les hommes puissent se baigner ensemble sur les plages de l’île et pratiquer le naturisme. Son contrat de location est annulé en 1905, officiellement en raison d’une absence de licence pour la cantine des bains et la ville de Vienne ouvre à la place une piscine d’été en plein air le « Gänsehäufel » toujours en activité et très fréquentée jusqu’à aujourd’hui.
F. Berndl fonde ensuite la colonie du Nouveau-Brésil entre Stadlau et Kagran, continuant à fréquenter l’île sur laquelle il devient maître-nageur de la piscine puis surveillant du centre de repos pour enfants qui y a été construit. Malgré une interdiction d’exercer la naturopathie, il continue à pratiquer ce qui a pour effet son licenciement en tant que maître-nageur et son expulsion de l’Île aux oies en 1913.

Florian Berndl,  devant sa cabane sur le Bisamberg. Floridsdorf, diapositive sur verre coloriée à la main vers 1920,  photo droits réservés

Le naturopathe projette alors de faire de la colline du Bisamberg une station thermale pour les classes sociales les plus pauvres, une sorte de « paradis du soleil » avec possibilité de cure et un sanatorium mais ses plans n’aboutissent pas ou du moins la fréquentation des lieux n’est pas à la hauteur de ses espérances, peut-être en raison de conditions d’hygiène rudimentaires. Il y passe néanmoins les 27 dernières années de sa vie.
La tombe de Florian Berndl se trouve au cimetière central de Vienne. Une rue du quartier de Donaustadt (22e arrondissement) ainsi  que la piscine du Bisamberg porte son nom.

Inauguration de la baignade de Gänsehäufel en 1907

Sources :
D. Angetter, « Berndl, Florian » In Österreichisches Biographisches Lexikon 1815–1950. 2. überarbeitete Auflage (en ligne)
Barbara Denscher, Florian Berndl, « Alternatives Leben an der Donau », in Hubert Christian Ehalt, Manfred Chobot, Gero Fischer, Das Wiener Donaubuch, Wien, 1987

Eric Baude, Danube-culture © droits réservés août 2022

Florian Pasetti (1796-1875) et les grands travaux de régulation du Danube viennois

Festivités de l’inauguration du nouveau Danube le 30 mai 1875  

La crue dévastatrice du Danube à Vienne en 1830 laissa un souvenir douloureux dans la mémoire des habitants des quartiers dévastés. Elle fit enfin prendre conscience à l’empereur vieillissant François Ier d’Autriche (1768-1835) et aux responsables politiques autrichiens de la nécessité urgente de protéger efficacement la ville contre les inondations répétitives et destructrices.

Eduard Gurk (1801-1841), innondation à Leopoldstadt, Jägerzeile, 2 mars 1830

   Pourtant aucune initiative concrète n’est prise dans les années suivantes. En 1848, le ministre du commerce Karl Ludwig von Bruck (1798-1860) reconnaît les intérêts économiques et urbains de la régulation du Danube et peut faire enfin avancer un projet dans ce domaine. Sous son impulsion, une première commission (« Donauregulierungskommission ») est mise en place pour émettre des propositions. La majorité des conseillers propose de creuser un nouveau tracé du fleuve dans un lit unique de forme concave. Un petit groupe minoritaire mais influent, autour du chef de section Florian von Pasetti, s’y oppose farouchement et suggère de réaliser un projet partageant le Danube en trois bras : le bras principal, le canal du Danube et la « Kaiserwasser ».

Florian Freiherr Pasetti von Friedenburg, portrait de Joseph Berrmann (1793-1875)

Pasetti était un adversaire déterminé du creusement d’un nouveau lit du Danube qu’il considérait comme techniquement impossible à réaliser. Son influence empêche la commission de se mettre d’accord. Karl Ludwig von Bruck démissionne en 1851 et les travaux de la commission s’arrêtent… En 1854, Florian Pasetti est élevé au rang de chevalier héréditaire par l’empereur François-Joseph Ier de Habsbourg (1830-1916).
La nouvelle inondation catastrophique de février 1862 a pour conséquence un début timide de régulation du Danube viennois.1 Une deuxième commission instituée en 1864 par ordre de l’empereur est constituée. Pasetti, également membre de cette commission, s’impatiente mais celle-ci ne se réunit que deux ans plus tard, en 1866. Comme lors des réunions de la première commission, ses membres n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord. Pasetti continue à défendre son projet de régulation qui tiendra le Danube éloigné de la ville. Élevé au titre de baron héréditaire avec le prédicat de Friedenburg, il met fin à ses activités à l’âge de soixante-douze ans après avoir empêché pendant 20 ans, de part son influence considérable, les deux commissions impériales chargées du projet de régulation du fleuve de trouver un accord. Dès son départ, la deuxième commission s’entend sur un programme qui aboutira au premier règlement viennois sur le Danube.
Le tombeau de Florian von Passetti se trouve au cimetière viennois de Hietzing.

Les travaux de régulation du Danube viennois
Le conseil communal de Vienne, devant la passivité de la commission impériale crée en 1864 sa propre commission, présidée par le futur maire2, l’entomologiste Cajetan Felder (1814-1894). Cette commission intègre en 1866 des représentants du gouvernement, du Land de Basse-Autriche, de la Chambre de commerce, de la compagnie de navigation à vapeur royale et impériale danubienne autrichienne (D.D.S.G.) et de la compagnie de chemin de fer Nordbahn. Les différentes commissions réussissent laborieusement à se mettre d’accord sur un projet qui prévoit la création d’un nouveau lit entre Kaiserwasser (Les eaux impériales)3 et le bras de Florisdorf. L’avantage principal de ce projet était que tous les travaux, y compris la construction des ponts, pouvaient être effectués en terrain sec. Bien que la guerre et la défaite humiliante de l’Autriche contre la Prusse entraînât un nouveau retard,  les travaux préparatoires commencent en 1867. Le 12 septembre 1868, l’autorisation de l’empereur François-Joseph est accordée. Il est décidé que les travaux d’un coût total de à 24,6 millions de florins, seront pris en charge à raison d’un tiers par l’État, un tiers par le Land de Basse-Autriche et un tiers par la ville de Vienne.

Carte de la régulation du Danube viennois avant et après les travaux, vers 1870

Le 14 mai 1870, soit plus de vingt ans après la mise en place de la première commission pour la régulation du Danube, François-Joseph donne le premier coup de pioche au bout de l’allée de l’école de natation (aujourd’hui la Lassallestrasse). Un lit de 284,5 mètres de large est creusé et complété par une zone inondable de 474,5 mètres de large sur la rive gauche. La première phase des travaux part du Roller, une digue naturelle dans la zone de l’actuel pont nord, qui sépare alors le Kaiserwasser du bras de Floridsdorf, jusqu’au Reichsbrücke4 où la terre servira de deuxième digue. Ce n’est que dans la première partie des travaux qu’un nouveau lit du fleuve est creusé sur toute sa largeur. Dans la deuxième partie, seule une cuvette est aménagée sur la rive droite, le reste du travail étant laissé à la force du Danube. Les travaux ont été confiés à l’entreprise française Castor, Hersent et Couvreux, qui disposent d’une bonne expérience en particulier grâce à sa participation à la construction du canal de Suez et des machines nécessaires.Le nouveau lit est creusé à l’aide de grandes pelleteuses (« excavateurs » de Paris et « dragues » du canal de Suez), les déblais sont chargés sur 200 cabs et 1. 200 « Lowries » (wagons basculants sur rails) et sont utilisés pour combler le Kaiserwasser, pour endiguer la zone inondable et  construire des ouvrages de protection la digue du Marchfeld. Pourtant une partie importante du travail doit être réalisé à la main. Près d’un millier d’ouvriers y participent, principalement des Tchèques, des Slovaques, des Polonais et des Italiens, qui travaillent pour un salaire misérable. Ces hommes sont d’abord  « installés » au début du chantier dans des cabanes en terre puis l’hiver venu, relogés dans des baraquements rudimentaires sans chauffage ni installations sanitaires. Des épidémies de typhus y feront rage à plusieurs reprises entrainant de nombreux morts.

Johann Nepomuk Schönberg (1844-1913), travaux de régulation du Danube, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

La terre excavée pour le creusement du nouveau lit est utilisée en partie pour la construction de la digue du Marchfeld afin de fermer la zone inondable et pour remblayer le Kaiserwasser. Parallèlement, cinq ponts sont construits, le pont ferroviaire nord-ouest (aujourd’hui pont nord), le pont de Floridsdorf, le pont ferroviaire nord, le pont impérial (Reichbrücke) et le pont Stadlauer.

Le pont ferroviaire « Staatsbahnbrücke » (760 m  de longueur)  deuxième pont de ce type de la ville a été construit par les entreprises françaises « Schneider & Comp. » et « Castor & Comp. » entre 1868 et 1870.   Comme certains points n’étaient pas encore clarifiés pour les travaux de régulation du Danube comme la largeur exacte du nouveau lit du fleuve et de la zone inondable, il fut décidé de ne construire que les cinq travées du pont sur le fleuve et les quatre travées du pont sur le bief en fer. Des ouvrages en bois permettaient une circulation provisoire sur le pont. En 1925, le pont a été rebaptisé « Stadlauer Ostbahnbrücke ». 

Les travaux sont en grande partie terminés vers la fin de l’année 1874, On décide alors d’attendre que le risque de crue et de formation d’embâcles pendant l’hiver s’éloigne pour les achever complètement. Au printemps de l’année suivante, le vapeur Neue Donau (Nouveau Danube), tiré par un remorqueur, franchit sans problème le nouveau lit du fleuve. L’empereur François-Joseph inaugure en grande pompe officiellement la navigation le 30 mai à bord de l’Ariadne.
L’aménagement des rives, la construction de la digue du Marchfeld, le comblement des eaux de l’Empereur (Kaiserwasser) et l’aménagement du Vieux Danube durèrent encore jusqu’en 1884.
À l’entrée du canal du Danube, à la hauteur de Nußdorf a été installé en 1873 un « bateau-barrage » ou une porte d’écluse flottante (Schwimmtor) qui pouvait être placée en travers selon les besoins pour briser les crues voire être coulé. Ce n’est qu’en 1894-1899 qu’un nouveau barrage fut construit selon les plans de l’architecte et urbaniste viennois Otto Wagner (1841-1918).

Schwimmtor Nussdorf 1873

La porte d’écluse flottante de Nußdorf en travers du canal du Danube, 1873

Édouard Sueß (1831-1914) géologue, paléonthologue, conseiller municipal, membre du parlement de Basse-Autriche et député, fervent défenseur de la régulation du Danube, relate la suite des événements dans ses « Mémoires » :
« Au moment du voyage impérial à Venise, au début du mois d’avril 1875, le creusement du nouveau lit était achevé. Une vieille digue solide en forme de fer à cheval, le Roller, barrait le début du creusement du lit principal du grand Danube, séparé en forme d’arc vers la gauche. À 2,7 km en aval du Roller, on avait laissé une étroite bande de terre en travers du creusement pour permettre la circulation avec la rive gauche du Danube.
Le nouveau lit se divisait donc en un bassin supérieur de 2,7 km et un bassin inférieur de moins de 4 km de long…
Le 15 avril, on devait ouvrir le Roller et faire entrer le Danube dans son nouveau lit. Le 12, j’ai envoyé une lettre confidentielle à tous les techniciens fonctionnaires pour leur signaler les difficultés… Le hasard a voulu que ce soit à moi qu’échoit l’honneur et la responsabilité de donner l’ordre décisif d’ouvrir la digue ce qui arriva le 15 avril à 3h30 du matin.
Il n’y avait pas beaucoup de monde en dehors des personnes concernées. Le Roller, qui était autrefois la tête de séparation entre le grand Danube et le Kaiserwasser, formait un crochet recourbé vers l’amont. On l’ouvrit sur le côté droit de l’hameçon. L’énorme fleuve se précipita dans son nouveau lit en écumant. Sur la gauche, il emporta avec lui des morceaux de plus en plus gros du Roller. Mais tandis qu’il augmentait de plus en plus la largeur de l’ouverture, il ne remplissait toujours pas le bassin en contrebas. Pourtant sa violence était telle qu’il entraîna aussi au début vers l’aval l’eau souterraine déjà existante.
Nous fûmes étonnés d’apercevoir pendant quelques minutes, sur le côté gauche, une grande partie du lit à sec devant nous, un exemple étrange de la cohésion de l’eau, si souvent sous-estimée… L’énorme quantité d’eau qui s’écoulait balaya bientôt la bande de terre le long de la ligne du pont du Reich. À 7h 20 du soir, on l’ouvrit, de sorte qu’il n’y eut plus qu’un seul lit d’un seul tenant. Cependant, le courant en crue avait endommagé la rive droite en aval du Roller sur une longueur de 240 mètres et une profondeur moyenne de 30 mètres. Une nouvelle rupture menaçait. Entre-temps, le nouveau lit s’était rempli d’avantage ; le courant entrant ayant perdu beaucoup de sa pente et de sa force le reste du Roller ne fut plus emporté.
Pendant la nuit, un bateau préparé à titre préventif et chargé de pierres fut conduit à travers l’étroite ouverture du Roller et coulé pour préserver la rive endommagée. Le lendemain, elle fut protégée par des dalles de pierre… »

La régularisation du Danube représentait certes une énorme performance du point de vue de l’ingénierie de l’époque mais au fil du temps, trois inconvénients majeurs se révélèrent :

1. l’objectif de protection absolue contre les inondations pour Vienne n’a pas été atteint. Le lit du fleuve et la zone inondable ne peuvent absorber qu’un débit d’environ 10 000 mètres cubes d’eau par seconde ; en cas d’afflux plus important, le fleuve passe d’abord par-dessus le bord de la rive droite, et si le débit dépasse 12 000 mètres cubes par seconde, il passe également par-dessus la digue du Marchfeld. La dernière inondation de la rive droite, au cours de laquelle la place Mexico a également été submergée et les caves des maisons inondées, s’est produite en 1954. La plus grande inondation jamais enregistrée avait apporté 14 000 mètres cubes d’eau par seconde à Vienne en 1521, comme on a pu le calculer à l’aide des repères de crue qui ont été conservés. Une telle catastrophe provoquerait à Vienne encore aujourd’hui des dommages considérables.

2. la large zone inondable (ou zone d’inondation, comme on l’appelait à l’origine) s’est dressée comme une barrière devant les quartiers de la rive gauche du Danube, les séparant du fleuve et du reste de Vienne et a entravé leur développement. Cela a eu pour conséquence que Vienne s’est depuis surtout étendue vers l’ouest et le sud, dans la forêt viennoise.

La zone inondable à la hauteur de Florisdorf (rive gauche) en 1938. Elle servit outre sa fonction initiale de zone de détente pour les Viennois puis fut transformée en 1972, dans le cadre des travaux d’aménagement du Nouveau Danube en une nouvelle zone de loisirs au sud et en partie remblayée pour donner naissance à la « Donauinsel » (l’Île du Danube). Photo collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

3. l’irrigation naturelle de la Lobau par le Danube a été fortement perturbée par la création de la zone inondable et de la digue du Marchfeld ainsi que par l’endiguement du bras de Florisdorf engendrant un début de disparition du paysage alluvial d’origine et de  désertification de la Lobau. Cette désertification a été encore accentuée par la construction du port pétrolier de Vienne et depuis quelques années, également par le réchauffement climatique.

 KARTE
DES
 DONAU- STROMES
innerhalb der Gränzen des
ÖSTERREICHISCHEN KAISERSTAATES.
Herausgegeben  von dem
K.K. STAATS –  MINISTERIUM.
Unter der Leitung des K.K. Ministerial-Rathes
RITTER von Pasetti.

 Carte du fleuve Danube au sein des frontières de l’Empire impérial d’Autriche publiée par le Ministère de l’État royal et impérial sous la direction du conseiller royal et impérial le Chevalier de Pasetti, photo © Danube-culture, droits réservés

Zusammengestellt gezeichnet und in Kreide ausgeführt  vom
k.k. Ministerial – Ingenieur Alexandre Moering
Lithographirt von k.k. Revidenten
Anton Doležal.
Gedr. i. d. k. k. Hof. u. Staatsdruckerei.
(Dessinée et réalisée à la craie par l’Ingénieur du Ministère royal et impérial  Alexandre Moering
Lithographié par le contrôleur royal et impérial Anton Doležal)

VI Lieferungen (VI livraisons)
Maßstab
(Échelle)
1 Zoll = 400 Wiener-Klaster oder 1 : 28 800 der Natur.
1 pouce = 400 toises viennoises (une toise  = 0, 02634 cm) ou [une échelle] de 1 : 28 800

Le Danube et les rives du fleuve à la hauteur de Krems, Stein et Mautern (pont entre les deux cités, un des plus anciens ponts du Danube avec Regensburg et Vienne) sur la carte de Florian Pasetti, collection de la Bibliothèque Nationale Autrichienne, Vienne

Le Danube et ses rives à la hauteur du village hongrois de Gönyö sur la carte de F. Pasetti, huit bateaux-moulins sont installés face au village et 14 en contrebas, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Le Danube et ses rives à la hauteur du village d’Alt Moldova (Moldova Vecche, Roumanie) sur la carte de F. Pasetti, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

À propos de la carte de F. Pasetti
Cette carte  remarquablement détaillée (échelle 1/28 800) du Danube à l’intérieur des frontières de l’Empire d’Autriche, c’est-à-dire de Passau jusqu’à Orşova (Portes-de-Fer) et d’une trentaine de mètres de long fut réalisée entre 1862 et 1867. Elle contient l’ensemble des informations à propos du fleuve, de ses rives et des besoins de la navigation.
Outre d’innombrables informations on dénombre 53 bateaux-moulins entre Passau et Vienne et plus de 400 entre Vienne et Budapest sur le Danube, le petit Danube et le Vah en amont de Komorn.  

Copie d’une partie de la carte (1862-1867) de Florian Pasetti ÖNB, exposée dans la salle d’apparat de la Bibliothèque Nationale d’Autriche à Vienne, lors de l’exposition « Die Donau. Eine Reise in der Vergangenheit » (« Le Danube. Un voyage dans le passé »), photo © Virgil Widrich, 2021, droits réservés

Sources :  
Christine Klusacek, Kurt Stimmer, Eine Insel mitten in der Stadt, Verlag Kurt Mohl, Wien 1978
Antoine Castor, Abel Couvreux et Hildevert Hersent (1827-1903) , entrepreneurs, Régularisation du Danube à Vienne : Mémoire descriptif de travaux exécuté et des moyens d’exécution employé, Édition A. Broise et Courtier, Paris, sans date
Cajetan Felder, Erinnerungen eines Wiener Bürgermeisters Hg. von Felix Czeike, Forum-Verlag
21 Wien, 1984
« Bericht und Anträge von der Commission für die Donauregulierung bei Wien » ernannten Comités, vorgetragen in der Plenarversammlung am 27. Juli 1868 und von derselben einstimmig angenommen. Wien, Hof- und Staatsdruckerei, 1868
« Regulierung der Donau bei Wien in der Strecke vom Roller bis unterhalb der Stadelauer Eisenbahnbrücke », 1. Allgemeine Bestimmungen 2. Baubeschreibung. 3. Vorausmaße. Wien, Donauregulierungskommission, 1869
« Beschreibung der Arbeiten der Donau-Regulierung bei Wien », Hg. aus Anlaß der … Eröffnung der Schiffahrt im neuen Strombette am 30. Mai 1875 von der Donau-Regulirungs-Commission in Wien, Hof- und Staatsdruck, Wien, 1875
Berichte der Donau-Regulierungs-Kommission in Wien über die Vollendung der Donau-Regulierung bei Wien von Nußdorf bis Fischamend, Wien, 1885
Franz Kaiser, « Um Jubiläum der Donauregulierung und zum neuen Wiener Hochwasserschutzgebiet », in Österreich in Geschichte und Literatur, 15, 1971
Viktor Thiel, « Geschichte der älteren Donauregulierungssarbeiten bei Wien » in Jahrbuch für Landeskunde von Niederösterreich 2, 1903
www.stadt-wien.at
MeinBezirk.at

Notes :
1 L’inondation de février 1862 resta profondément gravées dans la mémoire des Viennois. Deux chansons populaires furent écrites  à l’occasion de ces journées dramatiques qui décrivent l’effroi des habitants face à la violence du fleuve. L’une de ces chansons raconte que « Les hommes s’étaient réfugiés sur les créneaux des toits pour échapper à une mort certaine, impuissants à sauver le peu de biens qu’ils possédaient. Et au dessous les eaux sauvages du fleuve grondaient. » 
2 Cajetan Felder sera maire de Vienne de 1868 à 1878
3 Le Kaiserwasser, ancien bras du Danube avant les travaux de régulation et depuis bras latéral de la rive droite du Vieux-Danube
4 Le pont impérial

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, juin 2022

 

Vienne et le Danube : une relation complexe

   « Vienne, Capitale de toute l’Autriche, & célèbre par la résidence qu’y ont fait depuis longtems les Empereurs. Elle tire son nom du Wien ou Widn, ruisseau qui coule à l’Occident de ses murs. Selon mes propres Observations (car je ne rapporterai que celles que j’ai faites moi-même), elle est au 48. degré & 14 minutes de Latitude. »
MARSIGLI (1658-1730), Louis Ferdinand, Comte de, Description du Danube, depuis la montagne de Kalenberg en Autriche, jusqu’au confluent de la rivière Jantra dans la Bulgarie, Contenant des Observations géographiques, astronomiques, hydrographiques, historiques et physiques ; par  Mr. Le Comte Louis Ferd. de Marsigli, Membre de la Société Royale de Londres, & des Académies de Paris & de Montpellier ; Traduite du latin., [6 tomes], A La Haye, Chez Jean Swart, 1744

« Vienne est située dans une plaine, au milieu de plusieurs collines pittoresques. Le Danube, qui la traverse et l’entoure, se partage en diverses branches qui forment des îles très agréables ; mais le fleuve perd lui-même de sa dignité dans tous ces détours ; et il ne produit pas l’impression que promet son antique renommée. Vienne est une ville assez petite, mais environnée de faubourg très spacieux ; on prétend que la ville, renfermée dans les fortifications, n’est pas plus grande qu’elle ne l’était quand Richard Cœur de Lion fut mit en prison non loin de ses portes. »
Baronne Germaine de Staël, De l’Allemagne, Londres, 1813, Charpentier, Paris, 1839, préfacé par Xavier Marmier

« Mélange (prononcé mélannche), ce mot qui désigne le café viennois à la crème, c’était, en ce fin-de-siècle, le mot-clef de la ville entière ; galimafrée de races où déjà la germanique disparaissait sous la cohue slave, turque, juive, ruthène, croate, serbe, roumaine, galicienne ou dalmate. Et les Autrichiens, jusque-là souffre-douleur des plaisanteries bismarkiennes, commençaient à devenir les arlequins d’une sorte de Mardi Gras oriental, dont la capitale constituait le décor permanent.
Ce carnaval durait d’un bout de l’année à l’autre, à peine interrompu par une deuil de Cour, par une bronchite de l’Empereur, ou par l’écho, dans une des casemates voûtées où était tapie la plus vieille administration du monde, de quelque coup de feu mettant fin à la fin carrière d’un haut fonctionnaire surpris en flagrant délit d’espionnage au profit du tzar.
   Habitée par cent peuples, Vienne 1900 ne se divisait qu’en deux univers : les admis au Palais, les hoffähig, et les exclus. »
Paul Morand, « Vienne 1895 », Fin de siècle, L’imaginaire Gallimard, Paris, 1963

« On lit sur un panneau de signalisation à l’entrée de Nußdorf, un quartier périphérique de Vienne au bord du Danube : « Dernière métropole danubienne, avant d’arriver à Budapest ». Seul un Viennois peut avoir écrit cette phrase. Le viennois est en effet méchant, il est fâché contre tout, bien évidemment la plupart du temps avec lui-même et la haine est par conséquence sa vertu préférée. Mais si il y a quelque chose que le Viennois déteste encore plus que lui-même et les autres habitants de sa ville défigurée par les cacas de pigeons c’est l’eau. Il n’y a rien que le Viennois abhorre plus que l’eau ! »
Andreas Dusl, « Wien am Inn », Ein etymologischer Essay, Das Wiener Donaubuch, Ein Führer durch Alltag und Geschichte am Strom, Édition S, Wien, 1987

Le Danube avec ses inondations répétitives a fait payer jusqu’à un passé récent à la capitale autrichienne et à sa population des quartiers riverains un lourd tribut en vies humaines. D’autres grandes et petites villes des rives du Danube ont connu les mêmes catastrophes. C’est que le fleuve et ses humeurs capricieuses n’ont pas été aisés à maîtriser.
C’est une des raisons, avec la volonté d’améliorer la navigation et par conséquence de faciliter le transport des marchandises et des passagers, pour laquelle son cours a été sévèrement détourné, rectifié, canalisé, éloigné d’une ville dont la périphérie s’étend aujourd’hui de part et d’autre d’un cours d’eau anthropisé et qui ne ressemble plus guère à celui d’il y a moins de deux siècles.

Un grand évènement de l’histoire du Danube viennois en forme de revanche contre le fleuve : l’inauguration du Danube canalisé en 1875

Il faut d’abord rappelé que le Danube est endigué sur la presque totalité de son parcours autrichien et ne retrouve provisoirement sa liberté qu’en aval de Vienne et ce jusqu’à Bratislava. La partie exclusivement autrichienne de ce tronçon naturel faillit pourtant, elle aussi disparaître dans les années soixante-dix du XXe siècle, avec le projet de construction d’une gigantesque centrale hydroélectrique à la hauteur de la petite cité médiévale de Hainburg (rive droite, km 1884). Ce projet, soutenu à l’époque par l’ensemble de la classe politique et du monde économique fut heureusement abandonné après la mobilisation de scientifiques, de la population et des écologistes. Un fleuve « sauvage » et d’une indéniable beauté, irrigue encore entre les deux capitales distantes d’environ 60 km, le magnifique territoire du Parc Naturel des Prairies Alluviales Danubiennes, situé en grande partie sur sa rive gauche, depuis les faubourgs de Vienne et le port pétrolier de la Lobau jusqu’au confluent de la March (Morava) avec le Danube, confluent situé à la frontière austro-slovaque et aux pieds des ruines de la forteresse médiévale de Devín.

De nombreux bras morts et des anciens canaux irriguent le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, photo © Danube-culture, droits réservés

On peut comprendre que la capitale impériale n’ait jamais fait vraiment confiance au grand fleuve. Elle s’en est prudemment éloignée ou plutôt ses responsables et ses urbanistes se sont obstinés à éloigner le coeur de la ville du fleuve par de gigantesques travaux d’aménagement, en particulier au début des années soixante-dix du XIXe siècle, époque où Vienne connut quelques-unes des inondations les plus catastrophiques de son histoire alors qu’elle préparait activement les festivités de l’exposition universelle de 1873.
Désormais, seul un Danube au cours principal canalisé, un fleuve rectiligne parcouru par de gigantesques bateaux de croisière et doté de ports de plaisance bétonnés d’une  laideur absolu, producteur d’énergie et apte au transport fluvial, traversé par des ponts, ferroviaires, routiers et autoroutiers, fleurtant avec les hautes tours du nouveau quartier de Kaisermühlen sur la rive gauche qui semblent vouloir symboliser la réconciliation de la ville avec un ersatz de fleuve, borde la capitale de nos jours. L’île artificielle du Danube (Donauisel) et le Vieux Danube (Die Alte Donau) transformé en un vaste et agréable espace de détente, de loisirs où les Viennois se donnent rendez-vous tout au long de l’année pour se promener et se baigner, font évidemment pâle figure face aux somptueux paysages amont de la Strudengau et de la séduisante Wachau,  celle-cice classée par miracle au patrimoine mondial de l’Unesco.

Un rare petit oasis de poésie sur la rive droite du fleuve viennois, en amont de la centrale hydroélectrique de Freudenau et de la pagode de la paix : le Musée des bateaux de Vienne, photo © Danube-culture, droits réservés    

Il manque un fleuve au coeur de la capitale autrichienne…
Vienne et ses habitants, comme la plupart des citadins, semblent pourtant apprécier pourtant la présence du fleuve et celle de la nature mais sous une forme domestiquée, apaisée, organisée, apprivoisée. Le visiteur qui découvre la ville pour la première fois ne peut être que surpris et dérouté lorsqu’il cherche le fleuve sur un plan du centre ville. C’est d’abord le Canal du Danube (Donaukanal) qu’il aperçoit, en fait un ancien bras aménagé en promenade, bordé de bâtiments historiques et contemporains, de pistes cyclables, de murs tagués, de cafés en tous genres, de petits jardins alternatifs, d’une gare fluviale, d’embarcadères dont un a été décoré par Friedrich Hundertwasser, d’un bateau piscine (une institution aujourd’hui fermée définitivement), d’un ancien observatoire astronomique mais aussi de routes et d’autoroutes, de sites industriels, du réseau du métro (U-Bahn) et à son extrémité aval d’une ribambelle colorée de petites cabanes de pêcheurs qui contrastent avec un paysage environnant où les urbanistes n’ont guère fait preuve de goût ni d’imagination. C’est dans ce canal du Danube que se jette en plein centre-ville, la Vienne (Die Wien), cette petite rivière qui descendait autrefois joyeusement des collines boisées des environs de la capitale, de la « Forêt viennoise » (Wienerwald) et qui lui a généreusement légué son nom. (Combien la toponymie est redevable aux cours d’eau !). Entièrement canalisée, la Vienne conflue dans le Donaukanal à la hauteur de l’observatoire astronomique (Urania)  construit en 1910 par un élève d’Otto Wagner, Max Fabiani (1865-1962), inauguré par l’incontournable empereur d’Autriche François-Joseph de Habsbourg. Il abriet désormais une excellente salle de cinéma ainsi qu’un café.

L’immeuble Urania domine le confluent de la Wien avec le Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Bras principal du fleuve au Moyen-Âge, longtemps fréquenté et animé par des bateliers, des pêcheurs, des marchands et de nombreuses autres corporations puis devenu secondaire, dénommé « Petit Danube », ce canal a été aménagé en même temps que le cours principal pendant les années 1870-1874.

L’autre Danube est ailleurs !
Mais où se trouve le « vrai » Danube ? De nombreux indices de sa présence sont certes visibles pour le visiteur attentif mais le fleuve lui-même est parfaitement invisible au coeur de la ville. Il faut se rendre sur l’île du Danube, sur la rive gauche, au port de Freudenau et dans certains des quartiers périphériques industriels et encore populaires qui voisinent ainsi sur la rive droite avec lui pour le rencontrer. Même du Prater, ouvert au public par l’empereur Joseph II de Habsbourg en 1766, qui fut régulièrement et sous divers prétextes amputé d’une partie de son territoire initial, on ne l’aperçoit guère sauf si l’on choisit de faire un tour de la célèbre grande roue ou des manèges plus récents dont les nacelles illuminées montent et descendent à une vitesse vertigineuse au dessus des arbres.

Le parc du  Prater (à gauche) et Vienne en 1830 ; un Danube au cours encore sinueux, une multitude d’îles, le quartier de Leopoldstadt sur la rive gauche du bras aménagé (Donaukanal) et le confluent de la Vienne avec le celui-ci. Carte réalisée par l’architecte, cartographe et officier autrichien Carl Vasquez- Pinas von Löwentahl (1798-1861) 

Le ou les Danube ?
En fait le Danube à Vienne se conjugue au pluriel :
Le Danube (Die Donau) lui même ou bras principal (navigation de croisière, transport fluvial, installations portuaires (Freudenau), promenades, pistes cyclables, lieux de loisirs…

Le Nouveau Danube (Die neue Donau) loisirs nautiques, baignades, plages, pistes cyclables, promenades…), séparé du Danube par l’île artificielle du Danube (Donauinsel) avec une réplique de phare, qui commence en amont de Vienne au PK 1938,10 et finit en aval au PK 1915,8 à la hauteur du Parc National de la Lobau et du port pétrolier.

La trilogie danubienne viennoise actuelle : le Danube et son tracé rectiligne, le Nouveau Danube, tout autant rectiligne, à droite du fleuve séparé de celui-ci par l’île du Danube longiligne (Donauinsel), le bras mort du Vieux Danube en forme d’arc-de-cercle avec ses deux îles propices aux baignades. Quant au canal du Danube, il serpente dans la ville (à gauche) et longe le Prater, photo Wikipedia, domaine public

Le bras mort du Vieux Danube (Die Alte Donau) offre de nombreuses possibilités de loisirs nautiques, baignades, pêche, plages, parc aquatique, promenades, bars et restaurants au bord de l’eau. Avec ses deux îles, Großer Gänselhäufel et Kleine Gänsehäufel, il est l’un des espaces préférés des Viennois pendant la belle saison !

Vue du « Petit Danube » avant sa transformation en canal et du pont Ferdinand, 1828, peinture de C. L. Hoffmeister, collection Musée de la Ville de Vienne

Un ersatz de fleuve sauvage…
Le grand fleuve impérial d’autrefois, découpé à l’image de l’Empire autrichien réduit comme une peau de chagrin qui s’identifiait intimement à celui-ci, aménagé, rectifié, méconnaissable, ne serait-il plus qu’une succession de mythes, de souvenirs et d’images littéraires éloignées de la réalité, un arrière-plan de cinéma, un décor de théâtre et de festivals, une suite de valses désuètes, des îles et des plages artificielles, des bases de loisirs aquatiques, des quais tristes et bétonnés, des installations portuaires en périphérie, des succession d’entrepôts, d’usines hydroélectriques aux écluses gigantesques, des autoroutes, des ponts, un Parc National (rive gauche) en partie piégé par l’extension de la ville vers le nord-est, dans un environnement urbain où subsistent des souvenirs de nature sauvage ponctuées de monuments des guerres napoléoniennes, un court canal abandonné et des bras morts au bord desquels des enfants viennois en « classe verte » visitent des expositions sur la biodiversité et tentent de se réconcilier avec celle-ci, un réseau de pistes cyclables, de chemins ou d’allées très (trop) fréquentées, un espace naturiste (FKK) et un port avec des installations pétrolières gourmandes en eau menaçant les prairies alluviales voisines ? Le Danube ne servirait-il plus que de faire-valoir à un tourisme fluvial pour des visiteurs et des touristes pressés de tout croire avoir vu et de rejoindre  satisfaits on ne sait quel ailleurs ?
Que reste t-il du Danube d’autrefois à Vienne ? Rien ou si peu ! Ce qu’on admire ou déteste plus rarement désormais ce n’est plus qu’une pâle figure du magnifique fleuve sauvage d’autrefois au cours sinueux, aux somptueux méandres qui faisaient l’apologie de la courbe ! Il ne reste plus du fleuve que le nom, qu’un Danube urbain domestiqué, apprivoisé, tenu en laisse par la main prométhéenne et intéressée de l’homme. Allez voir la tristesse de la Donau Marina et vous ne pourrez qu’acquiescer à ces propos !
Amoureux du Danube, passez votre chemin, inutile de vous arrêter à Vienne !

Rive droite : un Danube fonctionnel aménagé et urbanisé à outrance, ici le port où accostent de nombreux bateaux de croisière, photo © Danube-culture, droits réservés

Le Danube viennois est le moins romantique des Danube autrichiens. Même à Linz où l’on aime par dessus-tout construire des ponts, celui-ci a meilleure allure,  à l’exception des rives conquises par le port industriel et les industries métallurgiques de la rive droite qui font la richesse de la ville…
Le Danube viennois peut se contempler à la rigueur d’en haut des 484 m du Kalhenberg, des 425 m du Léopoldsberg ou des 542 m du Hermannskogel. Mais sur les quais monotones et bétonnés, le Danube n’est plus qu’un cours d’eau ordinaire. Oubliés les paysages harmonieux en amont de la capitale et le Danube des belles Strudengau, Nibelungengau ou de l’harmonieuse Wachau.

Les nouveaux quartiers de la rive gauche (Kaisermülhen) et au premier plan l’île du Danube avec sa réplique de phare. Malgré l’audace de certains buildings, bien peu de poésie, de convivialité et d’originalité dans les aménagements ! Photo © Danube-culture, droits réservés

Un bac pour changer de rive et d’atmosphère ?
On peut encore traverser le Danube avec un dernier bac accessible aux voitures à la périphérie amont de Vienne, de Klosterneuburg (rive droite) à Korneuburg ancienne cité de chantiers navals. La petite route qui y mène depuis la petite cité Klosterneuburg circule dans un environnement de résidences secondaires parfois croquignolesques, haut perchées sur des pilotis, inondations obligent !
Le bac à fil est évidemment aussi très apprécié des cyclistes et autres randonneurs qui sillonnent inlassablement les bords aménagés du fleuve en particulier le weekend.


Lectures viennoises…

 Cette liste n’est évidemment pas exhaustive tant les littératures viennoises et sur Vienne sont abondantes.

Vienne sous Napoléon…
« La ville de Vienne est située sur la rive droite du Danube, fleuve immense dont un faible bras passe dans cette cité, le grand bras se trouvant à plus d’une demi-lieue au-delà. Le Danube forme sur ce dernier point une grande quantité d’îles, réunies par une longue série de ponts… »
Mémoires du Général baron de Marbot (1772-1854), Plon, Paris, 1891

« Vienne (était) entourée d’un puissant mur, de construction régulière et moderne, de fossés profonds et d’un chemin couvert, mais sans ouvrage avancé. Il y a un glacis ouvert, et les faubourgs sont construits à la distance requise par les règlements militaires. Ces derniers sont très étendus, et, depuis l’invasion des Turcs (!), entourés de retranchements, couverts d’ouvrages en maçonnerie. L’ensemble constitue une espèce de camp retranché, fermé par de solides portes… »
Anne Jean Marie René Savary (1774-1833), Mémoires du duc de Rovigo pour servir à l’histoire de l’empereur Napoléon,  Bossange et Charles Béchet, 1829

Au Prater
« Le Prater, que je n’ai vu que lorsqu’il était dépouillé de sa verdure, n’avait pas perdu pour autant toute ses beautés ; les jours de neige surtout, il présente un coup d’oeil charmant, et la foule venait de nouveau envahir ses nombreux cafés, ses casinos et ses pavillons élégants, trahis tout d’abord par la nudité de leurs bocages. Les troupes de chevreuils parcourent en liberté ce parc où on les nourrit, et plusieurs bras du Danube coupent les îles, les bois et les prairies. À gauche commence le chemin de Vienne à Brünn. À un quart d’heure de lieue plus loin coule le Danube (car Vienne n’est pas plus sur le Danube que Strasbourg sur le Rhin). Tels sont les Champs-Élysées de cette capitale. »
Gérard de Nerval (1808-1855), Vienne, Récit, Éditions Magellan, Paris, 2010.
G. de Nerval séjourne à Vienne du 19 novembre 1839 au 1er mars 1840. Il a trente ans. Il arpente la ville, son centre, ses parcs dont le fameux parc du Prater, va au spectacle, fait des rencontres et s’aperçoit qu’on le surveille dans ses moindre allées et venues !

« Le Danube était un fleuve gris, plat et boueux qui traversait très loin de là le second Bezirk1, la zone russe où gisait le Prater écrasé, désolé, envahi d’herbes folles au-dessus duquel la Grande Roue tournait lentement parmi les fondations des manèges de chevaux de bois, semblables à des meules abandonnées, de la ferraille rouillée de tanks détruits que personne n’avait déblayés et d’herbes brûlées par le gel aux endroits où la couche de neige était mince. »
Note :
1 Bezirk, arrondissement de Vienne
Graham Greene, Le Troisième Homme, Éditions Robert Laffon, Paris, 1950

« Vivre et laisser vivre, telle est la sagesse de Vienne, tolérance libérale qui peut tourner à l’indifférence cynique, comme disait Alfred Polgar à « Mourir et laisser mourir. »Le cimetière Biedermeier de Sankt Marx est complètement à l’abandon. Sur les tombes dévorées de rouilles, les ornements de fer partent en morceaux et les inscriptions s’effacent, l’adjectif « éternels » accompagnant le mot « regrets » se dissout dans l’oubli. C’est une forêt d’anges sans tête, avec une végétation envahissante qui recouvre les sépulcres, des stèles prises dans la jungle : un ange au flambeau renversé et portant la main à la tête en signe de douleur indique la tombe où on avait enseveli Mozart : les chrysanthèmes qu’une main a déposé sur ce modeste cénotaphe sont tout frais… »

Mais où sont les bains de Diane d’antan ? 
« Cette énorme bâtisse longeant le canal du Danube, au n° 95 de l’obere Donaustrasse, est le siège d’I.B.M. Une plaque, à l’entrée principale, rappelle que c’est à cet endroit, dans les locaux des bains de Diane, qui aujourd’hui n’existent plus, que Johann Strauss (fils) a exécuté pour la première fois, le 15 février 1867, Le beau Danube bleu.

Les Bains de Diane au bord du bras du Danube transformé ultérieurement en canal, gravure de l’époque

Les bains de Diane étaient certainement plus attrayants que cette espèce de grosse boite, mais les calculatrices et les cerveaux électroniques installés à présent dans cet ancien temple de l’éphémère, dans lequel toute une civilisation demandait à la légèreté d’écarter la tragédie ne troublent pas le tournoiement de cette valse qui, comme l’a génialement vu Stanley Kubrik dans 2001 Odyssée de l’espace, exprime l’unisson du rythme et du souffle des mondes… »
Claudio Magris, « Odyssée de l’espace », in Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Quelques lecture en français sur Vienne et le Danube

ALTENBERG, Peter, Nouvelles esquisses viennoises, Éditions Actes Sud, Arles, 1994

BORSI, Franco et GODOLI, Ezio, Vienne, architecture 1900, Éditions Flammarion, Paris, 1985

BURLEAUD, Pierre, Danube-Rhapsodie, Images, Mythes et représentation d’un fleuve européen, Grasset, 2001

CANETTI, Elias, Écrits autobiographiques, Éditions Albin Michel, Paris, 1998

GREENE, Graham, Le Troisième Homme, Éditions Robert Laffont, Paris, 1950

JANIK, A. et TOULMIN, S., Wittgenstein, Vienne et la modernité, Perspectives critiques, Éditions PUF, Paris, 1981

JELINEK, Elfrida, La Pianiste, Éditions J. Chambon, Paris, 1989

JESENSKA, Milena, Vivre, Éditions Lieu commun, Paris ?, 1985

KAFKA, Franz, Oeuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, Paris, 1976
L’écrivain est mort dans un sanatorium à la périphérie de Vienne.

KRAUS, Karl, Dits et contredits, Éditions Champs libres, Paris, 1975

LADINIG, Gernot (Die AlteDonau, Mensche in Wasser, Perspektiven einer Wiener Landschaft, Verlag Bohmann, Vienne, ? (en allemand)

LANDER, X. Y., Vienne, Collection Points Plan Planète, Éditions du Seuil, Paris, 1989

LERNET-HOLENIA, Alexander, Le comte Luna, Christian Bourgeois éditeur, Paris, 1994

LEMAIRE, Gérard-Georges (textes choisis et présentés par), Le goût de Vienne, Éditions du Mercure de France, Paris, 2003

MAGRIS, Claudio, Le Mythe et l’empire dans la littérature autrichienne moderne, Éditions de L’Arpenteur, Paris, 1991

MAGRIS, Claudio, Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1988

MUSIL, Robert, L’homme sans qualités, Éditions du Seuil, Paris, 1957

POLGAR, Alfred, Théorie des cafés, Tome 2, Éditions Eric Koehler/Éditions de l’IMEC, Paris, 1997

ROTH, Joseph, Conte de la 1002e nuit, Éditions Robert Lafont, Paris, 1956

ROTH, Joseph, La crypte des capucins, Éditions du Seuil, Paris, 1983

SCHORSKE, Carl E., Vienne fin de siècle, politique et culture, Éditions du Seuil, Paris, 1983

SEETHALER, Robert, Le tabac Tresniek, Folio Gallimard, 2016

VON DODERER, Heimito, Les Démons, L’Étrangère, Gallimard, Paris, 1965

WORTHLEY MONTAGU, Lady, Lettres d’ailleurs, Éditions José Corti, Paris, 1997

ZWEIG, Stefan, Pays, villes, paysages, écrits de voyage, Éditions Belfond, Paris, 1996

Eric Baude pour Danube-culture, mise à jour mars 2022, © droits réservés

Le Danube viennois pris par les glaces pendant l’hiver 1879-1880

Adolf Obermüllner (1833-1898) et Alexander von Bensa (1820-1902), le Danube pris par les glaces en 1880, huile sur toile (collection Wien Museum).
   Comme le montre ce tableau des peintres Adolf Obernmüllner et Alexander von Benza, les blocs de glace s’accumulèrent à la hauteur de Nußdorf, devant l’entrée amont du canal du Danube (Donaukanal), un ancien bras naturel du fleuve réaménagé à l’occasion des gigantesques travaux de régulation du fleuve (1870-1875) et dont il était possible désormais de fermer l’accès en cas de besoin par un système ingénieux de bateau-porte (Speerschiff) qui faisait partie des inventions techniques présentés lors de l’Exposition universelle de Vienne en 1875.

Le bateau-porte (Speerschiff) permettait de fermer initialement l’entrée du Canal du Danube, photo Wien Museum, droits réservés

   Le Danube est par le passé régulièrement sorti de son lit à la hauteur de la capitale autrichienne lors des dégels et de la fonte des neiges, inondant à répétition et copieusement les deux rives et en particulier les quartiers de Leopoldstadt (avec le parc du Prater en bordure du fleuve), Rossau, Erdberg, Florisdorf… La ville paie à cette époque un lourd tribut au fleuve mais les habitants tirent en même temps d’importantes contreparties économiques, alimentaires et sociales de la présence du fleuve. Les inondations de 1830 et 1862 furent particulièrement dévastatrices. Les travaux de régulation et de canalisation entrepris dans les années 1870-1875 détournèrent une grande partie du volume des eaux fluviales vers l’aval et améliorèrent nettement la situation. Les inondations commencèrent à s’espacer mais ce n’est en fait que depuis l’aménagement du nouveau Danube des années 1970-1987 que la capitale autrichienne se trouve réellement à l’abri des colères danubiennes qui ont encore frappées récemment les villes et les villages de la Wachau et de l’amont haut-autrichien et bavarois du fleuve (2002-2013).

La Lobau, Friedrich Heller (1932-2020) et un projet incongru de tunnel autoroutier

La Lobau, d’aujourd’hui a deux visages contrastés : le premier sous la forme d’un port pétrolier au nom « poétique » d’Ölhafen Wien (km 1916,4) avec son bassin, ses appontements où accostent bon an mal an, environ mille convois représentant un million de tonnes de produits pétroliers, ses réservoirs, ses réseaux de canalisations et autres installations industrielles, de l’autre une nature encore préservée pour le moment aux portes de Vienne et intégrée dans un parc national depuis 1996, le Nationalpark Donau-Auen (Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes).

La Lobau avec le port pétrolier, le Nouveau Danube et le Danube (coupé par le barrage de Freudenau) de part et d’autre de l’île du Danube (Donauinsel) et Groß-Enzersdorf. On y voit également, à droite du bassin du port pétrolier, l’entrée du canal Danube-Oder (320 km), un projet grandiose entrepris avec enthousiasme par les dirigeants nazis en 1939 et abandonné en 1942 après la réalisation de quatre tronçons de quelques kilomètres au départ de Vienne. Le plus large des quatre tronçons traverse la Lobau sur une longueur de 2,3 km et fait aussi office de baignade naturelle. Des prisonniers ukrainiens et juifs-hongrois travaillèrent au creusement de ces tronçons. Le projet a récemment été relancé par la présidence de la République tchèque…  

Les deux peuvent-ils cohabiter durablement sans que le premier avec ses conséquents besoins en eau pompée dans un Danube qui en manque de plus en plus ainsi que le changement climatique s’associent pour mettre en danger la vie et la biodiversité du second dont les bras morts s’assèchent inexorablement ?
Comme si les espaces naturels préservés n’étaient pas déjà menacés par l’extension urbaine, un projet de tunnel autoroutier sous la Lobau aux conséquences difficilement prévisibles inquiète les défenseurs de ce trésor de biodiversité déjà amputé d’une partie de son territoire par l’agrandissement du port pétrolier.

Le port pétrolier de Vienne, photo droits réservés

Une nature de plus en plus artificialisée
La capitale autrichienne ne cesse de s’étendre, d’autoriser voire d’encourager les projets immobiliers de toutes sortes, d’accroître le nombre de ses habitants et par conséquent ses infrastructures, ses surfaces commerciales, son trafic et transit routier à la pollution déjà conséquente, ce qu’on déguise pompeusement sous le doux euphémisme de « mobilité urbaine ». La place manque au sud, sur la rive droite mais outre Danube, au nord et à l’est, l’espace est immense, enfin presque. Les terres agricoles septentrionales à proximité immédiate de Vienne ou dans Vienne disparaissent inexorablement et les nouvelles constructions ont déjà commencé à faire ressembler les abords de la capitale de ce côté-là aux villes américaines ou à certaines villes européennes américanisées. Cette architecture urbaine sans grâce et inspiration qui n’a rien à envier aux banlieues de Prague ou de Brno de l’époque communiste, est d’un effrayant conformisme et d’une laideur absolue constante. Pauvres architectes contemporains en manque singulier d’imagination ! On a par ailleurs du mal à comprendre une logique qui consiste à restaurer (artificiellement) ou à insérer à grands frais et force communication une nature domestiquée dans le centre-ville et en parallèle à détruire consciencieusement une nature « sauvage » à la périphérie puis à réinsérer à dose homéopathique des éléments de nature dans le paysage urbain sous forme de parcs et de jardin publics où il ne faut tout juste pas s’essuyer les pieds avant d’y pénétrer quand le sol n’est pas jonché comme c’est la règle désormais à Vienne, par des mégots de cigarettes ! Mais peu importe aux promoteurs et aux édiles municipaux puisque ce n’est évidemment pas dans ces faubourgs sinistres que les touristes viendront se perdre. On pourrait même imaginer dans le futur, si rien n’est fait pour décourager la voracité des promoteurs et de leur béton, une continuité urbaine entre la capitale autrichienne et la capitale slovaque de part et d’autre du fleuve. Difficile d’envisager un horizon précis mais la tendance est bien là et pour le moment rien ne semble vouloir la freiner.

Friedrich Heller (1932-2020), photo Lobau Museum, droits réservés

Friedrich Heller et la Lobau
Friedrich Heller (1932-2020), écrivain, journaliste, poète (auteur de haïku), historien, chroniqueur autrichien, conteur, personnalité attachante aux multiples compétences et fervent défenseur de la Lobau, cet exceptionnel trésor viennois de la biodiversité danubienne est né en 1932 à Groß-Enzersdorf. Cette commune à la longue histoire, sur le territoire de laquelle ou aux environs de laquelle se déroula plusieurs péripéties des guerres napoléoniennes1, se trouve sur la rive gauche du fleuve dans la périphérie de la capitale autrichienne, aux portes du Marchfeld, plaine alluvionnaire désormais transformée essentiellement en un vaste territoire agricole faisant frontière avec la Slovaquie, frontière dessinée à l’est par la March ou la Morava (slovaque), affluent du Danube. Le Marchfeld intègre encore dans son espace la majeure partie du Parc National des Prairies alluviales danubiennes auquel appartient la Lobau et qui devrait se trouver pour ces raisons théoriquement protégée…
Durant toute sa vie, l’écrivain restera fidèle à sa commune de naissance et à la Lobau voisine, publiant plusieurs livres à leur sujet. Il fonde, en tant que président d’une association locale son propre musée. Citoyen d’honneur de Gross-Enzersdorf, Friedrich Heller a également reçu plusieurs distinctions parmi lesquelles la Croix d’honneur pour la science et l’art de la République d’Autriche. Cet homme entièrement dévoué à la vie, à l’histoire et à la protection de la Lobau, publie en 1972 un ouvrage en forme de réquisitoire contre le projet de destruction de l’environnement d’une partie de ces prairies alluviales danubiennes pour agrandir le port pétrolier. Puis en 1997 sort son livre consacré à à la Lobau « Das Buch von der Lobau ». Bien qu’il ait pourtant été nommé « citoyen d’honneur de Gross-Enzersdorf » aucune rue de cette commune ne porte son nom…

Musée de la Lobau :
www.lobaumuseum.wien
Une structure associative animée par des passionnés de la Lobau et de sa nature
Un court documentaire du photographe naturaliste Kurt Kracher sur le grave phénomène d’assèchement des zones humides de la Lobau :
https://youtu.be/9KwYSo2NlNs
Maison du Parc National Wien-Lobau
www.nph-lobau.wien.at
Pour se rendre en bateau depuis le centre de Vienne dans le Parc National Wien-Lobau (saison du 2 mai au 26 octobre, à partir de 9h, compter 4 heures pour l’excursion, mieux vaut réserver) :
nh@ma49.wien.gv.at
Lieux de baignades dans la Lobau :
https://www.wien.gv.at/freizeit/baden/natur/naturbadegewaesser.html#donauoder

La maison du Parc National de la Lobau-Wien, photo droits réservés

Bibliographie (sélection) de Friedrich Heller (en langue allemande) :

Neun aus Österreich. Erlebnisse im Dschungel, in der Steppe, im Urwald und in der Eiswüste unserer Heimat, Jugendbuch, erschienen im Verlag Heimatland, 1971
Die Lobau – Führer durch Geschichte und Landschaft der Lobau, Verlag Gerlach und Wiedling, 1975
Fisch und Vogel, Gedichte, St. Georgs Presse, 1982
Marchfeldein mit Linolschnitten von Gottfried Laf Wurm, Verlag Die Marchlandpresse, 1982
Das Marchfeld – bildlich besprochen, Norbertus-Verlag, 1986
Groß-Enzersdorf, Tor zum Marchfeld: ein Führer durch die Stadt, Großgemeinde und Geschichte, Verlag des Vereins für Heimatkunde und Heimatpflege, Groß-Enzersdorf, 1989
Der Himmelfahrer. Leben und Landung des Jean Pierre Francois Blanchard. Ehrenbürger von Calais und Groß-Enzersdorf, Verlag des Vereins für Heimatkunde und Heimatpflege Groß-Enzersdorf, 1991
Das Haiku in Österreich – eine Anthologie,  Verlag Wien St. Georgs Presse, 1992
Marchfeldsagen mit Tuschezeichnungen von Bibiana Wunder, Verlag Norbertus, 1994
Jenseits des Flusses, Haiku-Sammlung zeitgenössischer japanischer und österreichischer Autoren in deutscher und japanischer Sprache, Edition Doppelpunkt, 1995
Die Geschichte unserer Stadt Groß-Enzersdorf, Verlag Stadtgemeinde Groß-Enzersdorf, 1996
Das Buch von der Lobau, Verlag Norbertus, 1997


Groß-Enzersdorf einst und jetzt, Heimat Verlag, 1998
Heimkehr in ein potemkinsches Dorf, Verlag Bibliothek der Provinz, 2003
Sagen aus dem Marchfeld und dem östlichen Weinviertel, Neuauflage mit Herbert Eigner, Sutton-Verlag, 2015

Notes :
1La Lobau peut représenter un grand intérêt pour les nostalgiques des campagnes napoléoniennes.

Entre le 10 mai et le 6 juillet 1809 à l’occasion de la deuxième campagne d’Autriche, eurent lieu à Aspern, Essling, Groß-Enzersdorf et dans les environs, sur l’’île de la Lobau, au milieu des méandres danubiens bien avant les grands travaux de canalisation du fleuve de la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreux affrontements entre les troupes napoléoniennes et autrichiennes. Le 22 mai eut lieu la bataille dite d’Aspern-Eßling, considérée comme une victoire par les Autrichiens dont les troupes, bien supérieures en nombre, étaient alors commandées par le prince Charles de Habsbourg (1771-1847), fils de l’empereur Léopold II (1747-1792).
6 stèles (obélisques) napoléoniennes et une route Napoléon (Alte Napoléon Straße et Napoleon Straße) commémorent dans la Lobau le passage de la Grande Armée où elle s’est quelque peu empêtrée

Paysage de la Lobau, photo droits réservés

Vienne et le Danube : la fontaine de Pallas Athéna du parlement autrichien et les quatre divinités fluviales de l’ancien empire des Habsbourg

   La construction de cette fontaine, conçue initialement par Theophil Hansen, n’a commencé qu’en 1898 suite à une controverse sur un premier projet qui prêtait à polémique et qui fut rejeté. La fontaine est inaugurée en 1902. Les sculptures en marbre de Laa an der Thaya (Basse-Autriche) ont été réalisées par Carl Kundmann (1838-1919) pour Athéna, l’Elbe et la Moldau, celles du Danube et de l’Inn par Hugo Haerdtl (1846-1918) et les deux statues des pouvoirs législatif et exécutif par Josef Hermann Tautenhayn (1837-1911).

La fontaine de Pallas Athéna devant le Parlement autrichien, photo libre de droits

   Au centre de cette fontaine, debout sur une colonne antique, avec une lance dans la main gauche et la déesse de la victoire Niké dans la main droite se tient la déesse grecque de la sagesse Athéna.3 De part et d’autre du pied de la colonne sont assises sur des socles à la stabilité évidente, deux personnages féminins, allégories du pouvoir législatif et exécutif avec pour le pouvoir législatif à gauche un livre de loi à gauche et pour le pouvoir exécutif à droite, un glaive tenu de la main droite debout entre ses jambes .

    Quatre sculptures dominant deux bassins surélevés et se référant aux dieux ou demi-dieux de la mythologie grecques, enfants d’Okeanos et de Thétys4, son épouse et personnifiant les quatre principaux fleuves de l’Empire autrichien, reposent en dessous des allégories du pouvoir législatif et exécutif. Elles sont entourés de par et d’autre de chérubins ailés chevauchant des dauphins.  

   Faisant face au boulevard du Ring qui ceinture le centre historique de Vienne, les deux premières statues, une déesse et un dieu, symbolisent le Danube (Die Donau) et son affluent l’Inn (Der Inn) tandis que de l’autre côté, leur tournant le dos, deux autres déesses, dont les regards semblent contempler le Parlement, représentent l’Elbe (Die Elbe) et la Moldau (Vltava).5

L’Inn (à gauche) et le Danube, photo, droits réservés

   L’Inn apparaît sous la forme d’un dieu à demi allongé, aux cheveux et à la barbe abondants, en pleine force de l’âge, au corps puissant, musclé et dénudé jusqu’au bassin que couvre un large manteau. Il appuie son flanc gauche sur une amphore couchée de laquelle s’écoule de l’eau. Son regard est tourné, par dessus son épaule, vers sa partenaire, die Donau (le Danube). 

Die Donau (Le Danube), une déesse sûre d’elle-même et confiante dans sa propre condition féminine.

   Le fleuve qui porte le genre féminin en langue allemande, cours d’eau le plus long de la monarchie autrichienne, est ici symbolisé par une élégante déesse au torse et à la poitrine harmonieux et nus. On peut y percevoir une apothéose des courbes évoquant les nombreux méandres et bras secondaires du fleuve sur une grande partie de son cours. Une étoffe plissée s’enroule à la hauteur de son avant-bras gauche et recouvre une grande partie de sa jambe droite. La tête penchée et tournée vers l’Inn, sa main droite touchant son épaule dans un geste sensuel, elle semble rayonner de dynamisme, d’ouverture et de confiance en elle, jouant à l’évidence de par son attitude et son expression un rôle déterminant dans sa rencontre  et son dialogue avec son partenaire, une posture éminemment féministe à laquelle la plupart des femmes du XIXe ne pouvait encore accéder.

Elbe und Moldau : une communauté sereine

Les allégories de l’Elbe et de la Moldau se tiennent quant à elle face au bâtiment du Parlement. Elles sont sculptées sur le modèle des anciennes représentations de la déesse Aphrodite, protectrice de l’amour, de la beauté, du plaisir et de la procréation. La Moldau s’appuie sur l’épaule et le bras droit de l’Elbe, s’abandonnant à celle-ci dans une confiance absolue. Il émane des attitudes de ces deux sculptures se tenant par leurs mains reposant sur une amphore couchée d’où s’écoule également de l’eau en abondance et similaire à celle se trouvant au milieu de l’Inn et du Danube, une grâce et une tendresse féminine ainsi qu’un sentiment d’humeur paisible et joyeuse donnant l’impression d’une communauté familiale sereine et cultivée.

 L’Elbe et la Moldau (Vltava), photo © Manfred Werner-Tsui, droits réservés

   À contrario de la plupart des représentations allégoriques habituelles symbolisant le Danube qu’on trouve le long du fleuve et dont la statue du célèbre Danubius de la fontaine d’Albrecht (Albrechtsbrunnen) devant le palais de l’Albertina réalisée par Moritz von Loehr (1810-1874)et inaugurée en 1869 est un des exemples les plus flagrants de la puissance dominatrice que l’homme a attribué la plupart du temps aux grands fleuves, on  se trouve ici dans une toute autre dimension.

Le Danube et Vienne (Vindebona), fontaine d’Albrecht (Albrechtsbrunen), photo © Benoît Prieur – CC-BY-SA

L’intention des allégories fluviales de la fontaine de Pallas Athéna est avant tout de valoriser l’élément féminin, et à travers celui-ci, d’évoquer une atmosphère imprégnée d’amour pour la vie qu’engendre leur présence. Le message délivré insiste également sur la nécessité d’une unité intérieure et de cohésion des différents territoires traversés par les fleuves considérant ceux-ci comme les membres d’une même famille appartenant à la monarchie autrichienne.

Eric Baude, pour Danube-culture, © droits réservés, avril 2020

Notes :
1 Le style néo-grec du bâtiment n’est pas sans rappeler le Walhalla, un monument à la gloire de la civilisation germanique édifié à la demande du roi Louis I
er de Bavière ( ) sur les plans de l’architecte Leo von Klenze (1784-1864) entre 1830 et 1842 et situé sur une colline de la rive gauche du Danube allemand, à la hauteur de la petite cité de Donaustauf. Ou encore le bâtiment de l’Assemblée Nationale (Palais-Bourbon) à Paris.
2 Theophil Edvard von Hansen, d’origine danoise, naturalisé autrichien et anobli par l’Empire des Habsbourg, fut l’un l’un des architectes les plus actifs de son temps dans la capitale autrichienne. Inspiré par l’architecture grecque de l’Antiquité et son séjour à Athènes, il est connu pour ses réalisations du Konzertverein, prestigieuse salle de concerts de l’Orchestre philharmonique de Vienne et également salle de bal à l’acoustique quasi idéale, de la bourse, de l’Académie des Beaux-arts, du Musée d’histoire militaire…
3 Le sculpteur a-t-il voulu consciemment que la déesse de la sagesse tourne le dos au parlement ? Certains Viennois en ont fait un sujet de plaisanterie, laissant entendre que  la sagesse n’était pas une vertu majeure du parlement autrichien…
4 Père de tous les fleuves et ainé des Titans, fils d’Ouranos (le ciel) et de Gaïa (la terre). Okeanis et Thétys donnèrent naissance à une très nombreuse descendance  ainsi qu’en témoignent Hésiode dans sa Théogonie :
« Téthys donna à l’Océan des Fleuves au cours sinueux, le Nil, l’Alphée, l’Éridan aux gouffres profonds, le Strymon, le Méandre, l’Ister [Le Danube] aux belles eaux, le Phase, le Rhésus, l’Achéloos aux flots argentés, le Nessus, le Rhodius, l’Haliacmon, l’Heptapore, le Granique, l’Ésépus, le divin Simoïs, le Pénée, l’Hermus, le Caïque aux ondes gracieuses, le large Sangarius, le Ladon, le Parthénius, l’Évènus, l’Ardesque et le divin Scamandre.
Téthys enfanta aussi la troupe sacrée de ces Nymphes qui, avec le roi Apollon et les Fleuves, élèvent sur la terre l’enfance des Héros ; c’est Zeus lui-même qui les chargea de cet emploi : Pitho, Admète, Ianthé, Électre, Doris, Prymno, Uranie semblable aux dieux, Hippo, Clymène, Rhodie, Callirhoë, Zeuxo, Clytie, Idye, Pasithoë, Plexaure, Galaxaure, l’aimable Dioné, Mélobosis, Thoë, la belle Polydore, Cercéis au doux caractère, Pluto aux grands yeux, Perséis, Ianire, Acaste, Zanthé, la gracieuse Pétréa, Ménestho, Europe, Métis, Eurynome, Télestho au voile de pourpre, Crisia, Asia, l’agréable Calypso, Eudore, Tyché, Amphiro, Ocyroë et Styx qui les surpasse toutes, telles sont les filles les plus antiques de l’Océan et de Téthys ; il en existe beaucoup d’autres encore, car trois mille Océanides aux pieds charmants, dispersées de toutes parts, habitent la terre et la profondeur des lacs, race illustre et divine ! Autant de Fleuves, nés de l’Océan et de la vénérable Téthys, roulent au loin leurs bruyantes ondes : il serait difficile à un mortel de rappeler tous leurs noms ; les peuples qui habitent leurs rivages peuvent seuls les connaître. »
Hésiode, Théogonie, traduction de l’abbé Bignan, 1841
5 La Moldau est le nom allemand pour désigner la Vltava, fleuve désormais tchèque qui prend sa source dans la Forêt de Bohême (Šumava) et qui après avoir traversé Prague, conflue avec l’Elbe en Bohême du Nord à la hauteur de la ville de Mělník.
6 Les allégories des affluents du Danube (Inn, Salzach, Enns, Traun, Morava, Mur, Raab, Tisza, Sava, Drava) sont de Johann Meixner (1819-1872). Les statues de l’Inn et de la Drava ont été installées dans le Burgarten. La Morava a disparu.

Bibliographie :
Renate Wagner-Rieger, (sous la direction de), « Die Wiener Ringstraße. Bild einer Epoche », in Die Erweiterung der Inneren Stadt Wien unter Kaiser Franz Joseph, Band 1, Steiner, Wiesbaden, 1969-1981
Renate Wagner-Rieger, (sous la direction d, « Die Wiener Ringstraße, Bild einer Epoche », in  Die Erweiterung der Inneren Stadt Wien unter Kaiser Franz Joseph, Band 4, Steiner, Wiesbaden, 1969-1981
Felix Czeike, Wien, « Kunst und Kultur-Lexikon », in Wien, Stadtführer und Handbuch, Süddeutscher Verlag, München, 1976,
Felix Czeike, Wien, « Innere Stadt, Kunst-und Kulturführer », Wien, Jugend und Volk, Dachs-Verlag, Wien 1993
Gerhardt Kapner, « Freiplastik in Wien », Wien, Jugend & Volk, Wien 1970
Justus Schmidt, Hans Tietze, Dehio, A. Schroll, Wien (Bundesdenkmalamt: Die Kunstdenkmäler Österreichs), 1954
Emmerich Schaffran, Wien, Ein Wegweiser durch seine Kunststätten, 1930
www.parlament.gv.at

Photo © Lilienfeld, droits réservés 

Pêches danubiennes traditionnelles : le « Daubel », un art de la pêche en voie de disparition

La pêche avec un « Daubelboot » illustre une technique de pêche traditionnelle qui existerait depuis plus de trois cents ans sur le Danube autrichien, le canal du Danube et la Morava (March) et qui s’apparente à la pêche avec un carrelet.

« Daubelboot » et son « Daubel », photo Danube-culture, droits réservés

Le « Daubel » est un filet de pêche actionné à partir d’un bateau (Daubelboot), d’une barque, d’une cabane de pêcheur sur les rives ou simplement par un pêcheur directement les pieds dans l’eau.

« Daubel » fixé sur une barque, source Musée de la pêche de Vienne

Le « Daubel » s’abaisse ou se lève au moyen d’un câble métallique auquel est relié une poulie et une manivelle qu’on actionne manuellement ou par un petit moteur pour attraper les poissons.

La manivelle du « Daubel »est ici située à l’intérieur du Daubelboot, photo Danube-culture, droits réservés

Le poisson qui se trouve juste au-dessus du filet est capturé dans une sorte de poche creuse et carrée tendue sur des barres élastiques ou des arcs plus longs que les diagonales du filet. Ils sont attachés aux quatre coins du filet ou sont coincés dans les quatre manches de la dite croix. Les plus grands « Daubel » ont une longueur de 4, 50 mètres. En Basse-Autriche, un maillage du « Daubel » d’au moins 40 mm est obligatoire.

En aval de Vienne, à hauteur de Schwechacht (rive droite) sur un des bras morts, photo Danube-culture, droits réservés

Le  « Daubel » est baissé ou levé après un certains temps dans l’eau au moyen d’un treuil et d’un rouleau de renvoi, qui est monté au sommet d’une simple grue. Afin d’augmenter le volume de la pêche, de courtes clôtures en bois sont souvent collées au-dessus des « Daubelplatzes » (emplacement réservé au « Daubel ») perpendiculairement à la rive, de sorte qu’un « Fischeinstand » (bassin de pêche) artificiel se forme, où le poisson est alors capturé plus facilement.

Un confort sommaire mais une tranquillité absolue ! Photo Danube-culture, droits réservés

Les embarcations munies d’un « Daubel » ou « Daubelboot », autrefois très prisées et appartenant à des familles qui se les transmettaient de génération en génération, ne sont autorisées que sur un périmètre restreint du Danube viennois, à la hauteur de l’île du Danube (rive gauche du fleuve). 

Daubelboot viennois avec en arrière-plan la colline du Leopoldsberg (424 m) appartenant au massif du Wienerwald, source Musée de la pêche de Vienne

Il n’existe plus de pêcheur professionnel sur le Danube viennois, autrefois bien plus poissonneux qu’aujourd’hui.

Patente de pêche pour le Danube et ses affluents attribuée par Maximilien Ier d’Autriche, 1506, source Wiener Stadt und Landesarchiv Wien

Musée de la pêche de Vienne :
  www.fischereimuseum.at

Retour en haut de page