Le Danube et l’espace danubien…

« L’Océan et Téthys engendrèrent les Fleuves à l’onde tourbillonnante : Le Nil, l’Alphée, l’Eridan qui bouillonne, le Strymon, le Méandre, l’Istros [le Danube] au cours magnifique… » Hésiode

Nous vous souhaitons la bienvenue sur la page d’accueil de danube-culture.org, un site en langue française consacré au deuxième plus grand fleuve du continent européen. Ce site aborde le fleuve dans une perspective holistique : on y parle d’histoire, de littérature, d’ethnologie, d’environnement, de navigation, de climatologie, de destins liés au Danube, d’hydrographie, d’îles, d’oiseaux, de poissons, de musique, de cuisine et de vins, de croisières, de cinéma, de festivals, de littérature, de souvenirs, de mythologie, de savoirs et savoir-faire, de mythes, de légendes… L’une d’elles, parmi les plus illustres ne raconte-t-elle pas que Jason et ses compagnons auraient remonté le Danube au retour de leur périlleuse expédition pour la conquête de la Toison d’or, de l’une de ses bouches jusqu’au-delà des Portes-de-Fer ?

Seul fleuve européen important à se diriger dans un axe général d’ouest en est, il a une double naissance, à la problématique non encore tout à fait résolue, en Forêt-Noire. Il traverse le continent au gré des reliefs qui lui dictent son chemin pour se jeter, en se partageant en trois grands bras et de multiples ramifications secondaires, par un grandiose delta, prodigue en biodiversité, dans la mer Noire, une mer fermée appartenant à part égale à l’Asie et à l’Europe.

Le cours du Moyen et du Bas Danube, vue d’un satellite

Le Danube est, sur de nombreux aspects, un fleuve fascinant et au destin complexe. Son histoire commence longtemps avant que les hommes ne viennent peupler et coloniser son delta, ses rives puis son bassin tout entier. 

Le Danube et les hommes : un fleuve fragmenté  

On trouve sur les rives du Danube des témoignages de la présence humaine parmi les plus anciens du continent européen. Plusieurs représentations féminines et mythiques de la préhistoire dites Vénus symbolisent le lien intime des hommes avec le fleuve dès le Paléolithique comme la Vénus de Hohle Fels découverte en 2008 dans une grotte du Jura souabe, près d’Ulm (Allemagne), sculptée dans de l’ivoire de mammouth et datée d’env. 35 000- 40 000 ans av. J.-C., celle de Galgenberg ou Fany von Galgenberg, statuette en serpentine verte retrouvée en 1988 à Strautzing, près de Krems, dans la Wachau (Autriche), datée de plus de 32 000 ans avant J.-C., la Vénus de Willendorf, découverte auparavant en Autriche dans la région de la Wachau (1908), divinité fluviale aux formes généreuses de l’époque glaciaire (entre 30 000 et 20 000 avant J.-C.) en calcaire. D’autres trésors archéologiques plus récents ont été retrouvés sur l’extraordinaire site archéologique de Vinča (Serbie), lieu sur lequel les hommes s’étaient installés dès la première période du Néolithique moyen, époque qualifiée d' » âge d’or du genre humain par le poète romain Ovide. Tout comme celui de Vinča, le site serbe encore plus ancien de Lepensky Vir (9500 – 6200 av. J.-C.) témoigne également du haut degré de savoir faire de ces premières civilisations danubiennes et de leur lien intime avec le fleuve.

Vénus de Hohle Fels, Jura souabe (photo droits réservés)

Les premiers navigateurs sur le delta du Danube seraient les Phéniciens  suivis des Égyptiens et des Grecs. Les armées du souverain Perse Darius Ier (vers 550-486 av. J.C.) s’y aventurent mais sont obligées de battre en retraite devant des tributs Scythes. On trouve déjà sur les territoires bas-danubiens des Thraces, des Macédoniens, des Ylliriens. À partir de 500 av. J.-C. les premières tributs celtes, dont la langue pourrait être à l’origine du nom de Danube, s’installent au bord fleuve. 

Vestiges du pont romain dit « de Trajan » construit en 103-105 par Appolodore de Damas (photo droits réservés)

Les conquêtes romaines de l’apogée de l’empire (100-300 ap. J.-C.) font de « Fluvius Danubius » une de leurs principales frontières, les armées y construisant le fameux « Limes » avec ses camps fortifiés qui  protègent (provisoirement) l’empire des barbares. La flotte militaire, stationnant près des garnisons réparties le long du Danube, bien adaptée au contexte fluvial, navigue habilement et rapidement. Le fleuve qui est alors entièrement sous domination romaine, des sources jusqu’au delta, devient un axe commercial et de communication. Les déclins de l’empire romain et ultérieurement byzantin bouleversent l’ordre établi et laisse une situation confuse et un territoire ouvert aux migrations. Profitant du chaos, les Avars établissent leur domination sur le Moyen-Danube (500-800 ap. J.-C.), domination à laquelle met fin à son tour l’avènement de Charlemagne et de l’empire franc. 

Se sont implantées entretemps sur les ruines des deux empires de nombreuses tributs que le bassin danubien occidental séduisait tout autant : Huns, Magyars, Germains, Slaves, Francs, Tsiganes… et autres peuples venus des steppes orientales et de contrées encore plus lointaines. Sur le bas-Danube dominent les empires bulgares successifs et jusqu’au XIVème siècle l’empire byzantin. De redoutables expéditions mongoles viennent semer à plusieurs reprises la désolation. Les Ottomans commencent à investir à leur tour l’ancien territoire danubien byzantin au XIVème et s’y installent. Manifestant des velléités de conquêtes européennes pendant trois siècles (XVème – XVIIème siècles), ils vont s’avancer et s’étendre peu à peu vers l’ouest annexant le Bas-Danube puis une grande partie du fleuve hongrois.

Les Turcs devant Vienne en 1683 (Musée de la ville de Vienne)

Ces Ottomans seront difficilement repoussés à plusieurs reprises, aux portes de Vienne, par des coalitions d’armées catholiques et alliées venues prêtées main forte aux troupes de l’empire menacé des Habsbourg. Tous comme les Romains, les Ottomans avaient bien compris les intérêts stratégiques et économiques de maîtriser la navigation sur le Danube et s’y sont employés avec succès. Ils s’appuient pour leurs conquêtes (et pour leurs échanges commerciaux !) sur des embarcations bien adaptées aux conditions particulières et complexes de la navigation danubienne.

Adah Kaleh, souvenir de la présence turque sur le Danube. L’île a été engloutie sous les eaux du barrage des Portes de Fer (Djerdap I)

Les Russes profitent dès le début du XIXème de la fragilisation interne de l’Empire ottoman pour s’installer en Bessarabie et sur le delta puis occupent provisoirement la Moldavie et la Valachie, alors principautés danubiennes turques. La situation sur le bassin inférieur du fleuve reste confuse et tributaire des nombreux affrontements qui s’y déroulent dans la deuxième moitié du XIXème siècle et du début du XXème ; guerre de Crimée (1853-1856), guerres balkaniques (1912-1913).

Combat sur le Danube entre les armées russes et turques

Le Traité de Paris (1856) qui met fin à la guerre de Crimée, décrète également la liberté de navigation pour les bateaux de tous les États sans obligation de redevance des nations riveraines. Une Commission Européenne du Danube voit le jour. Elle est chargée de la gestion du secteur de navigation entre Galatz et les embouchures et l’aménagement des bras de Sulina et de Saint Georges.

Le port de Sulina aménagé par la Commission Européenne du Danube au début du XXème siècle

La première guerre mondiale verra s’affronter sur le Danube même les flottes fluviales militaires et sur ses rives les armées de la Triple Entente (Russie, Royaume-uni et France) et de leurs alliés avec celles de la Triple Alliance (Autriche-Hongrie, Italie, Allemagne). Les grandes villes et les installations portuaires danubiennes sont bombardées lors de la seconde guerre mondiale, les ponts détruits ce qui a pour conséquence de stopper toute navigation commerciale.

Le pont Elisabeth parmi les ponts détruits de Budapest à la fin de la deuxième guerre mondiale

De la frontière austro-tchécoslovaque jusqu’au delta, le fleuve sera sous domination soviétique, de 1945 jusqu’en 1989. Une nouvelle commission internationale, la Commission du Danube, composée exclusivement des États riverains mais sans l’Autriche et l’Allemagne qui la rejoindront ultérieurement, est mise en place suite à la Conférence et à la Convention de Belgrade (1948).   

Longue est la liste des empires et des nations du bassin danubien qui connaissent d’abord une expansion puis déclinent, se replient tout d’abord sur leur territoire d’origine voire disparaissent. Aucun empire n’a échappé à cette loi impitoyable. Il y a là pour l’Europe d’aujourd’hui une édifiante leçon d’histoire. 

Malgré des conflits récurrents et des affrontements encore récents pour les derniers d’entre eux, le fleuve est resté un axe sur lequel et le long duquel les échanges et les routes commerciaux se sont développés. 

L’Union européenne en a fait, récemment, à grand renfort de discours, un des neuf corridors prioritaires de transport au sein du marché unique européen, le corridor Rhin-Danube (via le Main) mais il semblerait qu’aujourd’hui, du moins en ce qui concerne le Moyen et le Bas-Danube, les priorités d’aménagement et de transport se soient reportées bien plus sur la route et les autoroutes que sur le fleuve lui-même avec des conséquences environnementales catastrophiques.   

Les enjeux internationaux du fleuve : le long et difficile processus de la navigation commerciale

Aux exceptions notables de l’Empire romain et, pour  la partie inférieure du fleuve, de l’Empire Ottoman, la navigation sur le fleuve est jusqu’au XIXème siècle aux mains des nations riveraines et de leurs représentants locaux plus ou moins officiels. 

Le XIXème sera l’époque qui verra enfin naître l’idée d’un statut international pour le fleuve, idée (inspirée de la révolution française) qui, à cause des nationalisme qui vont agiter les peuples danubiens, de l’obstiné centralisme viennois et de la guerre de Crimée, ne pourra se concrétisera qu’en 1856.

Le premier phare construit par la Commission Européenne du Danube à Sulina sur le bras du même nom, aujourd’hui transformé en Musée (photo droits réservés)

Le traité de Paris est signé le 18 mars 1856 et en vertu de l’article 16 de celui-ci une première commission internationale voit le jour, la Commission Européenne du Danube qui est chargée des travaux d’aménagement « nécessaires, depuis Isaktcha [Isaccea, rive droite mille 56,05], pour dégager les embouchures du Danube, ainsi que les parties de la mer y avoisinant, des sables et autres obstacles qui les obstruent, afin de mettre cette partie du fleuve et lesdites parties de la mer dans les meilleures conditions possibles de navigabilité. » Le mandat de la CED qui n’était initialement que de deux ans fut prolongé jusqu’à la fin des travaux puis il sera à nouveau prolongé à plusieurs reprises jusqu’en 1939, date à laquelle la CED transmettra à la Roumanie la gestion des aménagements réalisés dans le delta du Danube. Une nouvelle convention sera signée en 1921, après la première guerre mondiale pendant laquelle le Danube a lui-même été le théâtre d’affrontements tragiques. Une Commission Internationale du Danube (CID) est instituée, complémentaire de la Commission Européenne du Danube qui s’occupe du secteur Brăila-mer noire. La CID s’occupe des problèmes de navigation sur le reste du fleuve et des affluents correspondant.  Elle est dissoute en 1940 à la conférence de Vienne, sous la pression des nazis. La navigation danubienne commerciale est totalement interrompue pendant la deuxième guerre mondiale.
Une nouvelle commission internationale, la Commission du Danube est établie à la suite de la Convention relative au régime de navigation sur le Danube, signée le 18 août 1948 à Belgrade. Elle a son siège à Budapest. Ses compétences en terme de navigation s’exercent depuis cette date et s’étendent d’Ulm (Allemagne) à Braïla (Roumanie). Une Administration du Bas Danube roumaine, dit « Danube maritime », gère en complément, le secteur de Braïla à Sulina.

Navigation maritime sur le bras aménagé de Sulina (photo droits réservés)

Le Danube n’a aucune nationalité, il n’appartient à aucun pays. Il n’est ni allemand,  ni autrichien, ni slovaque ou hongrois, croate, serbe, roumain, bulgare, ukrainien ou moldave, le Danube est le Danube.

N’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos remarques et  éventuelles suggestions. 

Nous vous souhaitons une fructueuse visite.
Danubiennement vôtre !

Le Danube en quelques chiffres

Une longueur  variable… selon les sources
Longueur totale du Danube, de Sulina (kilomètre 0, Roumanie) jusqu’à la source de la Breg en Forêt-Noire (Furtwangen, Allemagne) : 2 888 km. Il occupe la vingt-et-unième place parmi les plus grands fleuves du monde. C’est le plus long fleuve d’Europe après la Volga (3 740 km). Le Danube franchit de la Forêt-Noire jusqu’à la mer Noire 22 longitudes.

Le Danube mesure 2 840 km de Sulina (Roumanie) jusqu’à Donaueschingen (Allemagne) où la Breg et la Brigach, deux petits cours d’eau du vieux massif de la Forêt-Noire, se rejoignent et forment officiellement le Danube.

La bassin dans le parc du château des Fürstenberg à Donaueschingen, lieu officiel (mais contesté) de la naissance du Danube

Deux particularités pour ce fleuve :
– sa longueur se mesure exceptionnellement d’aval en amont,
– cette longueur varie suivant que l’on mesure le nombre de kilomètres depuis Sulina jusqu’à Donaueschingen (2 840 km), lieu où le fleuve prend officiellement son nom de Danube ou de Sulina jusqu’à la source de la Breg près de Furtwagen (2 888 km). Il semble encore difficile de s’entendre sur la longueur totale exacte du fleuve comme sur le lieu de sa naissance. Certaines hypothèses avancent également le chiffre de 3019 km.

De Sulina (km 0) à Galaţi (km 151), le parcours du fleuve est considéré comme une route maritime, aussi il se mesure sur ce bras navigable du delta par conséquent en milles marins (1 mille marin = 1, 852 km).

La distance en ligne droite, entre le confluent de la Breg et de la Brigach à Donaueschingen et l’embouchure du fleuve est de 1 630 km, donnant ainsi un coefficient de sinuosité de 1,7.

Sur le bras de Sulina, mille marin 17 (photo droits réservés)

Dénivelé
Le dénivelé total du fleuve, depuis Donaueschingen jusqu’à la mer Noire n’est que de 678 m. La pente moyenne est donc très faible et n’est égale qu’à 25 cm/km.

Débit
Le fleuve a un débit annuel moyen d’environ 203 millions m3 (6 500 m3/s).

Coucher de soleil sur le moyen-Danube (photo droits réservés)

Régime
Rassemblant des eaux en provenance des hautes montagnes et de leurs contreforts, de hauts plateaux, de bassins et de plaines, le Danube possède un régime très varié dont le caractère évolue d’une rivière de montagne jusqu’à celui d’un grand fleuve de basse plaine. De nombreuses crues affectant en particulier le Haut et le Moyen Danube caractérise son histoire.

Principales crues historiques : 1342, 1501, 1787, 1838, 1899, 1954, 1965, 1970, 2002, 2006, 2010.

Partout le long du Haut et Moyen Danube les témoignages d’inondations anciennes et plus récentes : ici à Szentendre (Hongrie), photo droits réservés

Principaux affluents
Le Danube reçoit au long de son cours plus de 300 affluents parmi lesquels certains d’entre eux sont de véritables fleuves : d’amont en aval, l’Iller, le Lech, l’Isar, l’Inn (515 km), rivière alpine dont certains disent que son débit serait supérieur à celui du Danube en amont de son confluent avec celui-ci à Passau (Bavière), l’Enns (349 km), la Traun, la Morava ou March (329 km), la Leitha (Lajta, Litava), la Váh ou Waag (378 km), la Gran ou Hron, l’Ipoly ou Eipel (232 km), la Drava (707 km), la Tisza ou Tisa ou Theiß (970 km), la Sava ou Save (940 km), le Timiş, la Velika Morava (245 km), le Timok (184 km), le Jiu (331 km), l’Iskǎr, l’Olé ou l’Olt (670 km), la Yantra, l’Argeş (327 km), le Siret (726 km) et le Prut ou Prout (967 km). Tous ces affluents prennent leurs sources dans l’un des trois massifs montagneux récents que le fleuve côtoie : les Alpes, les Carpates et les Balkans.

Le Prut, un grand affluent roumain de la rive gauche du bas-Danube (photo droits réservés)

Les enjeux environnementaux du Danube : un fleuve régulé, canalisé sur une grande partie de son cours et une nature fragilisée
Les premiers travaux de régulation ont eu lieu dès l’époque romaine mais c’est à partir de la fin du XVIIIème que les  grandes initiatives d’aménagement pour la navigation voient le jour. Elles vont s’amplifier et se poursuivre tout au long des deux siècles suivant avec pour conséquence, conjointement à l’industrialisation d’une partie des rives danubiennes, à la construction de nombreux et grands barrages au XXème siècle, en particulier sur les cours allemands et autrichiens du fleuve mais aussi en Slovaquie (Gabčikovo) et en aval, à la hauteur des Portes de Fer (Djerdap I et II), la disparition à quelques miraculeuses exceptions près, de la plupart des zones humides qui caractérisaient le fleuve dans ses parties hautes et moyennes tout comme une sévère réduction des habitats et de la biodiversité comme la disparition ou la raréfaction préoccupante de certaines espèces de poissons dont l’emblématique esturgeon sur le moyen-Danube).  Plus de 80% de la longueur du fleuve ont ainsi été aménagés et sévèrement régulés par l’homme. Plus de 700 barrages et déversoirs ont aussi été édifiés le long de ses principaux affluents.

Le barrage roumano-serbe Djerdap I, dans les Portes de Fer, a certes amélioré la navigation dans cette partie du fleuve autrefois problématique et offert une énergie hydraulique abondante. Ce fut toutefois au détriment d’un patrimoine culturel et environnemental d’exception. (photo droits réservés)

Ce n’est que depuis les 30 dernières années que des efforts pour inverser la tendance et tenter de restaurer ou de préserver les espaces naturels ceux-ci ont été entrepris. Une plate-forme internationale, www.danubeparks.org, rassemble les plus importantes réserves naturelles danubiennes de biosphère dont celle du delta et les principaux parcs nationaux danubiens de 8 des 10 pays riverains du fleuve (Moldavie et Ukraine exceptées). Scientifiques et chercheurs collaborent désormais dans le cadre d’initiatives transfrontalières pour la protection de l’environnement et la reconstitution de milieux naturels danubiens endommagés par l’homme. Des actions en faveur de la biodiversité sont aussi initiées par le WWF comme le repeuplement du delta et du Bas-Danube roumain, bulgare et ukrainien par les esturgeons, aujourd’hui espèce menacée d’extinction, et des associations locales de protection de l’environnement. Mais de nombreux dangers et difficultés subsistent. Le delta du Danube reste un écosystème à la grande fragilité.

Le Pélican, oiseau emblématique du delta du Danube a bien failli disparaître. Aujourd’hui pélicans blancs et frisés sont protégés mais leur nombre a considérablement diminué depuis le début du XXème siècle.

Bassin versant
Son bassin versant, qui occupe le vingt-cinquième rang mondial, représente une superficie totale de 817 000 km2 (environ un douzième du continent européen), englobe totalité ou partie 19 pays européens pour une population d’environ 83 millions d’habitants. Il s’étend à partir de 8° 09’ (sources de la Breg et de la Brigach) jusqu’ 29° 45’ de longitude est (delta sur la mer Noire).
Le point le plus méridional du bassin danubien se situe au 42° 05’ de latitude nord, à la source de son affluent l’Iskar dans le massif du Rila, et son point le plus septentrional à 50° 15’ de latitude nord, à la source de la Morava (March).

Selon sa structure géologique et géographique, le bassin versant du Danube peut-être divisé en 3 régions : Le Haut-Danube, le Moyen-Danube et le Bas-Danube.
Un tiers de ce bassin appartient aux grands massifs montagneux récents (Alpes, Carpates, Balkans, Monts dinariques) et les deux autres tiers sont représentés par des montagnes moyennes de formation plus ancienne (Forêt-Noire, Jura souabe et franconien, Forêts de Bavière et de Bohême, Hauteurs tchéco-moraves), des plateaux (Dobroudja, Ludogorie, plateau moldave, Podolie) et de grandes plaines (plaine panonienne ou Alföld, plaine roumano-bulgare).

Bassin-du-Danube

Bassin du Danube ; le fleuve au coeur d’un important réseau hydrographique (sources Wikipedia)

Le bassin du Danube avoisine à l’Ouest et au Nord-Ouest, près de ses deux sources, le bassin du Rhin, confine au Nord au bassin de la Weser, de l’Elbe, de l’Oder et de la Vistule, au Nord-Est au bassin du Dniestr et au Sud aux bassins versants des fleuves tributaires de la mer Adriatique et de la mer Égée.

Climat
En raison de sa forme allongé d’Ouest en Est et de la variété de son relief, le bassin versant du Danube reflète des conditions climatiques très diversifiées : influences océaniques (Haut Danube), influences méditerranéennes dans les territoires traversés par deux de ses affluents, la Drava et la Sava (Haut et Moyen Danube), climat continental aux hivers rigoureux dans les régions danubiennes orientales (Bas Danube). Le climat est également tributaire de l’altitude et de l’exposition au vent ou non. Ensoleillement, nébulosité, régime des précipitations et des vents contribuent à complexifier le climat et sont à l’origine de nombreux microclimats sur les rives danubiennes.

Un fleuve et un bassin multiculturels
Le bassin danubien se caractérise d’abord et ce depuis l’antiquité, comme un territoire de nombreuses migrations et invasions, un espace habité en conséquence par des populations d’une très grande diversité ethnique ainsi que par la présence d’un magnifique patrimoine naturel et multiculturel.

De nombreuses langues sont parlées sur les rives du fleuve parmi lesquelles l’allemand, le slovaque, le hongrois, le serbo-croate, le roumain, le bulgare, le moldave, l’ukrainien, le russe, l’hébreu, le romani, le turc, le tchèque, le ruthène… Des centaines de dialectes locaux et régionaux symbolisent également l’extraordinaire et complexe mosaïque linguistique et culturelle du bassin danubien.

Plusieurs alphabets, latin, arabe, vieux-slavon et cyrillique cohabitent où cohabitèrent ensemble sur les rives du fleuve où à proximité.

Le fleuve le plus international au monde !
10 pays se tiennent sur les rives du Danube ce qui en fait le fleuve le plus international au monde de ses sources jusqu’à la mer Noire : Allemagne, Autriche, Slovaquie, Hongrie, Croatie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Moldavie, Ukraine.

Le Danube à Vienne depuis la rive gauche : un fleuve domestiqué et urbanisé (photo droits réservés)

Quatre capitales dont trois de pays appartenant actuellement à l’Union Européenne ont « fenêtre » sur le Danube : Vienne (Autriche), Bratislava (Slovaquie), Budapest (Hongrie) et Belgrade (Serbie).

Basilique d’Esztergom (Hongrie), photo droits réservés

De nombreuses grandes villes et petites cités au patrimoine historique et culturel d’exception se tiennent sur les rives du fleuve parmi lesquelles Donaueschingen considéré comme l’une des sources officielles du fleuve, Ulm, Ingolstadt, Regensburg, Passau (Allemagne), Linz, Ybbs, Melk, Krems, Vienne, Tulln, Hainburg (Autriche), Györ, Esztergom, Szentendre, Budapest, Baja, Mohács (Hongrie), Vukovar (Croatie), Novi Sad, Belgrade, Kladovo (Serbie), Orşova, Drobeta-Turnu Severin, Brăila, Galaţi,  Sulina (Roumanie), Ruse, Vidin, Silistra (Bulgarie), Ismaïl, Vilkovo (Ukraine) pour ne citer que quelques-unes d’entre elles.

Ulm (Allemagne), bastion des pêcheurs

Navigation
La navigation et les aménagements sur le fleuve ont commencé dès l’antiquité. 
Le Danube est navigable sous certaines conditions pour de petites unités depuis Ulm (Bavière, Allemagne) et de Kelheim pour de grosses unités jusqu’à la mer Noire (bras de Sulina), soit sur une distance officielle de 2 414, 72 km.

Un bateau du service de la navigation slovaque en amont de Bratislava

Le régime de sa navigation est administré depuis Kelheim jusqu’à Sulina par la Convention de Belgrade de 1948 et deux protocoles additionnels de 1998 dont la mise en application est confiée à une commission internationale, la Commission du Danube qui siège à Budapest.

Le delta du Danube : un monde à part, une histoire singulière, une biodiversité extraordinaire, un espace à préserver.
Le Danube, ses trois principaux bras de Saint-Georges (sud), Sulina (médian) et Chilia (ou Kilia, nord) et une multitude de ramifications secondaires forment, avant de se             » jeter  » dans la mer Noire (la déclivité du delta d’ouest en est n’est que de 0,006% !), un exceptionnel territoire alluvionnaire en constante progression vers la mer. Ce paysage unique, façonné par le fleuve dès 16 000 ans avant J.-C., à la biodiversité exceptionnelle et habité par l’homme dès l’antiquité, est en partie classé au patrimoine mondial de l’Unesco et désormais protégé (Réserve de Biosphère du delta du Danube, www.ddbra.ro).

Superficie du delta du Danube : environ 5 640 km2 dont 82 % se trouvent sur le  territoire roumain  et 18 % sur le territoire ukrainien. 
Longueur du delta d’ouest en est : 75 km
Largeur : 150 km

Danube_delta_Landsat_2000

Apothéose d’un fleuve : photo du delta du Danube prise par le satellite Landsat en 2000

Eric Baude
Mise à jour, mars 2018

 

 

 

 

Retour en haut de page
mattis amet, tristique dolor. eleifend at venenatis, Praesent sem, Nullam fringilla et,