Description physico-géographique : les trois bassins danubiens. Aménagements hydrotechniques

« Prenant ses deux sources sur le versant oriental du massif de la Forêt-Noire et achevant son voyage dans les plaines du littoral de la mer Noire, le Danube traverse différentes zones géographiques aux conditions naturelles bien distinctes. «La vallée du Danube est ainsi une succession de bassins dont l’ampleur s’accentue considérablement vers l’aval, et qui sont séparés entre par des défilés : Bayerischer Kachlet à travers le Bayerischer Wald (Forêt Bavaroise), Porte de Linz, «Niebelungengau» à travers le Böhmerwald (Forêt de Bohême) qui est le pendant de la trouée héroïque du Rhin, Porte de Vienne au pied des collines du Wiernerwald (Forêt Viennoise), défilé de Thèbes ou porte de Devin à travers les Petites Carpates, cluse de Višegrad dans les reliefs volcaniques de l’entrée du bassin pannonien, surtout secteur dit des «cataractes» (autrefois infranchissables) de la trouée des Carpates étendu sur 140 km, constitué des quatre défilés de Kamenica, de Gospodin Vir, des Kazan et des Portes de Fer, bordés de parois abruptes qui réduisent parfois le lit à des largeurs de 150 m avec des fonds allant jusqu’à 50 m qui se trouvent ainsi au dessous du niveau de la mer, et séparés par des bassins plus larges où les affleurements rocheux forment des barres et des récifs dans le fleuve même. »
Jean Ritter, Le Danube, P.U.F., Paris, 1976

Le bassin du Danube comprend deux grandes chaînes de montagnes qui divisent le fleuve en trois entités géographiques : D’abord le massif du Haut Tauern (Autriche), avec le Gross-Glockner (3 798 m) incluant également la chaine du Bas Tauern, le massif du Schneeberg, du Rax, du Semmering et la vallée de la Leitha. Ces massif s’unissent par les Petites Carpates et les Carpates Blanches au massif des Beskides occidentales. Le Danube traverse cette chaîne de montagnes près de la forteresse de Devín (Slovaquie), formant ce que l’on appelle les Portes de Devín. La deuxième chaîne montagneuse que le fleuve affronte sont les Balkans qui s’unissent aux Carpates méridionales. Le Danube franchit ce massif entre Moldova Vecche et Drobeta Turnu Severin (Roumanie) sur la rive gauche et entre Vince et Kostol (Serbie) sur la rive droite, formant ainsi l’impressionnant défilé des Portes de Fer.

Physico-géographiquement  et géologiquement, le Danube se divise en trois régions :
-le Haut Danube, des sources en Forêt-Noire jusqu’à Gönyü (Hongrie).
-le Moyen Danube, de Gönyü jusqu’à la sortie du défilé des Portes de Fer (Roumanie-Serbie).
-le Bas Danube, de la fin du défilé des Portes de Fer jusqu’au delta (Roumanie-Ukraine)

Le Haut Danube : un fleuve de montagne

Le Haut Danube (km 2783 – km 1791) traverse, dans la majorité de son parcours initial, une région montagneuse constituée à gauche par le Jura souabe et le Jura franconien, les forêts de Bavière et de Bohême du Sud, et à droite par le plateau souabe, le plateau de Bavière et les Préalpes des Alpes orientales.

Selon les spécificités de sa vallée et du régime de ses eaux dans cette partie de son cours, le Haut Danube possède alors un caractère de fleuve de montagne. Celui-ci forme à la frontière du plateau des Préalpes d’importants dépôts alluvionnaires dus à ses affluents alpins dont les plus importants sont l’Iller, le Lech, l’Isar, l’Inn, le Traun et l’Enns.

Sa vallée est en majorité étroite et profonde, serrée entre des parois abruptes. Ce n’est qu’en aval de la ville frontière de Passau que les passages larges et plus resserrés commencent à alterner. En amont, ses rives sont la plupart du temps escarpées. Sur cette partie de son parcours, le lit est majoritairement sinueux, décrivant par endroits de brusques méandres. Dans les secteurs où il s’élargit, le lit du fleuve se ramifie, acquérant un caractère instable et formant un grand nombre de bancs d’alluvions et de seuils. Des digues longitudinales, des ouvrages fermant les bras secondaires et diminuant l’éparpillement du courant ainsi que des épis ont été érigés pour faciliter la navigation. De nombreuses centrales hydro-électriques ont été construites à Bad-Abbach (km 2401,72), Regensburg (km 2381,32), Geisling (km 2354,30), Straubing (km 2329,78), Kachlet (km 2230,7), Jochenstein (km 2203,33), Aschach (km 2162,67), Ottensheim-Vilhering (km 2146,91/2146,73), Abwinden-Asten (km 2119,63/2119,45), Wallsee-Mitterkirchen (km 2095,62/2094,50), Ybbs-Persenbeug (km 2060,42), Melk, (km 2038,16/2037,96), Altenwörth, (km 1980,40/1979,83), Greifenstein, (km 1949,23/1949,18), Freudenau, (km 1921,05). L’imposant barrage de Gabčikovo en Slovaquie a été construite au km 8,15 du canal de dérivation, qui se sépare du lit principal du Danube au km 1853. Il rejoint l’ancien lit au km 1811. La centrale hydraulique est situé au km 1819,15.

La largeur du Haut Danube varie dans des limites relativement restreintes, de 40 à 100 m sur le secteur Kelheim – Jochenstein et de 130 à 420 m sur le secteur Jochenstein – Gönyü.

La profondeur change constamment sur les secteurs où, suite à l’élargissement artificiel de la vallée et du lit, se forment des seuils. Les profondeurs minima auprès de l’ENR sont de 2,00 m sur les secteurs non éclusés et de 2,7 à 2,8 m sur les secteurs de retenue.

La vitesse du courant est irrégulière. Lors des niveaux d’eau moyens, elle se situe entre 3,0 et 10,0 km/h.

Le trafic fluvial régulier vers l’aval commence au niveau de Kelheim en Allemagne, ville actuellement considérée comme le point amont d’où part la navigation sur le Danube.

Le Moyen Danube : un fleuve de plaine

Le Moyen Danube (km 1791 – km 931), de Gönyü jusqu’à la sortie du défilé des Portes de Fer, traverse d’abord l’immense plaine pannonienne. A l’exception des secteurs escarpés de Višegrád et des Portes de Fer, il s’agit d’un fleuve de plaine.

Sa vallée est large (5 – 20 km), constituée de grandes terrasses plates, sillonnées de bras secondaires. Les rives du fleuve sont peu élevées et leurs pentes douces. Le fond du lit en est en majeure partie sablonneux.

Lorsque le fleuve franchit un relief montagneux, la vallée se resserre (0,6 – 2,5 km). Les rives et les versants s’élèvent alors et peuvent être par endroit même escarpés. Le fond du lit est pierreux et parsemé de seuils rocheux.

Sur la majeure partie de son cours, moyen le fleuve est sinueux. Toutefois, la longueur des secteurs rectilignes et la sinuosité des méandres sont bien plus importantes que sur le Haut Danube. Le lit a un caractère instable et se ramifie en un grand nombre de bras secondaires. On y trouve de nombreux bancs de sable et  des seuils rocheux.

Comme dans son cours supérieur et toujours afin d’améliorer les conditions de navigation, des digues longitudinales ont été construites jusqu’à Rogatin en particulier, des ouvrages de coupure et de concentration du courant. Quant aux travaux effectués en aval, suite à l’accroissement des dimensions du profil transversal du lit, ils n’ont eu pour but que de condamner certains bras secondaires par des digues transversales, de renforcer les berges et de contourner certains méandres.

La largeur du lit dans les secteurs où des travaux de régularisation du courant ont été effectués varie dans des limites peu importantes, de 300 à 420 m, alors que sur les autres secteurs, sa largeur oscille entre 400 et 2200 m. La largeur du  Danube ne  dépasse pas les 210 m dans les Portes de Fer, à la hauteur des Gorges de Cazanes. En raison de l’instabilité du lit la profondeur du Moyen Danube varie de manière importante, changeant constamment sur les seuils. Les profondeurs minima relevées lors des bas-niveaux se situe en moyenne entre 1,9 à 2,1 m.

Les brusques variations de déclivité du fleuve entrainent également une variabilité de la vitesse du courant. Lors des niveaux moyens, elle se situe entre 3,6 – 4,8 km/h sur le secteur Gönyü – Belgrade, entre 0,4 – 3 km/h sur le secteur Belgrade – écluse des Portes de Fer, et entre 6,5 – 9 km/h sur le secteur de l’ écluse des Portes de Fer – Turnu Severin.

Le Bas Danube ou Danube inférieur

Le Danube inférieur (km 931 – 0 km) borde presque tout au long de son parcours la partie méridionale de la plaine du même nom. Cette plaine s’élève progressivement vers confins pour se fondre dans les contreforts des Carpathes. A l’est, elle prend le nom de plateau de la Dobrogea. Au sud du Danube, sur la rive septentrionale, s’étend le plateau bulgare, région caractérisée par son unité géographique. Ce plateau descend doucement vers le Danube qu’il borde en pentes escarpées. Dans le cours inférieur du fleuve, la plaine du Bas Danube se rétrécie au nord avec les versants des collines de Moldavie, et au sud par le plateau de la Dobrogea. Plus en aval, la plaine s’élargit à nouveau pour constituer un large delta marécageux sillonné par un dense réseau de bras et de lacs au long desquels s’étendent de larges dunes se rétrécissant eu à peu en allant vers de la mer où elles se transforment en bancs de sable.

Le Danube inférieur est un fleuve de plaine typique. Sa vallée est large, s’étendant entre 7 et 10 km jusqu’à Turnu Măgurele (km 597) et pouvant atteindre jusqu’au delta de 8 à 20 km. Sa largeur maximale est de 28 km, en aval de Hîrşova (km 253), et minimale de 3-4 km à proximité de Svistov (km 555), Giurgiu (km 493) et Orlovka (km 105,3). La rive droite est escarpée tandis que la rive gauche est plate. Le lit du fleuve est peu sinueux dans sa majeure partie, les méandres peu prononcés et les secteurs rectilignes d’une longueur considérable.

Tout le long de son parcours, le lit se ramifie en un grand nombre de bras secondaires formant de nombreuses îles. Les bras secondaires n’étant pas fermés par des ouvrages hydroélectriques, ils ont, pour la plupart, un caractère de cours d’eau. Ces bras se développent au maximum entre Silistra (km 376) Brăila (km 170) ainsi que dans les secteurs où se rejoignent les bras de Chilia et de Saint-Georges.

Le delta commence au niveau du Cap Tchatal d’Ismaïl (km 79,63). Le cours  principal du Danube se sépare alors  en deux bras, ceux de Chilia et de Tulcea.

A partir de sa bifurcation jusqu’au km 76 (les km sont comptés à partir de l’embouchure du bras, en direction du Cap Tchatal d’Ismaïl), le bras de Chilia coule en grande partie entre des rives plates, d’abord en direction du nord-est, puis du sud-est et ensuite, près de Vilkovo vers l’est dessinant de larges méandres. Jusqu’à Pardina, ce bras ne forme qu’un seul lit. Plus loin, jusqu’à Chilia, il se sépare en trois bras ceux de Chilia, Sredni et Tataru (Ivaneşti), dessinant un réseau assez complexe qui se réunifie par la suite.

Entre le km 38 et Pereprava, le bras de Chilia se divise de nouveau en bras secondaires, ceux de Babina, Tchernovka, Priamoï et Solomonov (Ukraine). En aval de Vilkovo, le bras de Chilia se jette dans la mer Noire en se séparant à nouveau.  Les principaux sont les bras d’Otchakovsky et Staro-Stamboulski.

Le bras de Tulcea est large de 200 m (mile 42,5) à 550 m (mile 41). Il est sinueux et dessine des courbes brusques surtout dans la région de Tulcea. Il s’étend jusqu’au Cap Tchatal de Saint-Georges (km 62,97), en traversant un terrain en général plat, sauf dans le secteur des miles 39-38 où s’approchent du côté droit les contreforts du plateau de Dobrogea sur lequel est située la ville de Tulcea (km 71,3).

Au Cap Tchatal de Saint-Georges (mille 34), le bras de Tulcea se divise en deux bras, le bras de Sulina (gauche) et celui  de Saint-Georges (droit). Les rives du bras de Sulina, longues de 34 milles (63 km), sont plates, revêtues de perré sur une grande longueur. La largeur du bras est de 120 m en moyenne et ne présente pas de grandes variations car la plupart des bras secondaires sont fermés et les courbes brusques  ont été rectifiées par des coupures.

A l’embouchure de ce bras se trouve le port de Sulina (km 0). Pour la sortie en mer par la barre de Sulina, un canal bordé de deux môles (sud et nord) conduit de l’embouchure du bras de Sulina jusqu’à la mer. Le canal se dirige d’abord vers l’est et ensuite tourne doucement vers le sud-est.

Le chenal navigable principal du Danube passe par le bras de Sulina qui, suite aux travaux hydrotechniques, se transforme en un canal presque rectiligne, accessibles aux navires de mer.

En raison de la sinuosité de son lit, sa largueur est extrêmement instable et accuse des variations considérables. La largeur moyenne caractéristique du lit se présente  selon les secteurs du fleuve comme suit :
Drobeta Turnu Severin – Calafat (km 931 – 795) : 800 m
Calafat – Svistov  (km 795 – 555) : 800 m
Svistov – Silistra  ( km 555 – 376) : 800 m
Silistra – Hirşova ( km 376 – 253) : 560 m
Hirşova – Brǎila ( km 253 – 170) : 400 m
Brǎila – Cap Tchatal d’Ismaïl (km 170 – 79, 63) : 900 m
Bras de Tulcea (km 79, 63 – 62, 97) : 350 m
Bras de Sulina (km 62, 97 – 0) : 120 m

Les profondeurs accusent des variations tombant, en période de basses eaux, à 15 dm sur les seuils.

Avec la construction d’une retenue d’eau sur le Bas-Danube entre Prahovo et Turnu-Severin, un secteur éclusé a été réalisé. Sa profondeur minimum est de 35 dm.

Avant l’exécution des travaux hydrotechniques, le débit du Danube se répartissait entre les bras de Chilia, Sulina et Saint-Georges dans des proportions de 62 %, 8 % et 30 %.

Des travaux hydrotechniques ont été également entrepris afin de permettre l’entrée des navires dans le Danube par les bras de Sulina et de Tulcea. A l’entrée amont du bras de Tulcea, au cap Tchatal d’Ismaïl, une digue en pierre de 430 m de long a été édifiée. Le bras de Sulina est rectifié par 10 coupures réduisant sa longueur de 84,87 à 62,97 km (21,9 km en moins). Des épis ont été mis en place et les berges sont consolidées par des murs de pierre. A l’embouchure du bras de Sulina se trouvent les môles nord et sud dont la longueur augmente constamment étant donné la constante et rapide progression des dépôts d’alluvions vers la mer. Leur longueur respective est de 7 932 m (en 1983).

Des travaux et des dragages sont effectués chaque année afin de maintenir une profondeur de 24 pieds dans les secteurs limitatifs, surtout au niveau de la barre.

La réalisation de ces travaux assure des conditions normale de navigation afin que des bâtiments d’un tirant d’eau de 24 pieds puissent remonter le Danube depuis la mer jusqu’à la ville de Brăila.

La vitesse du courant varie entre 6,3 km/h (haut niveau navigable) et 2 km/h,  (bas niveau navigable) sur le secteur  Brăila-Sulina.

Sources :
Jean Ritter, Le Danube, P.U.F., Paris, 1976, pp. 13-14, voir bibliographie sur le site.
Commission du Danube

 

 

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