Svishtov (Bulgarie) et la douceur méridionale danubienne

   C’est à Svishtov (km 553, 8, rive droite), troisième port fluvial bulgare après Ruse et Vidin, ville d’environ 30 000 habitants, que le Danube atteint le point le plus méridional de son long parcours. Le fleuve oblique ensuite vers le Nord-Est en direction des villes de Ruse (Bulgarie, rive droite) et Ghiurghiu (Roumanie, rive gauche).

L’église de la sainte Trinité (photo droits réservés)

   On trouve à proximité (4 km vers l’est) de cette ville agréable et à l’atmosphère méridionale, construite en terrasses sur une colline verdoyante au dessus du fleuve, l’ancien camp romain de Novae qui fut agrandi et embelli considérablement à l’époque de l’empereur byzantin Justinien (527-565) lors de la reconstruction de l’Empire romain d’Orient. Les romains entretenaient à Novae une importante flotte militaire qui pouvait se déplacer rapidement pour défendre les frontières de l’empire (limes).

Svishtov dans l’empire ottoman, gravure de 1824

La ville fait peu parler d’elle pendant les deux empires bulgares (XIe-XIVe siècles) puis se développe pendant la longue domination turque (fin XIVe-XIXe siècles), devient un centre d’échange important et le carrefour de différentes routes commerciales de l’Ouest et de l’Est de l’Europe. Elle s’appelle alors Sistova. C’est dans cette ville que fut signé le 4 août 1791 le traité de paix (rédigé en français et en turc) qui mit fin à la dernière guerre austro-turque (1788-1791).
En 1877, lors du conflit avec l’Empire ottoman, les Russes traversent le Danube à proximité et mettent la ville à sac. Svishtov connait après la guerre d’indépendance contre l’occupant turque un déclin économique. Les troupes austro-bulgaro-allemandes traverseront en sens inverse à leur tour le fleuve à cette hauteur en 1916 pour envahir la Roumanie.

Passage du Danube par l’armée russe en 1877

Deux églises souterraines du XVIIe, l’église de la Sainte Trinité, édifiée en 1867 par l’architecte bulgare Koljo Ficev (1800-1881), endommagée par un tremblement de terre en 1977, le petit musée installé dans la maison natale (1861) de l’écrivain, poète et traducteur bulgare Aleko Ivanitsov Konstantinov (1863-1897)1 qui fit des études de droit en Russie, assassiné à l’âge de 34 ans, appartiennent au patrimoine historique, architectural et culturel incontournable de la cité. Quelques superbes maisons dans le style du Renouveau bulgare sur les façades desquelles se remarquent d’élégants balcons en bois ont été préservées. On trouve sur une colline du centre ville les ruines d’une forteresse datant du XIIIe/XIVe siècles.
La ville est aujourd’hui un important centre économique (activités portuaires), universitaire, scientifique et culturel régional. Un bac la relie deux fois par jour à la localité et port roumain de Zimnicea (Judets de Teleorman) sur la rive septentrionale du Danube.
Un monument en hommage aux soldats français de la 16ème division d’infanterie coloniale a été érigé á Svishtov en 1919.

Notes :
1Aleko Ivanitsov Konstantinov a laissé laisse une empreinte indélébile dans l’histoire de la littérature bulgare. Grâce à son style inimitable, caractérisé par la touche d’humour qui accompagne une grande partie de ses œuvres, il se forge la réputation de pourfendeur de tous les maux qui gangrènent la société bulgare à la fin du XIXe siècle. Baï Ganio (compère Ganio) – son personnage le plus célèbre, reste aujourd’hui encore le symbole de tous les travers de la société qu’Aleko Ivanitsov Konstantinov condamnait ouvertement. L’écrivain est enterré au cimetière central de Sofia.

Aleko Ivanitsov Konstantinov (1863-1897) par Georgi Danchov

Office de tourisme :
www.visitshvistov.com
 www.svishtov.bg

Eric Baude, octobre 2021, © Danube-culture droits réservés

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